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Les photojournalistes haïtiens sont confrontés à de multiples blocages et difficultés dans l’exercice de leur métier. Certains subissent d’énormes pressions, d’autres des menaces, d’autres encore des censures et toutes formes de violences. Afin de faire face à ces problèmes récurrents, ils se regroupent au sein de l’Union des Journalistes Photographes Haïtiens (UNJPH), dans un seul et même objectif : défendre les droits des photojournalistes haïtiens.

Créé en 2008, à l’initiative de Francis Louis (du journal LeNouvelliste), Jean Jacques Augustin (du journal Le Matin), Evens Saint Felix (de d’Alerte Haïti) et du feu Lyonel Lafortune (de Haïti Progrès), l’UNJPH s’engage dans l’encadrement des photojournalistes haïtiens et apporte un soutien indéfectible aux journalistes victimes d’abus, de menace ou de violence physique dans leur travail.
Si cette structure de défense des droits d’une catégorie de travailleurs des médias est peu connue en Haïti, les actions posées et les travaux réalisés par ses membres témoignent le contraire.

À la rencontre de l’UNJPH

L’idée de mettre sur pied l’UNJPH a germé au cours d’un échange entre quatre passionnés du photojournalisme : Francis Louis et Jean-Jacques Augustin, Evens Saint Felix, et Lyonel Lafortune ; tous, des disciples de Robert Capa, père du « Photojournalisme ». Nous sommes en 2008 quand ces 4 mousquetaires ont décidé de passer de la parole aux actes et fondent cette structure en vue d’œuvrer pour le respect des droits et de meilleures conditions de travail de cette catégorie de professionnel.

« L’objectif était aussi, bien entendu, de mettre en valeur le travail des photojournalistes haïtiens. De les protéger contre toutes dérives ou abus et de les accompagner quand ils sont en difficultés», a raconté le secrétaire général de l’organisation, Jean-Jacques Augustin.
« Quand un photojournaliste est victime, il est de notre devoir d’intervenir. Parfois, nous le faisons de concert avec l’Association des Journalistes Haïtiens (AJH) avec laquelle nous avons partagé le même local pendant un certain temps. « Cette structure qui compte plus de 80 membres aujourd’hui a des adaptes un peu partout à travers le monde », confie le photojournaliste Jean-Jacques Augustin.

« L’UNJPH compte plus de 80 membres à travers le pays et à l’étranger notamment en France, au Canada, aux Etats Unis et en République Dominicaine. Les membres vivant en terre étrangère jouent le rôle d’officiers de liaison avec les autres organisations de photojournalistes pour l’expansion de l’UNJPH » informe-t-il.

 

Illustration de quelques membres fondateurs de UNJPH
Crédit photo: Jean Jacques Augustin

D’un air confiant et fier, le secrétaire général de l’UNJPH se félicite d’avoir permis de célébrer pour la première fois en Haïti le 18 aout 2017, la journée mondiale de la photographie. « Grâce à l’UNJPH, nous avons commémoré pour la première fois en Haïti la journée mondiale de la photographie. » Cette célébration a été l’occasion pour présenter au grand public le rôle et le travail des photojournalistes à en croire M. Jean-Jacques. « Au cours de cette journée, nous avons organisé une conférence débat pour présenter au grand public le concept photojournalisme, son histoire, son importance entre autres », détaille-t-il. De plus, l’organisation ne se contente pas seulement de défendre les intérêts des photojournalistes, il permet aussi à certains photographes de recevoir une formation en photojournalisme.

« Nous permettons à certains photographes d’élargir leur champ professionnel en leur offrant une formation en photojournalisme, et les résultats sont satisfaisants », explique le secrétaire général de l’organisation. Jean Jacques Augustin rappelle que la formation et la transmission de connaissance sont le meilleur moyen de faire perdurer cette discipline professionnelle qui est de plus ne plus menacée par l’ascension fulgurante de la technologie.

