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Près de 260 000 enfants naissent tous les ans en Haïti, selon les chiffres officiels du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Pour s’assurer que des enfants sont les leurs, des présumés pères haïtiens effectuent des tests de paternité dits ‘’traditionnels’’ en donnant leur sang à boire aux nouveau-nés au mépris total des tests ADN et de la convention internationale relative aux droits de l’enfant. Des spécialistes en droit des mineurs alertent sur cette pratique empreinte de vampirisme et crient au scandale face à ces procédés superstitieux qui, contaminent et tuent.

Jethro Philistin est père de trois enfants. Concubin de sa femme depuis 17 ans, cet agent de la mairie de la commune Croix des Bouquets, ne croit pas en la science. Encore moins en sa femme, avec qui il a eu deux autres enfants. Pour se rassurer de la paternité biologique de son premier fils, l’homme, originaire de Port-de-Paix, une ville de province située au nord-ouest de la capitale d’Haïti, a eu recours à une méthode peu catholique et non-recommandable pour contrecarrer ce qu’il appelle ‘’kout pitit’’ [ndlr, expression désignant la non-paternité biologique dans le langage haïtien]. Cette fraude, durant laquelle une mère attribue sciemment la paternité de son nouveau-né, à un homme qu’elle sait pertinemment qui n’en est pas le père biologique.

Le fait pour un homme de s’occuper d’un enfant qu’il croyait être le sien jusqu’à ce qu’il découvre que ce dernier provient d’une relation « extra-conjugale » est inconcevable pour Jethro Philistin qui vit aujourd’hui sous un toit séparé de sa femme, Anita*.

« Dans l’histoire de l’humanité, c’est uniquement l’époux de la vierge Marie, Joseph, qui avait accepté que sa femme lui impose la paternité de l’enfant Jésus qui n’était pas le sien pour s’en occuper », parodie sous un ton farouche Philistin converti au christianisme il y a tout juste deux ans. Il dénote qu’il serait le dernier bon samaritain sur cette terre qui prendra le risque d’élever un enfant qui n’est pas le sien tout en sachant que sa femme l’a trompée avec un autre homme. « Je ne suis pas Joseph et mes enfants ne seront pas Jésus non plus. Par conséquent, il est hors de question de laisser un quelconque doute planer sur le fait d’être le père ou non de n’importe quel enfant que j’aurai mis dans l’utérus d’une femme », tranche le plombier de profession avec un air sexiste.

L’homme de 36 ans qui vient de prendre son repas de midi à 4 heures P.M, composé du riz à la purée de haricots et de la sauce de ‘’kalalou combo’’, mets très prisé en Haïti, le tout mélangé dans un bol, dit ne pas croire en la fidélité et en la monogamie dans les relations de couple. Il avait pris d’énormes risques pour acquérir la certitude de sa paternité biologique avec ses enfants. Et ceci, au prix fort après la naissance de son fils aîné.

« Je sais comment vérifier si un enfant n’est pas le mien. Pas besoin de la science pour ça », argue l’homme devant la caméra. Dans sa chambre exiguë, en toiture de tôle trouillée dont les rayons d’un soleil qui s’apprêtent à s’effacer perforent chaque petit trou, Philistin prétend détenir le monopole de la vérité sur la notion de paternité biologique. « J’effectue mes propres tests de paternité avec mes connaissances traditionnelles et mystiques », lâche l’homme d’un air superstitieux.

« Je sais comment vérifier si un enfant n’est pas le mien. Pas besoin de la science pour ça », argue Philistin devant la caméra.

« Il existe plusieurs méthodes traditionnelles pouvant permettre à un homme de vérifier son lien de paternité avec un enfant », détaille Philistin. La première qui doit être effectuée au moment de la grossesse, consiste à envelopper une sucrerie sous les aisselles de l’homme présumé être le père biologique durant 24 heures pour ensuite la donner à la femme enceinte. Si après sa sucette, la femme vomit, la recette présupposerait que l’enfant n’est pas à l’homme indiqué », explique Philistin qui rappelle que cette méthode ancienne peut conduire à un avortement immédiat. La seconde, ajoute-t-il, consiste à envelopper le nouveau-né dans un habit trempé de sueur appartenant au père désigné pour ensuite effectuer des balivernes sur son nombril. Dans cette prétendue méthode de vérification, monsieur Philistin avoue que l’enfant sera empoisonné d’un microbe qui le tuera, à petit feu, s’il n’est biologiquement pas celui du père à qui la mère l’a présenté. Et la dernière qu’est la plus sévère selon lui, consiste pour le père de saigner le majeur de sa main droite pour donner du sang à boire au bébé qu’on lui présente comme étant son fils ou sa fille.

