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Contesté par une grande majorité d’haïtiens, le président de la république est accusé depuis le 7 février de prolonger illégalement son mandat. Le Lundi 29 mars, date d’anniversaire de l’adoption de la Constitution de 1987, c’est l’aversion d’une partie de la communauté haïtienne au Canada que Jovenel Moïse subit de plein fouet. Son ambassadeur accrédité au Canada, Weibert Arthus en a fait aussi les frais.

Pas moins d’une quinzaine d’haïtiens ont investi l’enceinte de l’Ambassade d’Haïti à Ottawa sous prétexte d’une visite de courtoisie le lundi 29 mars dernier, date marquant le 34e anniversaire depuis l’adoption de la constitution de 1987.

Tout s’est passé dans un climat empreint d’hostilité, tant l’orateur du moment insistait à mettre, sans coup férir, l’ambassadeur dans son petit soulier. « À quelle date vous avez été ratifié par le Sénat ?», lança un des hommes, feignant la perplexité. L’ambassadeur Arthus apparemment gêné par la question, avance qu’il ne se laissera pas atteindre par la provocation : «je répète que je ne saurais me plier face à vos provocations, étant donné que nous sommes patriotes, j’ai trouvé judicieux de vous écouter […] et quelles que soient vos tendances nous sommes avant tout des haïtiens », argue-t-il avant de mettre fin à la conversation tout de go sous l’insistance des invectives proférées à son encontre.

Quelques secondes plus tard, il ressort d’une pièce qui semblait être son bureau, il enjoint à ses invités de partir. « Vous n’avez aucun droit de nous mettre dehors ! N’ose pas de nous demander de sortir, tu n’as aucun droit… », éructe le meneur du groupe Jean Éliassaint Saint-Vil.

Une scène qui donne matière à penser

« Tout comme Jovenel Moïse, vous et Fritz Dorvilier, le consul général d’Haïti à Montréal, sont des usurpateurs. Vous ne représentez pas le peuple haïtien », avait déclaré plus tôt le leader du groupe devant l ‘ambassadeur qu’il qualifie de «de facto ».

L’ambassadeur Weibert Arthus a dû être piqué au vif face à de tel propos mais cette énonciation dans laquelle on questionne sa légitimité pourrait trouver son sens car : « Aucun ambassadeur n’a été envoyé au Sénat pour ratification pendant le mandat de Jovenel Moïse » si l’on se fie aux déclarations d’un parlementaire au media en ligne Rezonodwès.

Une pratique inconstitutionnelle ?

Le prescrit édicté à l’article 141 de la constitution de 1987 amendée est sans équivoque « Le Président de la République, nomme, après délibération en Conseil des Ministres, puis approbation du Sénat, le commandant en chef des Forces Armées d’Haïti, le commandant en chef de la Police Nationale, les Ambassadeurs et Consuls généraux et les conseils d’administration des organismes autonomes». Étant sous les feux des critiques depuis quelque temps, Jovenel Moïse se trouve en porte-à-faux par rapport aux prescrits constitutionnels. On lui reproche en effet de ne pas assurer la bonne marche des institutions en vertu de l’article 136 de la Constitution de 1987 amendée.

À l’heure où nous parlons le pouvoir législatif est dysfonctionnel ; car les élections pour le renouvellement de la Chambre des députés n’ont pas eu lieu. En ce qui concerne le Sénat, le mandat d’un tiers des parlementaires était arrivé à terme, un autre tiers a été renvoyé par le président Jovenel Moïse et l’autre tiers est encore en poste.

Face à ce constat, le ministre des affaires étrangères entend justifier cet état de fait. « Le Parlement dysfonctionnel n’est pas inédit « Le non-renouvellement du Parlement à temps est presque une coutume de notre histoire politique immédiate. Les deux présidents qui ont terminé leur mandat sous l’égide de la Constitution de 1987 ont fait l’expérience de gérer la fin de leur mandat sans un parlement », indique Claude joseph dans les colonnes du nouvelliste.

Jovenel Moïse de plus en plus impopulaire en terre canadienne ?

Par ailleurs, les principales organisations syndicales du Québec ainsi que plusieurs ONG tel que : Coalition Solidarité Québec-Haïti, Syndicat des Métallos du Québec, Centre international de solidarité ouvrière (CISO), entre autres, dénoncent ce qu’elles considèrent comme de « graves violations flagrantes de la Constitution et des droits humains » et appelle L’Administration de Justin Trudeau de ne plus supporter Jovenel Moise.

Déjà, ce 8 Mars L’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) dans une lettre ouverte adressée aux groupes de la société civile haïtienne réclame ce qui suit : « Au Canada, de cesser toutes formes d’appui au processus électoral illégitime et au projet de réforme de la Constitution que le pouvoir veut mettre en place ».

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