Une démocratisation technologique qui affecte sérieusement le domaine du photojournalisme sans changer ou même atténuer la passion des professionnelles de la photo pour leur métier si l’on en croit les dires de Thimoté Jackson, membre de UNJPH depuis 2017.

Les appareils numériques : nouveaux concurrents des photojournalistes

« De nos jours, l’accessibilité aux appareils sophistiqués pouvant effectuer des clichés presque parfaits, prendre en photo ou en vidéos des sujets ou n’importe quel fait social affecte le domaine du photojournalisme », relate Thimoté Jackson ex-photographe de Challenges Magazine. Selon monsieur Jackson, « n’importe quel utilisateur d’un téléphone portable intelligent est un potentiel photographe ». Ce qui permet à la photographie “armateur” de concurrencer à un certain niveau le photojournalisme qui est un domaine strictement professionnel.

Pour ne pas rester passive face à cette concurrence rendue possible par les effets des avancées de la science et de la modernité, l’UNJPH se met au diapason. Elle concocte un ensemble de formation pouvant amener les photojournalistes à maîtriser les outils numériques (téléphone intelligent, tablette et autres gadgets électroniques) « Nous n’avons rien à envier à ceux qui utilisent leurs Smartphones pour effecteur des photos professionnelles, nous aussi nous asseyons de les intégrer dans la liste de nos outils de travail de terrain », explique le photojournaliste Thimoté Jackson.

Plaider pour les droits d’auteur des photos journalistes

« Le respect des droits d’auteur des photosjournalistes est un élément de débat très important pour nous à l’UNJPH », avance Jean-Jacques Augustin, actuel photojournaliste au sein du journal le National. Selon monsieur Augustin, le Bureau Haïtien des Droits d’Auteur (BHDA) est un partenaire clé dans la lutte pour le respect des droits de cette catégorie de professionnelle.

« Un ou une journaliste devrait être capable de vivre selon le fruits de son travail. En Haïti, un journaliste peut risquer sa vie dans une manifestation ou lors d’une scène d’échange de tirs pour prendre des photos et voir ses œuvres éparpillées, utilisées partout sur Internet sans son autorisation », se révolte Jean Jacques Augustin.

Dans d’autres cas, c’est carrément du vol ou du plagiat qui découragent les photojournalistes et cela préoccupe au plus haut point monsieur Augustin. Il explique que : « Dans certains cas, la marque ou le tag du propriétaire de la photo est enlevé pour créditer la photo au nom d’un autre propriétaire, ces cas de « fraudes » constituent une violation flagrante des droits de la propriété intellectuelle du photojournaliste en vertu du décret du 12 octobre 2005 sur les droits d´auteur ».

Le secrétaire de la structure précise que certains obstacles internes sont à franchir avant de déposer un dossier auprès de l’UNJPH afin de plaider pour la cause du respect des droits des photojournalistes.

Mais la structure de défense des droits de photojournalistes se vante d’avoir apporté sa quotepart dans la plaidoirie en bonne et due forme de concert avec l’AJH et Kolektif 2 dimansyon (K2D) relative à la disparition en 2018 du photojournaliste Vladimir Legagneur.

L’UNJP n’avait pas raté l’occasion de condamner et exiger dédommagement et réparation lorsque le photojournaliste Dieu-Nalio Chéry a été victime en marge d’une séance au parlement haïtien sur la ratification du Premier ministre nommé Fritz William. Quoique le professionnel de la presse a quand mem été contraint de laisser le pays récemment pour sauver sa peau suite à des menaces de mort par de puissants chefs de gang

S’il est vrai qu’ « une image vaut mille mots » comme disait le philosophe chinois, Confucius, alors assister impuissant des journalistes qui déposent leur caméra pour causes de menaces ou d’insécurités revient à taire, enterrer des milliers de mots dans un pays qui se bat pour le respect de la liberté de la presse, socle fondamental de la liberté d’expression à travers le monde.

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