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Jacques Duverly Nannley, retenez son nom. Il maitrise à la perfection, ou presque, plusieurs instruments de musique. Pianiste, batteur, saxophoniste, Clarinettiste, flûtiste, il est aujourd’hui un de ces rares talents qui brillent dans le milieu très restreint du style classique en Haïti. Avec sa flûte traversière, Jacques Duverly Nannley s’est déjà taillé une place de choix dans la « jazzosphère » en marquant de son empreinte la scène nationale ainsi qu’internationale.

Parmi les différents instruments qui exigent talent et pratique, le jeune capois, Duverly Nannley Jacques, a poussé la maitrise de son art à un niveau de virtuosité inégalée. Il faut parcourir du chemin avant de tomber sur un jeune haïtien capable de jouer de la flûte avec autant de dextérité. Charismatique, captivant et énergique, ses morceaux ou les ‘’cover’’ qu’il interprète, convertissent en berceuse le vent de ses notes sous l’agilité de ses droits. On dirait un disciple de Claude Paul Taffanel.

La musique Classique : son credo

Flutiste né, Duverly Nannley Jacques a commencé à manier les instruments musicaux depuis l’âge de 5 ans dans une école où il a débuté l’apprentissage du piano classique. Son appétit pour la musique lui a permis de goûter à plusieurs instruments avant d’adopter définitivement la flûte traversière comme instrument de prédilection.

« Je joue du woodmind. J’ai un énorme penchant pour les instruments antiques à vent fabriqués dans le temps avec du bois pour créer des sons harmonieux », explique le jeune artiste. « Je suis tombé amoureux de la flûte traversière qui est un instrument à vent de la famille des bois. Son maniement est toutefois assez différent de celui des flûtes à bec et est plus proche de celui de la quena et plus largement des flûtes à encoche. Des instruments qui exigent que le musicien conduit l’air au biseau », détaille Jacques qui joue cet instrument depuis maintenant 11 ans.

Avec un tableau rempli de modèles, le jeune Jacques sait qu’il a un long chemin à parcourir pour pouvoir accrocher son étoile dans la galaxie des grands noms de la musique classique en Haïti. « Bon nombre d’instrumentistes m’ont influencé et forgé ma foi dans l’apprentissage de la musique classique. Mushy et Joël Widmaier, Johnbern Thomas, Fabrice Rouzier, Denis Belyakov, David Casséus, Rolph Stong Wood, Jasmine Choix James Goldway, Youbine King (flutiste coreenne), etc. sont tous des figures iconiques haïtiennes et étrangères qui m’ont ouvert l’esprit sur des aspects fascinants de cette musique.

Toutefois Jacques dit n’est pas prêt d’oublier un de ses modèles « Joshua Ablamith Jean », excellent flûtiste, qui l’a initié à la flute jusqu’à la maitriser.

Le Band Leaders de « Nannley and wood Project »

Le natif du Cap-Haitien, qui a vu le jour à l’hôpital Justinien du Cap, n’a pas fait cavalier seul. Avec ses pairs, le jeune passionné de la musique a créé « Nannley and Rood Project ». Un groupe qui offre des prestations hebdomadaires dans sa ville natale baptisées “les vendredis du Jazz” à Gwòg Bar, au 90 Boulevard. Un trio qui a été très remarquable lors du festival de Jazz de 2020 dans la catégorie « découverte ».

Un distingué de la scène internationale

En 2020, le jeune prodige a réalisé une prouesse inoubliable. Celle de représenter sa mère patrie Haïti ainsi que toute la Caraïbe au Concert de la Terre où des musiciens représentant environ 197 pays se sont rencontrés pour offrir un spectacle en jouant une seule et même musique.

« J’ai été tout excité quand j’ai appris que je devrais représenter la Caraïbe dans le ‘’Earth Orchestra’’ [ndlr : traduit littéralement Orchestre de la terre’’] pour jouer aux côtés de grands musiciens, mais surtout de différentes nations. Cela a été une expérience mémorable et j’aspire à faire flotter le bicolore haïtien encore plus loin », rêve le flûtiste.