Cette méthode, qualifiée de cruelle, est la préférée de Philistin. D’ailleurs, c’est celle qu’il a exercée sur son fils aîné, il y a tout juste16 ans. Âgé de seulement vingt ans à l’époque, l’homme avait donné à son fils Tito* son propre sang à boire alors que ce dernier n’était âgé que de 3 jours. Le petit garçon avait ingurgité le sang de son père après le rituel de ce dernier et n’est miraculeusement pas décédé par la suite. « J’ai effectué le teste sous les yeux de sa mère Anita* et je lui avais prévenu que si l’enfant est d’un autre homme, il ne survivra pas. Heureusement, mon fils est en vie, ce qui me certifie qu’il est de toute évidence le mien », conclu l’homme de manière satisfait, perché sur son lit branlant, l’unique immobilier remarquable de la chambre branché sur quatre briques pour lui donner de la hauteur.

La femme de Philistin, Anita*, a assisté impuissante son fils passer le fameux test. Sous ses yeux hagards, remplis de honte la jeune maman d’alors a regardé le garçonnet qu’il venait de mettre au monde avaler goulûment le sang de son partenaire.

« J’avais tellement honte en le regardant faire ça à mon fils, je me sentais rabaissée, humiliée et effrayée, mais crois-moi, je n’y pouvais rien. Si j’osais m’y opposer, je risquerais de me faire bastonner par mon concubin et me jeter dehors par sa maman qui tenait à ce qu’il fasse le test, car elle ne me faisait pas confiance non plus », raconte Anita* la voix éteinte, la tête demi inclinée.

Une pratique discrète mais courante

Philistin n’est pas le seul à avoir recours à cette pratique qui sous-entend détenir une vérité absolue concernant la non-paternité. Gérôme*, Roro et Jean Robert* sont eux aussi des fervents disciples des tests de paternité dits traditionnels même s’ils sont conscients que ce sont des pratiques morbides.

Gérôme* est père de 4 enfants qu’il a eu avec 4 mères différentes. Le trentenaire avoue maîtriser les 3 méthodes évoquées par Philistin.

Dans la tête du contremaître maçon qui habite Canaan, un des plus grands bidonvilles du pays, formé après le séisme de 2010, c’est une méthode garantie. « Mon garçon de dix-huit mois ne serait pas en vie à l’heure actuelle, car il a subi le test », révèle l’homme sans ambages assis sur une chaise en paille à l’arrière-cour de son taudis.

Roro, ainsi connu est lui aussi un partisan avéré de cette pratique. Quoiqu’il soit conscient des conséquences néfastes qu’un tel acte puisse engendrer, il avoue avoir recours à cette dernière à plusieurs reprises. Le père de huit enfants croit dur comme fer en cette méthode. « J’ai la garantie que tous mes enfants sont miens grâce à mon savoir mystique », explique le chauffeur de camionnette la voix teintée de fierté. « Je me rappelle quand ma dernière fille est née en mars 2021 à l’hôpital, à midi pétant, une fois arrivé sur les lieux, j’ai pris la petite dans mes bras feignants la bercer, j’ai filé, dans sa bouche, mon majeur saigné brut à l’aide d’une gilette. Elle s’est endormie et est réveillée par la suite », épilogue le natif des Cayes.

Des pratiques qui tuent…

Rencontré à Lilavois 7, quartier de bon Repos, situé à environ 9,2 kilomètres de la Capitale, Port-au-Prince, Jean Robert*, un père de famille étale fièrement sa connaissance et raconte sa vécue dramatique avec la pratique.

« J’ai déjà été victime de tromperie durant ma jeunesse. J’avais une petite amie, Johana* qui me trompait constamment. Heureusement, une de ses copines m’avait mis au parfum de ses petites escapades bien avant qu’elle ne soit tombée enceinte en mai 1985. Puis sans surprise, elle m’annonça le 16 mai 1985 qu’elle était enceinte. Je lui ai dit les yeux dans les yeux, si l’enfant est à moi, il survivra au test de paternité traditionnel que je lui passerai, mais s’il est celui d’un autre, il mourra et elle aussi d’ailleurs. Incrédule qu’elle était, elle ne m’avait pas cru », raconte l’homme de 62 ans d’un ton magistral.

