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Avant Jovenel Moïse, plusieurs autres chefs d’État haïtiens ont été assassinés ou tués alors qu’ils étaient en fonction. L’exécution du président Moïse s’inscrit dans une série d’épisodes tristement célèbres de notre histoire de peuple marquée par des luttes sociales et politiques. Loin des les comparer, il convient de noter qu’avant l’ancien patron Agritrans, pas moins de 4 chefs d’Etat dont l’Empereur Jean Jacques Dessalines ont subi ce meme sort.

Si ces pages encombrantes dans notre histoire de peuple tendaient à s’étioler dans la mémoire collective, l’événement funeste survenu le 7 Juillet 2021 vient de nous rappeler ces vieux démons qui, à chaque fois, laissent de mauvais souvenirs pour le pays et nous plongent encore plus dans des crises politiques, sociales et économiques interminables.

Le père de la nation, le premier assassiné au pouvoir

Jean Jacques Dessalines, deux ans après qu’il eut été proclamé Empereur d’Haïti sous le nom de Jacques Ier, fut lâchement et brutalement assassiné le 17 Octobre 1806 au Pont Lanarge – devenu « Pont Rouge » à la suite du drame.

Né le 20 septembre 1758, Dessalines a passé près de deux ans au pouvoir après la proclamation de l’indépendance d’Haïti en 1804. Alors qu’il se rendait dans le Sud du pays pour écraser en personne une rébellion à son pouvoir, il fut tombé dans une embuscade qui lui coûta la vie. L’assassinat du « père de la nation », bien qu’il ait assouvi certaines ambitions en 1806, fut catastrophique pour le pays, car les problèmes que voulait adresser l’Empereur – notamment celui de la répartition des richesses du pays – sont restés entiers et sont toujours d’actualité.

Sylvain Salnave

Sylvain Salnave, né le 7 Février 1826 au Cap-Haïtien, fut président d’Haïti du 14 Juin 1867 au 15 Janvier 1870. Arrivé au pouvoir par un coup d’État militaire contre le président Fabre Geffrard, il a dès le début de son mandat manifesté des velléités dictatoriales : il dissout le Sénat et se maintient en place grâce au soutien de l’armée. Son régime dut néanmoins faire face à plusieurs guerres civiles constantes entre les différentes factions républicaines qui contestèrent son pouvoir. Menée par ses rivaux, parmi lesquels Nissage Saget, la rébellion anti-Salnave se poursuivit jusqu’à son arrestation le 10 Janvier 1870 par le Général Cabral – alors qu’il essayait de gagner la République dominicaine en quête d’aide auprès du président Baez Buenaventura. Il fut livré à Saget qui le fit juger puis exécuter.

Cincinnatus Leconte

Descendant d’un fils « naturel » de Jean Jacques Dessalines, Jean Jacques Dessalines Michel Cincinnatus Leconte dit Cincinnatus Leconte est né le 29 septembre 1854 à Saint Michel de l’Attalaye. Il est mort le 8 Août 1912 à Port-au-Prince. Élu président après la démission de Antoine Simon, sa présidence fut terminée à la suite d’un terrible attentat perpétré par ses opposants politiques. Cette action qui n’avait pour but initial que de mettre en garde le président, entraîna le décès de celui-ci avec plusieurs membres de sa famille et de nombreux soldats, ainsi que la destruction du Palais national.

Vilbrun Guillaume Sam

Fils du président Tirésias Simon Sam, Vilbrun Guillaume Sam est né le 4 Mars 1859 à Ouanaminthe et est mort lynché le 28 Juillet 1915 à Port-au-Prince. Le président Sam a accédé au pouvoir après 5 années de turbulences politiques. Pro-américain, contrairement à ses prédécesseurs, Sam fut contraint de faire face à une révolte contre son régime. Ses opposants organisèrent un important soulèvement populaire qui menaçait de renverser le gouvernement. Mais Sam garda le contrôle de la situation et fit exécuter 167 prisonniers politiques, tous issus de riches familles mulâtres ayant des liens de parenté avec la communauté allemande.

Le matin du 27 Juillet 1915, avant l’aube, quelqu’un tire sur le président. Il est touché à la jambe. Pris de panique, il quitte le Palais national et se rend à l’ambassade de France, où il obtient l’asile. Les chefs révolutionnaires font irruption dans l’ambassade, s’emparent du président, le battent à mort puis traînent son corps dans les rues de la capitale. Des troupes américaines débarquent au pays le lendemain de sa mort, soit le 29 juillet et entame une occupation qui va durer 19 ans jusqu’en Août 1934.

Jovenel Moïse, 5ème président assassiné au pouvoir

L’histoire, est un perpétuel recommencement. D’autres diraient qu’elle est plutôt une spirale – avec des similitudes entre les événements-. Le président Jovenel Moïse est né le 28 juin 1968. Il a dirigé le pays du 7 Février 2017 au 7 Juillet 2021, date de son assassinat en sa résidence privée. Contesté avant même qu’il ait pris fonction, les antagonismes politiques étaient devenus féroces sous sa présidence. Ses opposants – tant dans le secteur politique que dans la sphère économique – se radicalisaient de plus en plus dans leurs positions. Et dans tout ça, le peuple seul en payait les pots cassés.

Pour l’instant, la lumière n’est pas encore faite sur ce dernier épisode d’assassinat de chefs d’État en fonction dans le pays. L’institution policière, la PNH, a procédé à l’arrestation de plusieurs présumés assassins qui seraient membres d’un « commando de mercenaires » venu de l’étranger – de la Colombie notamment – pour perpétrer l’acte. Une enquête conjointe entre le FBI, le Département d’État Américain et la Police colombienne est en cours pour déterminer les auteurs.

Le peuple haïtien attend la vérité. Si vérité il y en aura ! Entre temps, les rumeurs, les « infox », les faux, les théories du complot, tout acabit, et tutti quanti coulent à flot dans la sphère des réseaux sociaux.

En somme, être chef d’État en Haïti, c’est aussi prendre un risque. Il n’y a pas que le prestige et les privilèges qui y sont associés. Coups d’État, assassinats, emprisonnements, etc. sont autant de sorts qu’ont connus des chefs d’État haïtiens. Notre histoire politique est en effet faite de turbulences, de soubresauts, d’élans et de passions destructeurs. Pas sûr qu’on puisse se dire que le “cas Jovenel Moise » sera le dernier.

Daphney Blan

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