Aujourd’hui un de ses plus grands rêves est d’intégrer le conservatoire musical de Paris et produire aussi pour l’orchestre Philharmonique de Berlin en Allemagne. « Aucun noir n’a encore jamais joué au sein de l’orchestre Philharmonique De Berlin. J’espère être le premier à relever ce défi ».

Un maestro, un professeur, un promoteur de la culture Haïtienne

Avec le vison de partager son savoir-faire et ses connaissance avec d’’autres jeunes et certains enfants, l’ainée de la famille Jacques a créé son propre académie musicale : « Nannley Duverly flute Academy ». L’académie a été mise sur pied non seulement pour former des flûtistes, mais aussi parfaire le talent des instrumentistes qui s’y connaissent déjà. « J’ai créé l’académie, il y a tout juste un an, je veux que nos jeunes haïtiens puissent avoir cette chance d’apprendre la musique classique. J’ai eu l’opportunité, je veux que d’autres jeunes puissent en profiter », déclare le jeune professeur de musique.

En attendant les moyens économiques nécessaires pour mieux atterrir le projet d’Académie, le jeune talent opte pour les opportunités qu’offre le virtuel à travers la technologie. Pour l’instant, je dispense des cours en ligne et j’offre des masters class aussi aux jeunes qui sont intéressés », a-t-il fait savoir.

« Avec l’internet, YouTube, c’est aussi moins de complications, aujourd’hui, n’importe quel jeune de n’importe quel milieu peut opter pour l’apprentissage d’un instrument et entamer une carrière », explique-t-il.

Si le manque d’espace d’apprentissage de musique tel des conservatoires a pas mal barricadé le parcours du jeune flûtiste en Haïti, il ne sera pas le cas pour les jeunes des quartiers populeux intéressés à cette tendance élitiste. « Cette musique dite de la noblesse, peut-être le cheval de batail de n’importe quel jeune passionné. Je fais de mon mieux pour la démocratiser à travers le pays à travers des écoles de musique, mais aussi des annexes », lâche Jacques tout souriant mais sous un ton engagé.

Un artiste engagé pour les causes sociales

« Depuis le séisme du 14 août qui a terrassé le grand Sud d’Haïti, je réfléchis sur comment apporter mon soutien à la population aux abois mais de façon structurelle. J’avais appris par la suite que l’école Othello Bayard avait été touchée par ce tremblement de terre et l’école a subi d’énormes pertes. Voulant apporter mon soutien, j’ai pensé de concert avec le support de quelques icônes du festival de Jazz en Haïti à organiser un levé de fonds pour pouvoir supporter financièrement l’établissement. De ce fait, nous produirons un concert le 24 novembre prochain et les fonds recueillis pour le concert serviront à effectuer des réparations au bâtiment de l’école, mais aussi à réparer certains instruments qui ont été endommagés lors du tremblement de terre ».

Selon Jacques, ce grand geste est posé dans l’unique but de prouver son engagement social envers sa communauté.

« Je suis un artiste engagé, clame-t-il ».

« Les jeunes adoptant la musique dans le sud auraient pu être des bandits. Nous sommes malheureusement dans une société où il est plus facile d’avoir accès à une arme à  feu qu’un instrument de musique. Ainsi pour protéger nos jeunes instrumentistes qui sont exposés à la violence, j’ai choisi de les supporter à ma manière afin qu’ils puissent poursuivre ce chemin plutôt qu’un autre », se réjouit Jacques.

La star qui rêve un jour de trôner aux côtés d’Emmanuel Pahud, un des plus grands noms de la planète ayant fait de la flûte un instrument phare préconise une politique culturelle structurée et adaptée. Formule qu’il traduit ainsi : « dis-moi, quelle musique tu écoutes et je te dirai qui tu es ».

Marc-Evens Lebrun

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