Après l’accouchement de sa femme, Jean Robert* raconte qu’il a pris l’enfant dans ses bras, l’a dorloté puis a effectué un rituel avec du sang dans la bouche du petit garçon qui vient de naître. « J’ai saigné le majeur de ma main droite, je l’ai donné à l’enfant… Puis, il s’est endormi ». 24 heures plus tard, coup de boutoir, l’enfant est décédé, pérore le sexagénaire avec désinvolture.

Sa mère, Johana*, s’est réveillée avec à ses côtés, un bébé mort, avec un petit cœur qui ne bat plus, des petits doigts qui ne jouent plus et un regard éteint avec toute l’innocence qu’il contenait.

« Je n’avais même pas encore payé la sage-femme qui a mis au monde le garçon quand l’amie de Johana* qui me mettait au courant de ses infidélités m’annonçait le décès de l’enfant. 15 jours plus tard, abasourdie, par ce qui lui arriva, Johana* à son tour décède », se remémore Jean Robert* un petit sourire malin sur le visage.

À l’époque, je ne savais même pas ce qu’était un test d’ADN, s’il existait et quel a été son prix, ajoute le vieux qui dit être certain qu’il n’aurait pas assez d’argent non plus pour pouvoir payer un tel luxe. « J’ai pris un raccourci en faisant mon test traditionnel et croyez-moi, c’était le moyen le plus sûr », lâche Jean Robert*, sans regret aucun. « C’est un procédé très complexe et mystique ». Pour le réaliser l’exécutant doit être un homme. Un vrai, un père viril qui ne se laissera pas intimider par une femme.

 

Si cette pratique sanguinaire peut détruire la vie d’un enfant innocent, pour Jean Robert*, il n’est rien d’autre qu’un procédé de vérification visant à établir la vérité dans une situation de doute, car, quelques années plus tard, l’originaire des Cayes affirme avoir effectué le même teste avec ses quatre autres enfants de sa nouvelle compagne, aucun d’eux n’est décédé. « Et je vis avec eux jusqu’à présent ainsi qu’avec ma nouvelle compagne » conclut-il.

Si Jean Robert* pense avoir raison dans sa pratique, des spécialistes médicaux soulignent que ces genres de pratiques ne sont pas sans conséquences sur la santé d’un nouveau-né ayant été victime d’inoculation involontaire du sang de son père biologique ou d’un présumé-père.

Boire du sang : entre superstition et risques sanitaires

« C’est une connaissance qui provient des lois Ginen. Ce sont eux qui nous dictent le chemin de la lumière et de la vie » dit le marchand. Ne voulant pas tout dévoiler devant la caméra, le commerçant avoue que sa recette traditionnelle de test de paternité s’effectue dans un moment précis. En l’absence de la mère à la maison ou dans un moment qui ne doit pas éveiller les soupçons. Sinon, la moindre suspicion de la mère ou d’une autre personne sur une telle action dans le foyer entraînera probablement une discorde indéfinie voire même une séparation automatique, des plaintes judiciaires et pire une étiquette de ‘’sorcier’’ par la société.

« J’ai appris les rituels dans un livre, j’estime que ce sont des connaissances anciennes qui doivent être transmises afin de faire perdurer la pratique et préserver la dignité et l’honneur des pères.. Un jour je dirai à mes enfants de tout faire pour ne pas être victime de ‘’kout piti ‘’», soutient Gérôme pour sa part.

Ces modes de pratiques immergées dans la superstition trainent souvent après elles des dégâts sanitaires désastreux, du moins irréparables.

Le médecin généraliste Lizardo Saint Luc n’en revient pas en analysant les risques que charrie une telle pratique. Le scientifique parle de « vampirisme clinique » dans ce cas et évoque des risques d’infections chroniques comme le VIH, l’hépatite B entre autres… qui peuvent conduire le bébé à la tombe par la suite. Le médecin originaire des Gonaïves décline l’explication faisant croire que le sang ingurgité par l’enfant peut le tuer sur-le-champ ou quelques heures après s’il n’est pas celui de son père biologique, et avance de préférence que c’est une maladie sous-jacente qui peut tuer le nouveau-né si le sang est contaminé.

« C’est comme une sentence que le père biologique ou le présumé géniteur inflige à l’enfant qui est innocent, estime le médecin. Le professionnel de santé déconseille les pères à ne pas s’adonner à une pareille pratique qui frôle le vampirisme et les encourage à avoir recours à un test ADN qui est non seulement sûr, mais protégera aussi ce dernier des infections récurrentes qu’il peut attraper lors de l’inoculation du sang».

