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S’inscrire dans plusieurs facultés de l’UEH devient quasiment une mission impossible pour certains jeunes. Ces derniers qui désiraient postuler pour deux facultés, voire plus, se voient obligés de se limiter à une seule. L’augmentation des frais d’inscription l’oblige. En effet, les frais du concours d’admission ont été augmentés de 60% cette année. Cette révision à la hausse représente une lourde charge sur le dos des familles de ces bacheliers qui vivent dans des conditions économiques très précaires. Comme on le sait, l’UEH est une institution d’enseignement public qui est substantiellement fréquentée par les enfants des couches sociales appauvries de la société. Cette décision est alors vécue par eux comme une barrière pour leur accès à l’enseignement supérieur.

IMedia s’est rendu dans l’enceinte des Facultés de l’UEH pour rencontrer certains d’entre eux….

« C’est plus qu’une catastrophe, c’est un crime contre la jeunesse », s’écrie Peter Felix, l’un des postulants à l’UEH cette année. D’un visage terne, d’une voix dolente, il déplore le fait de voir sa chance de s’inscrire dans plusieurs facultés, diminuer. Or, participer dans plusieurs concours d’admission accroit généralement la chance de pouvoir intégrer au moins une des facultés convoitées, croit-il. « Trouver 500 gourdes était déjà difficile, et maintenant 300 gourdes de plus est juste inconcevable pour moi », s’afflige le jeune bachelier venant de l’un des quartiers populaires de la Capitale.

Même coup de pinceau pour Frantz qui n’a pas encore décidé de s’inscrire pour le concours d’admission. « Mon père est sans emploi depuis près d’un an et ma mère quant à elle essaie de vendre des trucs au marché pour essayer de nous nourrir, moi et mes cinq frères et sœurs. Disposer de 2400 gourdes pour la déposition de pièces dans 3 facultés en une journée, est une grosse somme pour mes parents », se plaint le jeune homme au regard vide. Si le Rectorat pouvait revenir sur cette décision, ce serait un soulagement non seulement pour moi, mais pour les jeunes désireux d’intégrer la seule université publique du pays », termine-t-il.

Magda Jules, jeune bachelière de 19 ans, compte participer au concours de la Faculté des Sciences humaines et à celle de la Faculté d’Ethnologie. Pour elle, la décision du Rectorat d’augmenter les frais d’inscription n’est pas une bonne idée. « Cette augmentation laisse les familles de certains bacheliers dans une incertitude totale, déjà frappée par la crise socio-économique du pays », a-t-elle évoqué amèrement. Ainsi, constate-t-elle, cela va réduire la chance de celles et ceux qui comptaient postuler pour plusieurs Facultés. S’agissant de la menace de boycott du concours par les contestataires, elle pense que ça serait une action juste (la phrase n’est pas claire). Même quand elle a grandement envie d’entrer à l’UEH cette année et qu’elle est en mesure de payer les 800 gourdes exigées, elle dit penser aux autres qui ne le pourront pas. « J’ai une obligation morale d’être solidaire avec eux », avoue la jeune fille.

Les justifications du Rectorat …

Dans une « note de clarification » publiée le 3 Septembre dernier sur les réseaux sociaux, signée par l’Unité de communication de l’UEH, il est mentionné les raisons portant le Rectorat à procéder cette année à cette augmentation des frais d’inscription pour le concours ; des frais notamment fixés à 500 gourdes depuis tantôt quinze ans.

En effet, l’une des raisons évoquées est le taux d’inflation qui a presque triplé depuis 2007 et la dévaluation dramatique de la monnaie nationale. Cette situation, selon la note, empêche les différentes entités de l’UEH de supporter les coûts encourus pour l’organisation des concours d’admission : feuilles d’examen, frais de surveillance et de supervision, frais de correction, etc. Les déficits enregistrés dans le cadre de l’organisation de ces concours, poursuit la note, doivent être compensés par les ressources budgétaires des différentes entités. Alors que leurs ressources sont très maigres et sont systématiquement soumises à des baisses dans le budget de l’État. Et comme gage de légitimité de la décision, le Rectorat brandit le fait qu’elle a été demandée et approuvée par presque tous les décanats des Facultés.

