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Haïti Adolescent Girls Net Work (HAGN) ambitionne d’amplifier les connaissances autour de la langue des signes à travers le pays afin d’inclure les malentendants dans les débats sociétaux. Pour appuyer cet objectif, cette institution entame des démarches nécessaires pour la reconnaissance officielle de la langue des sourds-muets en Haïti.

« Tous les Haïtiens sont unis par une langue commune : le créole. Le créole et le français sont les langues officielles du pays » stipule l’article 5 de la constitution de 1987. Une description assez juste de la réalité linguistique haïtienne, mais pas équitable si l’on croit les explications des cadres de Haïti Adolescent Girls Net Work (HAGN).

« Les sourds-muets sont aussi des interlocuteurs à prendre en compte dans la réalité linguistique du pays, nous n’avons pas le droit de les ignorer ni les négliger ni non plus violer leurs droits linguistiques » explique Joliva Joël, licencié en langue des signes.
Selon le formateur en langue des signes : « Les malentendants ont leur mode de communication et tout se fait en signe pour eux. Pour comprendre ces personnes privées de sons et de paroles, il est important de reconnaître leur langage, et de l’intégrer formellement dans le système administratif ainsi que le système éducatif du pays » a-t-il préconisé.

Haiti Adolescent Girls Net Work, qui s’investit dans des formations sur la violence basée sur le genre, sur l’inclusion des filles ayant, entre 14 à 24 ans a jugé bon de se lancer dans des formations en langue des signes partout dans le pays afin de favoriser une place pour la communauté des sourds-muets dans les institutions publiques et privées, d’après ce qu’a expliqué Maureen Petit-Frère, une des responsables de HAGN.

Illustration de Haïti Adolescent Girls Net Work (HAGN)


Inclure les malentendants : une nécessité

« Nous vivons dans une société au sein de laquelle toutes les catégories doivent trouver leur place pour faire régner une réelle harmonie. Évoluer auprès de quelqu’un ayant une déficience auditive exige une compréhension de son langage afin d’éviter toutes les formes de blocages et de stigmatisation » déclare monsieur Joël.

« Nous luttons pour qu’il y ait officiellement une troisième langue dans le pays qui est la langue des signes » soutient le consultant en langue des signes. Le technicien, dans ses propos pense que les malentendants étant qu’humains méritent d’être mieux accueillis dans les églises, les banques, les institutions Étatiques, les aéroports, etc. Selon ce qu’avance Joliva Joël, un dictionnaire aussi serait utile pour l’application de cette langue dans la société haïtienne. C’est pour cela qu’avec son équipe, il travaille pour la maintenance et la concrétisation d’un pareil projet.

De ce fait, un support de la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA) s’avère nécessaire pour un élargissement de cette langue dite langue des signes en Haiti si l’on croit les propos de monsieur Joël.

Haïti Adolescent Girls Net Work (HAGN) de son côté travaille pour la création d’un ouvrage de langue des signes et manifeste la volonté pour que cette langue soit enseignée dans les écoles haïtiennes.

Selon le dernier recensement de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), plus de 10 % de la population haïtienne sont des malentendants. En Haïti, cette catégorie, placée en marge de la société, a vraiment besoin d’être accueillis de tous dans un sens ou un autre.

L’alphabet de la langue des signes

 

Pour le respect des droits des personnes handicapées

La convention relative aux droits des personnes handicapées et son protocole facultatif, adoptés le 13 décembre 2006 par l’Organisation des Nations Unies (ONU), fixent les droits de cette catégorie après l’aboutissement d’une longue lutte teintée de revendications à travers le monde.

« Cette convention est rédigée pour promouvoir, protéger, et assurer la dignité, l’égalité devant la loi, les droits humains et les libertés fondamentales des personnes avec des handicaps en tous genres », explique le militant et intellectuel Michel Archange Péan.
L’ancien secrétaire d’État à l’intégration des personnes handicapées rappelle que : « L’objectif de ce document demeure la pleine jouissance des droits fondamentaux par ces derniers et leur intégration dans la société, tout en les faisant participer activement à la vie sociopolitique et économique de leur pays ».

Mais Haïti, quoique signataire de cette convention, peine toujours à respecter ces revendications qui sont à l’origine de nombreux instruments juridiques internationaux. Dans le milieu social, scolaire et urbain, les personnes handicapées sont souvent marginalisées et la discrimination à leur égard revêt différentes formes, depuis le refus des possibilités d’éducation jusqu’à l’exclusion et l’isolement.

L’exclusion, la moquerie, la stigmatisation, l’incompréhension font partie des stigmates que subit cette tranche de la société. Ajoutées à tout cela, certaines femmes malentendantes sont victimes de violences de toute sorte.

Rappelons que l’alphabet de la langue des signes est créé en 1620 par le français Charles-Michel de l’Épée, et demeure une réadaptation des 26 lettres de l’alphabet français, incluant aussi toutes les autres langues du monde.

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