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Jenny Danis, frisant la trentaine, exerce le métier de mécanicien depuis environ une décennie. Un choix qui est en porte-à-faux aux idées reçues. En dépit des réflexes sexistes de certains hommes et les regards déplaisants de quelques femmes, la jeune professionnelle assume et sait qu’elle joue en territoire non-conquis. Toutefois, s’armant de courage et de vitalité, Jenny entend se tailler une place de choix dans ce milieu prétendument “masculin”.

Infirmière, secrétaire, réceptionniste, hôtelière, couturière, etc… sont entre autres les métiers que la société haïtienne réserve tacitement aux femmes. Cela est inscrit dans les ‘’us et coutumes’’ de cette société dite patriarcale. Cependant, de plus en plus de femmes cherchent à sortir de ce schéma tout tracé. Jenny Danis, mécanicienne de renom, est un exemple atypique du non-conformiste aux injonctions imposées par la société quant au choix des métiers.

« Cela me réjouit de briser les codes sociaux en devenant mécanicienne, contrairement aux attentes de mes camarades de classes. Je suis une femme, j’exerce un métier jugé viril et je suis bien dans ma peau », a indiqué Jenny l’air rassurée.

Ce choix de la jeune dame, n’est pas anodin, selon ses dires. Devenir une professionnelle en mécanique était pour elle une passion, mais aussi une tactique afin d’éviter le chômage et intégrer le marché du travail. En effet, la jeune femme pleine de rêve voulait créer une place au lieu d’attendre un emploi dans un pays où le chômage ainsi que le sous-emploi touchent 60 % de la population. Alors que sur chaque 100 haïtiens, 70 vivent avec moins de 2 dollars américains par jour selon les statistiques de la Banque mondiale.

Un choix calculé

« De nos jours, les secteurs d’activités tels le tourisme, la restauration, l’éducation, la santé sont devenus de plus en plus difficiles à intégrer ; il n’y a pas assez d’emplois, les périodes de crises engendrées régulièrement par l’instabilité politique et économique du pays aggravent souvent la situation », souligne la jeune professionnelle vêtue d’une salopette.

Ne voulant pas allonger la longue liste des chômeurs du pays, Jenny dit avoir calculé le choix de sa profession. À cause des crises à répétition que connait le pays, précise Jenny, la majorité des jeunes filles travaillant dans les filières traditionnelles évoluent aux rythmes et caprices du pays. D’autres planifient leur vie, à tort, à partir d’une discrimination sexiste selon laquelle certaines professions ne sont pas faites pour les femmes. « Moi, je me suis libérée de cette prison », a-t-elle avoué ne quittant pas des yeux un « apprenti » qui se démêle pour fixer un couroi.

Du haut de ses 10 ans d’expérience dans la mécanique-auto, Jenny dit fonctionner sur une base financière plus ou moins solide. « Du point de vue économique, je gagne assez d’argent pour répondre à mes besoins et épargner le reste. Je connais parfois des périodes de disette, mais je tiens toujours le coup avec une clientèle qui croit en moi et qui m’encourage dans mes œuvres. J’ai toujours des véhicules à réparer, peu importe la conjoncture », explique Jenny.

Conjuguer un métier au féminin

Panne de moteur ; de transmissions automatiques ; d’alternateur ; de la durite du radiateur ; de la jauge d’huile etc… sont toutes les bienvenues aux mains de Jenny. Avec ses outils et sa délicatesse, la jeune femme se donne le plaisir de faire tourner les moteurs, engins complexes composés d’une multitude d’éléments au cœur des voitures. À côté des voitures, elle s’est attelée aussi à réparer des génératrices et quelques fois des pannes spécifiques dans les engins lourds, tracteurs, bulldozers, tractopelles, tracteurs à chenilles, etc.

« J’exerce un métier qui ne m’était pas consacré. Je dois le faire maestria pour le plus grand bonheur des clients », déclare-t-elle.

Afin de se faire respecter en tant que femme mécanicienne, la jeune technicienne en mécanique dit utiliser son savoir-faire ainsi que la discipline comme principe de base. « À la moindre erreur, les gens me critiqueront deux fois plus qu’un professionnel de sexe masculin. Je refuse de donner l’occasion aux gens pessimistes de multiplier les préjugés sexistes envers les femmes à cause de mes erreurs ou négligences. C’est pourquoi je reste disciplinée dans mon métier. Je fais de la volonté, de la discipline et de la détermination mes armes secrètes pour être un modèle dans ce métier », affirme-t-elle.

Inspirer les autres

Pour mieux exposer et vendre son savoir-faire au grand public, depuis plusieurs années Jenny a mis sur place une plateforme sur Facebook “Jenn-Mecano” où elle publie une série de vidéo pour aider les propriétaires de voiture et conducteurs à prévenir et détecter les pannes à temps afin d’éviter le pire.

Suivie par une quantité remarquable de jeunes sur les réseaux sociaux, la technicienne encourage les jeunes filles à oser, à explorer et à mettre en valeur leur potentiel à travers ses publications et vidéos.

Contrairement à certaines femmes qui sont délaissées par leurs familles à cause de leurs tâches professionnelles, Jenny dit avoir été élevée dans une famille ou ses parents tolèrent la liberté de travail. « Dans ma famille, on choisit le métier qu’on aime, il n’y a pas de restriction », confirme-t-elle.

Aux jeunes femmes voulant suivre son chemin, et qui n’ont pas eu cette chance, elle conseille de ne pas se laisser détruire par des membres de sa famille, ni se laisser distraire. « Ayez l’envie de réussir avec des buts précis, des projets concrets et réalistes », conseille la mécanicienne.

« Aujourd’hui, je suis technicienne dans un secteur où il y a quelques rares femmes et je suis fière… Je fournis un service impeccable à ma clientèle, je partage mon expertise et j’essaie d’être une source d’inspiration pour les jeunes filles de cette génération », renchérit Jenny la tête enfoncée sous un capot de véhicule.

Travail, liberté, discipline, famille, courage, voilà ce qui décrit cette jeune femme inspirante et pleine d’énergie

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