Illustration du document du Rectorat de l’UEH

Des étudiants de l’UEH scandalisés par la décision …

Certains étudiants n’en démordent pas : « le Rectorat doit revenir sur cette décision ». Pour eux, les raisons avancées ne tiennent pas. « Le Rectorat devrait au contraire diminuer les frais d’inscription de moitié au lieu de penser à les augmenter ». En effet, ce sont les postulants qui sont les plus économiquement démunis qui fréquentent l’UEH. Une telle décision aura pour conséquence l’exclusion de ces derniers au concours d’admission. Disposer de 500 Gdes est parfois une chose impossible pour ces familles-là, soutient David Bochart, Mémorant à la Faculté des Sciences Humaines. Pour lui, l’inflation mise en avant par le Rectorat comme justification de leur décision n’est pas une raison valable. Car, cette inflation affecte également les familles pauvres. La question de déficit évoquée dans leur note n’est selon lui qu’un prétexte. C’est au budget de l’État de supporter les dépenses de l’UEH, pas aux familles des postulants qui sont déjà très appauvries, soutient-il.

Cette même position est soutenue par Néhémie Suffrin, étudiante finissante en anthropo-sociologie à la Faculté d’Ethnologie. Pour elle, cette décision est arbitraire et dépourvue de sens. Le Rectorat dispose d’un budget pour toutes ses activités, avance-t-elle. Ce prétexte de déficit dans l’organisation du concours est donc selon elle, fallacieux. Elle soutient que le Rectorat ne peut pas parler de déficit alors qu’ils ne soumettent jamais de rapport de recettes et de dépenses à quiconque. « Ils ont besoin de l’argent pour dilapider », dénonce-t-elle d’un ton dépité. Elle fustige le fait que l’UEH n’investit pas dans la recherche, alors qu’ils ont un budget – quoique maigre – qui pourrait leur permettre de le faire. Ce n’est donc pas moral qu’ils veulent mettre la charge financière de l’organisation du concours d’admission sur le dos des familles appauvries des quartiers populaires qui fréquentent l’UEH.

Pour David, comme pour Néhemie, si cela ne revenait qu’à eux, le concours ne serait pas organisé cette année sans annulation de ce forfait, disent-ils. Ils se rappellent qu’une décision similaire a été prise en 2013 ; ce qui avait obligé les étudiants à gagner les rues pour forcer les responsables du Rectorat à l’annuler. Un scénario du genre semble se profiler à l’horizon.

Si d’autres étudiants se montrent plus catégoriques sur la décision, quant à Junior Camus, étudiant finissant en Gestion des affaires à l’INAGHEI, il a une position plus nuancée sur la question. Pour lui, la décision du Rectorat peut déranger certains et laisser d’autres indifférents, dépendamment de leurs moyens. En ce qui a trait à sa position sur la décision elle-même, il dit garder une certaine prudence de se prononcer. Car il ne dispose pas de toutes les informations sur la question. Cependant, il se dit solidaire à ceux et celles qui voudraient gagner les rues pour la contester.

Une décision maintenue, malgré tout…

Malgré la protestation des étudiants face à cette décision jugée illégale et anti populaire par plus d’un; le processus d’inscription a été lancé et se poursuit plutôt tranquillement. Les contestations dans les rues ont visiblement faibli ; et les postulants semblent se faire une raison. Les concours sont prévus pour le début d’octobre. Le recrutement de la nouvelle promotion d’étudiants à l’UEH, cette année, n’aura sans doute pas été freiné par les mécontentements et les contestations qu’a provoqués l’augmentation des frais d’inscription.

Les noms des postulants ont été modifiés pour préserver l’anonymat

Daphney Blanc

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