Le test ADN, un luxe en Haïti en dépit de la subvention prévue par la loi

Sur le site du cabinet médical ‘’médlab haiti.com /price/’’, pour effectuer un test de paternité à partir de l’Acide désoxyribonucléique (ADN), un parent doit débourser 23 milles gourdes soit 230 dollars US ou 203,19 euros. Une somme à l’apparence faramineuse pour des parents qui vivent dans un pays où le Pib/Habitant est de 697 dollars us ou 536,15 euros. Alors que, dans les dispositions légales la loi d’avril 2012 promulguée en juin 2014 sur la paternité, la maternité et la filiation, prévoit que le test de l’ADN doit être subventionné par l’Etat.

Philistin*, Gérôme*, Roro ainsi que Jean Robert* prennent à contre-pied l’idée de faire un test ADN pour vérifier le lien paternel. D’ailleurs, ils voient dans le coût de celui-ci une barrière infranchissable et de surcroit n’ont pas totalement foi dans le procédé médical.

Gérôme* est catégorique sur la question : « Je préfère donner à manger à ma femme au lieu de dépenser une aussi importante somme dans un test d’ADN », balance le père de quatre enfants qui dit accorder plus de foi à sa méthode traditionnelle qu’au test scientifique. « J’effectuerai le test avec mon sang autant que j’aurai des femmes qui enfanteront pour moi, » tance l’originaire de Pestel, commune de la Grand ’Anse ».

Illustration de Gérôme* ayant effectué sur ses enfants le test de paternité traditionnel avec du sang. Crédit Photo : Elie Prospère – IMEDIA

Même son de cloche du côté de Philistin qui émet de sérieux doutes sur le test à caractère scientifique et va jusqu’à évoquer une possible falsification de celui-ci. « La mère du bébé peut s’arranger avec un médecin pour me donner une soi-disant preuve scientifique de paternité alors qu’avec mon sang tout est certain », s’obstine celui qui croit détenir ce qu’il appelle les « grands secrets ». « Le test ADN est très coûteux, or celui-ci est gratuit, je préférerais dépenser cet argent pour une autre raison », pince Philistin d’un ton atone.

S’occuper d’un enfant qui n’est pas biologiquement le sien, une honte…

‘’Pater is est quem nuptiae demonstrant’’ littéralement traduit par : « L’enfant né dans un foyer a pour père le mari de sa mère » est cette formule juridique qui a été implantée dans les foyers haïtiens jusqu’à l’arrivée de la loi du 4 juin 2014. Cette loi toute nouvelle et méconnue ne supplante pas les prétentions des pères sur l’ancien principe. Alors que, s’en charger d’un enfant qui n’est biologiquement pas le sien est perçu comme une gifle, une déception par plus d’un au sein de la société haïtienne. Les hommes haïtiens refusant de passer pour la risée de tout le monde, pour un faible, à défaut du test d’ADN se débrouillent pour faire la lumière sur leur lien biologique avec un bébé.

« Imagine-toi que tu passes des années à entretenir un enfant croyant qu’il est ta progéniture et un jour soudainement, tu découvres qu’il n’a pas été le tien et ne le sera jamais, c’est un coup de poignard en plein cœur qu’on reçoit », raconte Jean Robert* comme s’il vivait la situation dans un rêve. Pour éviter ce qu’il nomme ‘’la grande surprise’’ le sexagénaire dit préférer faire son travail d’homme à la base qui consiste à passer le nouveau-né le test de sang. « C’est dur. C’est inénarrable, indicible la peine infligée par une ‘’kout-piti’’…», se plaint Jean Robert*.

Pour le sociologue Claude Edouard, une telle pratique s’inscrit dans la démarche de recherche de la vérité, ce qui est humain. Le professeur à l’Université d’Etat D’Haïti (UEH) parle de mythe pour expliquer l’acte, et croit que les mythes servent de béquilles à l’homme en absence de la raison, de la science et de la technique.

« Il faut aussi prendre en compte l’origine sociale de l’individu qui a recours à cette méthode traditionnelle et le regard critique que la société haïtienne projette sur un homme qui prend soin d’un enfant qui n’est sien, au mépris des rapports interpersonnels entre le présumé géniteur et l’enfant », souligne le professeur. « La femme qui trompe un homme dans ce sens n’est pas non plus « exempte des critiques de la société », renchérit le scientifique.

Une violation de droit innommable

La notion de paternité est une problématique qui a soulevé bien de différends au sein de la société haïtienne. La loi dans ses prorogatives a toutefois touché presque tous les aspects. Il existe en effet une procédure juridique pouvant permettre aux présumés pères de désavouer un enfant, il s’agit d’une ‘’action en désaveu de paternité’’.

