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Les sacs en plastique et les objets en polystyrène s’invitent depuis des lustres dans le quotidien de l’Haïtien et remplissent, davantage, les espaces. Ce, en dépit des mesures d’interdiction renouvelées à l‘encontre de l’utilisation de ces produits hautement toxiques. Leur impact sur l’équilibre écologique est fatal d’où l’urgence d’agir pour freiner cette pollution ambiante générée par l’utilisation du styrofoam, véritable tueur qui ne dit pas son nom.

Ils sont partout sur les trottoirs, dans les égouts à ciel ouvert, dans les ravins et des canaux d’évacuation. Port-au-Prince, la capitale haïtienne, croule sous des montagnes d’assiettes, de gobelets ou autres objets en polystyrène. Le Bois-de-Chêne, ce canal qui traverse presque tout le centre-ville jusqu’au bord de mer, offre, après chaque averse, un spectacle affreux, d’une saleté extrême.

Plusieurs centaines de milliers de matériaux en styrofoam jetés çà et là dans les rues de Port-au-Prince et ses environs s’entremêlent dans un décor effroyable avant de finir, au gré de quelques gouttelettes de pluie, dans la mer quand ce n’est pas sur les plages.

Début de l’explosion du styrofoam en Haïti

À en croire le coordonnateur de l’Initiative haïtienne pour l’Environnement et le Développement (INHED) M. Samuel Jean, l’utilisation spectaculaire et outrancière du styrofoam en Haïti remonte en 2010 après le séisme dévastateur ayant coûté la vie à plus de 100 000 personnes, selon les informations officielles y relatives. Cette catastrophe a bousillé le quotidien des Haïtiens.

« C’est à partir de ce moment que les gens préfèrent de se nourrir – plus facilement – en se payant un plat chaud, que de cuisiner sous des tentes exposées au plein soleil », a observé Samuel Jean indiquant qu’à cette même période « la République Dominicaine a devancé les États-Unis en ce qui concerne l’importation des produits en styrofoam ». Depuis, cette pratique gagne davantage l’espace haïtien surtout avec la dominante décapitalisation de la grande majorité qui se corrode quotidiennement par des « chen janbe » ou « anba dra » pour apaiser leur faim.

Impact sur la biodiversité

Utilisés de manière excessive par des gens qui, à ce jour, nient les conséquences, les matériaux en polystyrène ont des effets désastreux sur l’environnement: ils polluent les plages, les littoraux, et détruisent les habitats marins. Selon les estimations de « Unesco-Natural-Science », les déchets plastiques causent la mort de plus d’un million d’oiseaux marins et de plus de 100 000 mammifères marins chaque année; une situation qui fait craindre le pire. D’ailleurs, les responsables du Programme des Nations Unies pour l’environnement vont jusqu’à parler d’un « futur Armageddon maritime » à défaut de mesure de redressement urgente.

La pollution de la surface maritime entraine des effets néfastes sur la santé. Le coordonnateur de l’INHED indique que les produits toxiques et cancérigènes ont fait une entrée fracassante dans notre chaîne alimentaire, si bien qu’en Haïti une grande partie de la population utilise des sachets en plastique au moment de la cuisson de leur nourriture. Également présent dans le milieu rural, le styrofoam a des impacts fatals sur l’agriculture en s’attaquant aux racines des plantes, indique Samuel Jean, qui travaille aussi pour le Mouvement écologiste haïtien (MEA).

Des mesures d’interdiction sans effets

Face à la menace du polystyrène – véritable fléau – les pays des Caraïbes sont appelés à prendre des mesures drastiques pour éradiquer l’usage. Des pays comme La Dominique, La Guyane, le Trinidad-et-Tobago, les îles Bahamas, entre autres, se montrent très actifs face à cette préoccupation.

En date du 9 aout 2012, paru un arrêté prohibant l’importation et/ou l’utilisation des objets en polystyrène (plateaux, barquettes, bouteilles, sachets, gobelets et assiettes). Après l’échec cuisant de cette interdiction, l’administration de Martelly-Lamothe était revenue à la charge avec un nouvel arrêté interdisant de produire, d’importer, de commercialiser et d’utiliser quelque forme que ce soit, des objets en polystyrène expansé à usage alimentaire unique, pouvait-on lire dans le journal officiel de la République d’Haïti, Le Moniteur du 10 juillet 2013. Malheureusement ces mesures restent lettre morte dans le tiroir des oubliettes. Les produits indexés sont utilisés dans presque toutes les institutions du pays. Quel paradoxe !

Fustigeant l’incapacité de l’État haïtien à freiner l’utilisation de plastique à usage unique, Samuel Jean estime que la lutte contre ce fléau doit s’inscrire dans le cadre d’une politique publique de la protection de l’environnement. « Une vaste campagne de sensibilisation en la matière doit faire partie des plans d’action de l’État haïtien », laisse-t-il entendre.

Si la Banque Interaméricaine de Développement (BID), par le financement des certaines entreprises, s’engage dans la lutte contre le styrofoam, aujourd’hui où en sommes-nous ? Qu’en est-il des résultats concrets ? La quantité, mais surtout l’augmentation du nombre d’animaux marins retrouvés trépassés sur des côtes et des plages ne devrait-elle pas nous interpeller ? Approximativement, plus de 8 millions de tonnes de plastiques sont déversées chaque année dans les océans. Ces derniers nécessitent au moins 500 ans pour être dégradés. Malheureusement !

Texte | Justin GILLES

Photo | Collectif Alternatiba Cité Soleil

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