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Rodrigue Milien, chantre du troubadour, emblème du boléro, monument de la chanson créole des années 70-80, n’avait que sa voix frêle  et une guitare pour raconter les douleurs et les drames de la vie qui mangeaient ses tripes.

Il n’y a pas une seule note de Rodrigue Milien qui ne soit teintée d’accords de mélancolie mais aussi de tendresse. « Mwen pap janm bliye w’ cheri » est une promesse d’amour, une trace de reconnaissance et de gratitude envers son âme-sœur. « Nécessité », boléro latin (« Te necesito ») repris en duo avec Jules « Toto » Similien, scelle son succès à jamais. Il s’est fait connaitre, depuis, à travers d’autres morceaux célèbres dont « Fanm pa dra », « Rejeté »,  le pot-pourri légendaire « Santiman pou ou », une saudade créole reprise par toute une génération de musiciens, jeunes ou vieux. Qui ne se souvient de ce refrain populaire, consommé en masse :

« Efase

Ti defo ki nan kè mwen

Bay manti, se metye m fè chak jou

Koutwazi, se larichès lakay mwen

Mon amour, mwen renmen ou toujou »

Michel Martelly lui vouait une admiration totale, lui qui savait reprendre quelques de ses titres dans ses bals qui faisaient salle comble.  Lors d’une cérémonie déroulée en juin 2013 au Palais National, Rodrigue Milien a reçu, entre autres personnalités décorées dont deux à titre posthume (Mimi Barthelemy et Occide Jeanty), une salve d’hommages de Martelly, pour sa contribution au rayonnement de la musique haïtienne. Il était sur chaise roulante. « Une cérémonie qui s’est déroulée sur fond de tristesse et de joie ». Tristesse de voir Rodrigue Milien sur son fauteuil roulant. L’homme qui chantait avec une vitalité populaire pleine d’ironie et de tendresse croulait sous le poids d’une hypertension et d’un diabète écrasants.  Ce n’est plus le Rogrigue que l’on connaissait il y a une dizaine d’années,  rapportait Valery Daudier pour Le Nouvelliste.

Satire déchirante

Son état critique de santé présageait déjà qu’un jour, c’est sa guitare mélancolique et son œuvre musicale baignée de mélancolie, entre calypsos, meringues et rythmes populaires (Ibo) qui parleront pour sa vie dont la fin, pour le moins pathétique,  s’est révélée ténébreuse en raison de sa situation économique ruinée.

« Avec sa voix faite pour la satire déchirante, incisive, il fait mouche et amuse l’auditeur irrésistiblement », note le critique musical Roland Leonard.

Sa réussite musicale, le succès grappillé  au fil des hits fut une réponse aux humiliations et aux mépris qu’il acquiesçait, lycéen. Il a gravi les échelons dans la musique en travaillant inlassablement pour la reconnaissance, devenant un monument grâce à une guitare et la voix fragile d’un bluesman dolent.

Rodrigue Milien, membre du groupe Combite créole avec « Toto », chantre du troubadour, populaire chanteur, né à Port-au-Prince en octobre 1946, nous a quittés samedi 25 septembre avait appris la rédaction. Auteur de morceaux bien connus comme « Byen jwen byen kontre », « Mizè Ti Nèg », le septuagénaire souffrait de diabète et d’hypertension artérielle, il marchait sur chaise roulante depuis au moins 10 ans et a été victime de plusieurs AVC.

Il a laissé derrière lui un répertoire musical important, de nombreux albums, des morceaux de boléro saupoudré de blues. Il a joué dans le film « Ala mizè pou Rodrigue » (1978) dont il assumé la bande originale.

Rosny Ladouceur

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