0Shares

Ils sont nombreux ces journalistes qui disposent d’une page Facebook ou d’une chaîne YouTube en Haïti. Chacun, à leur façon, tente de chercher une autonomie financière, non seulement pour créer une audience, mais aussi gagner de l’argent et essayer de diversifier leurs sources de revenus. Immersion dans l’univers des Journalistes-Youtubeurs haïtiens, qui se détachent des médias traditionnels, et partent à la recherche de leur propre autonomie.

Souffrant Guerking fait partie des jeunes journalistes qui ne sont pas attachés directement à un média traditionnel. Depuis septembre 2019, il dirige l’agence multimédia appelée « Passion Infos Plus ». À travers sa chaîne YouTube monétisée qui dispose de 6 mille abonnés, ce jeune âgé de 25 ans publie des vidéos avec des contenus liés essentiellement à l’actualité socio-politique en Haïti. Et sur sa page Facebook qui compte plus de 36 mille followers, ses vidéos recueillent quotidiennement des milliers de « views ».

« Je ne gagne pas trop d’argent, mais cela me gratifie d’une certaine autonomie », confie Guerking, très actif sur le terrain, particulièrement lors des mouvements de protestation. Ce dernier qui se rappelle encore des refus systématiques de certaines stations de radio après ses études en journalisme, se sent plus ou moins confortable par rapport à ses gains. « Je me sens relativement autonome. Je ne suis pas prêt à travailler pour un média traditionnel. J’essaie de créer des contenus de qualité susceptibles d’élargir mon audience, pour récolter beaucoup plus de vues et gagner beaucoup plus d’argent », déclare Souffrant Guerking.

Ralph Tedy Erol, lui aussi utilise les réseaux sociaux pour se tailler une place dans le paysage médiatique haïtien, spécialement sur internet. Responsable de l’agence multimédia « Ted’Actu », Ralph est connu pour ses photos poignantes, prises lors des mouvements de protestations. Ses clichés publiés sur sa page Facebook et ses vidéos diffusées sur sa chaîne YouTube, bénéficient des centaines, voire des milliers de j’aime (like), de commentaires (comment) et de partages (share). Sa créativité et son originalité font de « Ted’Actu » un média prometteur.

Plus de 115 mille followers sur Facebook et 6 mille 700 abonnés sur YouTube, Ralph Tedy Erol, accompagné de 3 autres membres de son équipe, passe souvent des journées extrêmement chargées. Pour rester cohérent à son slogan « l’accès facile à l’info utile », cette ligne de média réalise des reportages hebdomadaires, dans lesquels il essaie de se démarquer des autres médias dits traditionnels.

Au moins $800 US pour 300 mille « views » sur une vidéo de 30 minutes

Avec sa chaîne YouTube déjà monétisée, Ralph Tedy Erol qui exerce le métier de journaliste depuis 2 ans, avoue que cette activité lui rapporte de l’argent. « Pour une vidéo d’une durée de 30 minutes par exemple, qui recueillent 300 mille vues, vous pouvez avoir entre 800 à 1000 dollars américains », informe-t-il. « À l’instar de YouTube, des publicités peuvent être diffusées ou affichées également lors des contenus originaux sur Facebook. Cependant, sur cette plateforme, TedActu n’est pas encore monétisée », regrette le jeune journaliste photographe de 26 ans.

Pour lui, les réseaux sociaux représentent l’une des meilleures plateformes à travers laquelle les jeunes peuvent évoluer et faire de l’argent. Il suffit de créer des contenus originaux. « Quand votre page Facebook ou votre chaîne YouTube est très suivie, tu peux avoir des partenariats avec des entreprises », confie Ralph Tedy Erol, qui négocie actuellement des clauses de contrat avec des institutions en vue de diffuser des publicités à travers sa chaîne.

En plus des réseaux sociaux, l’ancien journaliste reporter de Loop Haïti et de Chokarella, honore des contrats de réalisation de travaux multimédia avec des entreprises publiques et privées. Des contrats qui sont exécutés à travers « Ted’Actu Production ».

À l’instar de Souffrant Guerking et de Ralph Tedy Erol, plusieurs autres journalistes haïtiens s’investissent eux aussi dans le milieu des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication). Entre la quête d’autonomie financière, le buzz, la médiocrité et la facilité… le secteur médiatique haïtien connait un tournant sans précédent. Par tous les moyens, les journalistes créent leurs propres structures ou plateformes et tentent de fidéliser leur propre public. L’évolution des réseaux sociaux en Haïti vient bousculer le mécanisme de fonctionnement des médias traditionnels. Ces derniers, s’ils veulent être compétitifs sur le marché, doivent s’y adapter.

0Shares