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Depuis quelques années, les réseaux sociaux représentent pour plusieurs jeunes haïtiens une véritable source de revenus. En raison de l’audience dont ils jouissent, ces créateurs de contenus utilisent des plateformes telles que Facebook, YouTube et Instagram pour se procurer de l’argent. Quelles sont les exigences ? Combien gagnent-t-ils ? Cette activité, permet-elle à ces jeunes d’avoir une autonomie financière ? Entretien avec 2 jeunes haïtiens créateurs de contenus sur les réseaux sociaux.

Il est reconnu comme l’une des personnalités les plus populaires sur les réseaux sociaux en Haïti. Avec environ 363 mille followers sur Facebook, 340 mille abonnés sur YouTube et environ 343 mille followers sur Instagram, Guy Webern Guerrier, plus connu sous le nom de « Guy Wewe », est actuellement le jeune animateur compas ayant accumulé autant de fans sur ses pages. Ses vidéos qui traitent de manière particulière des sujets liés à la musique haïtienne, recueillent des milliers de « views » sur une base quotidienne.

Le jeune trentenaire explique que gérer des pages ou des chaines YouTube, est un exercice exigeant qui requiert de la passion et de la disponibilité. « Par tous les moyens, vous pouvez faire du succès sur les réseaux sociaux. Cela dépend de votre objectif. Il y a certains YouTubeurs qui font de la sensation, qui font du buzz, sans aucune profondeur. Tandis que d’autres essayent de créer des contenus instructifs », souligne Guy Wewe affirmant qu’il ne crée pas de sensations s’il n’y en a pas.

Selon l’ex-animateur de Radio Vision 2000, RCH 2000, Planète Créole, produire des contenus intéressants sur des pages YouTube, Fabebook ou Instagram, nécessite l’acquisition d’un ensemble de matériels tels ordinateur, caméra et des projecteurs. « Il est nécessaire également d’avoir de l’électricité, de l’internet à haut débit, de la sonorisation, mais aussi un graphiste qui peut gérer l’image et toute autre question liée au visuel », précise Guy Webern Guerrier. Pour avoir de la crédibilité, le responsable de « Guy Wewe Radio A » croit qu’il est important à ce qu’il y ait cohérence entre les contenus et les titres.

En dehors du pays, des jeunes haïtiens sont plongés également dans le monde de la technologie et utilisent, eux aussi, les réseaux sociaux pour gagner de l’argent. Agé de 31 ans, Kesnel Dorléan vit au Brésil depuis 2013. Ce jeune entrepreneur, avec ses 171 mille followers sur Facebook, plus de 30 mille sur Instagram, et ses 149 mille abonnés sur YouTube, crée une audience fidèle. Dans ses vidéos, le jeune YouTubeur aborde souvent l’actualité politique et économique à l’échelle internationale. Les milliers de vues et de commentaires engrangés par Kesnel Dorléan font de lui, l’un des créateurs haïtiens – vivant à l’extérieur – le plus suivi sur plusieurs plateformes.

« Ceci demande un maximum de temps et d’énergie. En plus de la gestion des pages, il faut s’accentuer sur les contenus, qui doivent être de qualité. Recherches, montages, investissements… faire de l’argent sur les réseaux sociaux nécessitent des sacrifices », nous dit Kesnel, dans une entrevue accordée à la rédaction de « Imedia ». Avec les réseaux sociaux ainsi que ses entreprises, l’originaire de Pétion-Ville est passé de statut de réfugié à statut d’Entrepreneur au Brésil.

Ce que peut gagner un créateur YouTube ou Facebook

Les plateformes YouTube, Facebook et même Instagram qui comptent des millions d’utilisateurs dans le monde, offrent la possibilité aux créateurs de faire de l’argent. Pour monétiser une chaîne, YouTube exige un minimum de 1.000 abonnés et 4 mille heures de visionnement sur les vidéos au cours des 12 derniers mois. Selon les informations disponibles sur des sites internet relayant des données liées à l’utilisation de ces outils, il y a en réalité 4 grandes façons pour les YouTubeurs de gagner de l’argent : « La publicité, l’affiliation, le sponsoring et la vente de marchandise ».

Sur cette plateforme, « la publicité » est l’un des moyens les plus utilisés. A ce niveau, le créateur autorise YouTube à placer des publicités sur ses vidéos. Ces publicités peuvent se déclencher avant et pendant la diffusion de la vidéo en question. Le propriétaire de la chaîne touchera ensuite de l’argent à la vue de ces vidéos. Plus les abonnés visitent votre chaîne, plus vous pouvez gagner d’argent.

Cependant, YouTube ne révèle pas la formule du calcul des recettes publicitaires. Le montant à gagner dépend également de leur taux de CPM (Coût Pour Mille, c’est-à-dire, ce que l’annonceur paie pour 1.000 visionnages vidéo). « Les taux de CPM varient d’un créateur à l’autre, et aucun créateur n’a pas toujours le même taux de CPM. Il peut changer en fonction de facteurs tels que l’endroit où se trouvent les spectateurs de la vidéo et le type d’annonceurs qui s’intéressent au contenu », lit-on sur le site https://www.iiro.eu. Et sur Facebook également, il est possible de faire de l’argent, à travers 3 méthodes de monétisation. Mais aussi, vous pouvez recevoir de l’argent par d’autres moyens tels l’envoie des « stars », équivaut à 0.1 dollars américain chacun, pendant une vidéo en direct.

Guy Webern Guerrier affirme n’être pas en mesure d’avancer un chiffre précis à propos de ses revenus mensuels, mais précise que la rémunération sur YouTube, dépend du trafic constaté sur la chaîne. « Tout moun pa fè menm kòb pou menm kantite view. Les entreprises ne placent pas leur publicité sur n’importe quel pays. Haïti n’intéresse pas vraiment les commanditaires étrangers », souligne le responsable de « Guy Wewe Radio a », qui construit son autorité dans la diffusion et la promotion de l’industrie musicale haïtienne.

« Tout sa m genyen, sa mwen bay fanmim ak pitit mwen, materyèl mwen achte, se avèk aktivite sa a. Mwen achte, epi mwen envesti nan tèt mwen ankò. Pa gen okenn radyo ki ka peye m sa Guy Wewe Radio a rapòtem jodi a », avoue le jeune animateur. Guy Wewe indique que ses expériences en tant que journaliste à la radio, ne sont pas équivalentes à celles acquises via des réseaux sociaux. Il précise qu’à travers ses plateformes, il bénéficie d’un ensemble de contrats avec des commanditaires. « Ça me donne un marché beaucoup plus large. Avec la radio, c’était beaucoup plus restreint. Aujourd’hui on est ouvert sur la diaspora haïtienne, qui est l’une des forces économiques pour Haïti », poursuit-il.

De son côté, Kesnel Dorléan s’est gardé de fournir trop de détails sur ses rentrées en tant que YouTubeur. Toutefois, le jeune entrepreneur indique qu’à travers ses pages Facebook et YouTube, il arrive à gagner de l’argent et renforcer ses autres entreprises. « Ekonomikman, sa rantab. Toutotan ou gen anpil moun kap swiv ou, kap gade videyo w, se toutotan wap fè kòb », a-t-il lâché. Avec l’évolution sans précédent des réseaux sociaux dans le monde, particulièrement en Haïti, Kesnel croit qu’une nouvelle classe d’entrepreneurs est en train de se créer dans le pays.

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