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Les autorités sanitaires du pays avaient recensé officiellement en mars 2020 le premier cas de Covid-19 en Haïti. Comme tous les autres pays frappés par cette pandémie meurtrière, elles ont du coup adopté une horde de mesures pour essayer de contenir la propagation du virus, car le système sanitaire haïtien laisse à désirer. Plus d’un an après, ces mesures sont-elles respectées ?

L’arrivée de la pandémie du nouveau coronavirus a relégué au second plan, et ce, pendant plusieurs mois de suite, quasiment toutes les sphères d’activités. Même les pays où le système de santé publique est mieux organisé, avaient éprouvé des grosses difficultés malgré le respect scrupuleux de certaines mesures préventives.

Haïti s’était mis au diapason

Le premier communiqué de presse émanant du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), annonçant que deux personnes ont été testées positives à la Covid-19, a créé une onde de choc à travers tout le pays. Tout portait à croire que le pays allait sombrer, vu l’état lamentable de notre système sanitaire frappé par la désuétude poussée.

Voulant combattre ce fléau, un état d’urgence sanitaire a été vite décrété. S’ensuit une liste de mesures barrières telles que : le port de masque de protection dans les lieux publics, le lavage régulier des mains, le respect de la distanciation physique, l’interdiction de se réunir en grand nombre sans besoin urgent…

Nonobstant le danger qui avait plané sur la tête des haïtiens et haïtiennes, plus d’un constatent que la majorité de ces mesures dites barrières qui ont été annoncées en grande pompe sur les réseaux sociaux et par voie de presse, ne sont pour autant respectées par la majeure partie de la population.

Certaines personnes sont très réticentes à l’idée de porter un masque de protection pendant toute une journée, parce qu’elles se sentent mal à l’aise. D’autres ont tout bonnement cru en la providence, passant ainsi outre toutes les mesures exigées par le MSPP dans sa quête de prévenir la propagation du virus.

Quid des mesures

Le coronavirus tue. En dépit de tout, une grande partie de la population refuse de mettre en application les mesures prises par les autorités concernées.

Au marché, sur les places publiques, à l’église, dans les écoles, dans les restaurants, les supermarchés, et surtout dans le transport en commun (camionnette, bus, tap tap etc…) les gens font de ces mesures le cadet de leurs soucis.

Même après avoir détecté la présence du variant Delta qui est très réputé pour sa contagiosité, les gens ne se sont pas montrés plus réceptifs, voire plus responsables face à l’application des mesures de prévention.

Marchés et mesures barrières ne riment pas

Au marché de la rue 10 à Cap-Haitien, la situation est lamentable, voire catastrophique. Les mesures préventives sont quasi absentes. Les marchands qui s’y installent, les clients et autres usagers fréquentant cet espace public conjuguent, semble-t-il, au passé, l’existence de la pandémie du coronavirus. Aucun point d’eau chloré n’est remarqué, personne ne porte de masques. Certaines personnes, par prudence, se cachent le visage avec un morceau de tissus ou un mouchoir. Ici, respecter la distanciation physique est tout simplement impossible.

Les agents de la PNH ne montrent pas l’exemple

Loin de donner l’exemple, des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH) ont tout carrément mis en veilleuse les mesures adoptées par les autorités sanitaires pour freiner la propagation du virus. Le comportement des policiers cantonnés dans les hauteurs du Morne Pilboreau en est un cas atypique. Ils fouillent, vérifient et lancent des injonctions verbales aux usagers de la route sans tenir compte des mesures barrières. Pas de masques, même pas du gel hydro alcoolique pour se désinfecter leurs mains (pourtant très utilisées), et ils font fi du principe de distanciation. Or, ils devraient être des modèles, ceux qui donnent le ton. Malheureusement, ils semblent, eux aussi, oublier l’existence de la pandémie.

Le transport en commun, milieu propice pour le virus

Vêtu de son jeans bleu et t-shirt noir, Maxo Pierre Louis, un chauffeur qui assure le trajet Gonaïves/Cap-Haitien, s’arrête et coupe le moteur de son véhicule. Il descend et s’approche de ses passagers entassés comme des sardines sans masque de protection, pour réclamer son dû. « Je ne crois pas que le coronavirus veut nous tuer si non il l’aurait déjà fait », balance le cinquantenaire, une petite serviette passée à son coup. Il soutient qu’il préfère braver le virus que de crever de faim avec sa famille à la maison. À la question de savoir qu’est-ce qui pourrait expliquer que les gens ignorent totalement ou presque les mesures barrières alors que la maladie est bien réelle, l’étudiant finissant en sociologie, Sandrack Fleurinor, explique ce comportement par un manque d’éducation et de formation de la population.

« Certaines personnes ne se protègent pas contre la pandémie de la Covid-19 juste parce qu’elles manquent d’informations ou parce qu’elles ne sont pas bien imbues des conséquences. Des fois, elles s’en foutent royalement du danger lié au virus à cause des infox ou intox qui circulent sur les réseaux relatifs. En réalité, elles en savent très peu de choses », explique le sociologue qui en profite pour appeler l’État haïtien à faire mieux en matière de sensibilisation et de vulgarisation.

De mars à nos jours, plus de 20 mille personnes ont contracté le nouveau corona virus. Plus de 600 décès selon les données officielles du MSPP. Pourtant, si l’on tient compte du non-respect des mesures barrières, ces chiffres devraient tripler voire quadrupler.

Jodel Alcidor

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