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En dépit des opportunités offertes par les réseaux sociaux, les créateurs de contenus en Haïti butent sur des contraintes qui les empêchent d’accumuler de forte somme d’argents. Conscients des problèmes liés à l’audience et également au paiement en ligne, des économistes et des spécialistes en marketing digital analysent, recommandent et proposent des pistes de solution.

« Pour recevoir de l’argent de la part de YouTube, je suis obligé de solliciter l’aide d’un ami à l’étranger. Je ne suis pas détenteur d’une carte de crédit et je n’ai pas d’autres moyens », confie un jeune utilisateur des réseaux sociaux. Une contrainte à laquelle plusieurs autres créateurs en Haïti font face en raison de nombreux paramètres, notamment la question d’adresse et la fiabilité du système bancaire haïtien. « Kòb mwen fè atravè chanèl YouTube mwen an, mwen pa touche yo sou kanè m Ayiti. Mwen ranpli fòmilè a ak kont yon lòt moun ki Ozetazini. Gen nèg ki fè l ! Men se nèg ki konn vwayaje », nous explique un autre créateur de contenu, qui administre une chaine très suivie en Haïti.

La question liée à l’inaccessibilité de l’internet a un poids étendu quant aux difficultés rencontrées par les utilisateurs qui ne gagnent pas réellement de forte somme. « L’évolution des réseaux sociaux en Haïti se fait au même rythme que la progression de connexion d’internet », a souligné l’économiste Etzer Emile qui reconnait que les réseaux sociaux créent une sorte d’emploi indépendant pour certains, mais évoque une sous-exploitation de ces canaux.

Toutefois, le directeur du Centre d’Entreprenariat et d’Innovation (CEI) laisse croire que les réseaux sociaux ne sont pas encore considérés comme étant de vrais outils de réussite en Haïti. « Certaines personnalités publiques, des artistes, des animateurs de radio, entre autres, ayant une large audience, gagnent de l’argent en fonction de leur popularité », a soutenu M. Émile. Les potentiels sont là, mais l’économiste est convaincu qu’il reste beaucoup à faire par les jeunes créateurs haïtiens qui publient des vidéos sur YouTube ou sur Facebook. Il énumère certaines contraintes dont l’accès à l’internet illimité et rapide, ainsi que le problème de l’électricité. Des contraintes qui ralentissent l’accroissement de l’audience en Haïti.

Parallèlement, Etzer Emile n’est pas persuadé que les réseaux sociaux à eux seuls peuvent booster l’économie haïtienne. En dépit de cette réserve, l’auteur de « Haïti a choisi de devenir un pays pauvre : les 20 raisons qui le prouvent », estime qu’avec le nombre élevé de créateurs de contenus en Haïti, on peut parler « d’embryon » d’une nouvelle classe d’entrepreneurs. L’économiste invite les jeunes à explorer l’internet dans toute son immensité, plus particulièrement, la vente en ligne qui rapporte beaucoup d’argent.

De la nécessité d’une stratégie globale

« On peut vivre des réseaux sociaux en Haïti, ce qui entraine pas mal d’exigences… Men sa pa vle di pou yon jèn poul pa aprann metye, pou l rete sou rezo sosyal yo sèlman », souligne d’entrée de jeu, Jerry Louis-Jeune, entrepreneur en conseils et consultations aux entreprises. Selon lui, il est préférable d’apprendre un métier, l’adapter aux outils offerts par ces plateformes et gagner beaucoup plus d’argents. « Ça demande du temps, de la passion, une bonne maitrise de certains outils. On aura besoin également d’autres compétences connexes. Il ne faut pas se limiter aux médias sociaux », conseille M. Louis-Jeune.

Le coach en stratégie d’entreprise et marketing digital salue l’effort de certains jeunes devenus des entrepreneurs, qui sont conscients de l’évolution des réseaux sociaux et qui en font bon usage. « Cependant, il faut les intégrer dans le cadre d’une stratégie globale, c’est-à-dire, cumuler les contenus et les garder sur un site internet. Il ne faut pas limiter l’utilisation uniquement sur les réseaux », recommande-t-il aux utilisateurs des plateformes Facebook, YouTube, Instagram, et autres.

Les réseaux sociaux connaissent certes, une évolution sans précédent en Haïti, mais Jerry Louis-Jeune exhortent les utilisateurs à avoir une stratégie beaucoup plus globale. « On pourrait utiliser ces outils pour attirer les touristes en Haïti, à travers des sites internet, dans le cadre d’une stratégie digitale. Une telle stratégie pourrait apporter un apport considérable à l’économie du pays », précise le spécialiste en Marketing. Toutefois, Jerry Louis-Jeune pense qu’il faut mettre des balises afin de placer le pays parmi les plus compétiteurs sur le marché financier, surtout dans le processus de paiement en ligne tel que « PayPall ». Sans ces efforts, l’entrepreneur en conseils et consultations aux entreprises doute de l’apport véritable du Web à l’économie haïtienne.

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