Et l’article 293 du code civil dit clairement : « L’enfant conçu dans le mariage a pour père le mari. Néanmoins, celui-ci peut intenter une action en désaveu de paternité à n’importe quel moment au cas où des suspicions légitimes de croire qu’il ne s’établisse entre lui et un enfant aucun lien biologique. Auquel cas le désaveu de paternité ne peut se confirmer que par un test d’ADN (Acide-Désoxyribo-Nucléique) et consacré par un jugement rendu en matière urgente et passé en force de chose souverainement jugée. »

« Dès qu’un test de paternité est effectué en dehors de la procédure établie par la loi, il ne peut plus porter le nom de test de paternité. Et de plus donner du sang à boire à un enfant est puni par la loi et est considéré comme infanticide si le processus conduit à la mort » rappelle Me Wilgui Beucia, avocat senior au sein du cabinet Monferrier Dorval.

Me Beucia ajoute : « Si cette violation de droit conduit à la mort de l’enfant, il s’agirait d’un crime et l’auteur de l’acte devrait être poursuivi pour infanticide qui est pénalement réprimée par la loi haïtienne au niveau de son article 247. Et l’article précise que : Tout coupable d’assassinat, de parricide, d’infanticide ou d’empoisonnement sera puni de travaux forcés à perpétuité ».

 

L’avocat Wilgy Beucia estime qu’il s’agit d’une mauvaise pratique, rappelle qu’il existe des provisions légales nécessaires pour tout présumé père qui veut s’assurer qu’un enfant est le leur. « La loi prévoit aussi des mesures visant à protéger les hommes qui seraient victimes de ‘’kout pitit’’ mais aussi pour punir toute femme qui auraient attribué sciemment un enfant à un homme à titre de père biologique alors que la personne désignée ne l’est pas », souligne l’homme de la basoche.

Jo-Ann Gargnier regrette que l’Etat haïtien se soit prononcé trop tard sur la question de paternité responsable dans un pays où très souvent les pères désertent et ce sont les mères qui remuent ciel et terre pour prendre soin des enfants.

La militante des droits humains déplore le fait que jusqu’à présent les autorités concernées ne prennent aucune disposition pour que le test ADN soit accessible à la petite bourse. Selon la directrice exécutive de ‘ENPAK’, une organisation versée dans la promotion des droits humains notamment les enfants et les personnes handicapées qui cite un rapport de l’IBERS (Institut de Bien Être Social et de Recherches) : « un test ADN coûte 500 dollars us, soit 441,97 Euros, une véritable chimère pour de nombreux parents alors que selon la loi de 2012, l’Etat devrait subventionner le test d’ADN pour les petites bourses, souligne Madame Gargnier. En plus du coût exorbitant du test, personne ne peut l’effectuer sans l’autorisation du Doyen d’un tribunal, ce qui constitue un coup de frein net à l’accès au test qui représente un luxe », se désole-t-elle.

Illustration d’un prix de Test de paternité sur le site de la clinique medlab. Crédit Photo : Elie Prospère – IMEDIA

La titulaire d’ENPAK rappelle par ailleurs qu’Haïti a ratifié en 1994 la convention internationale relative aux droits de l’enfant, ce qui lui incombe la responsabilité de protéger leur droit contre vents et marées. Ladite convention stipule en son article 7 (sept) que : « L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevés par eux ».

Pour contrer cette pratique assimilable à la sorcellerie punie par le code pénal haïtien en son article 281, Jo-Ann Gargnier préconise l’éducation de la population et l’application de la loi de 2014 faisant exigence à l’Etat d’allouer une somme pour financer les tests de paternité.

En attendant que l’Etat haïtien, les organisations de femmes et de droits humains et toutes les institutions concernées se dressent vent debout face à ces pratiques inhumaines et ignobles, chaque jour des milliers d’enfants continuent d’être contaminés, souillés, tués dans le silence le plus total par des pères et présumés-pères aux égos démesurés et parfois de simples trouillards qui redoutent le regard méprisant d’une société qui considère la « Kout Pitit » comme étant la mer à boire, un péché mortel passible de la « peine capitale ».

Miwatson St-Jour (Journaliste)

Elie Prospère (vidéo et montage)

 

 

Notes et références

*Dans le cadre de ce travail, des noms d’emprunts ont été attribués à certaines personnes interviewées qui ne souhaitent pas révéler leur identité.

 

 

 

 

 

 

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