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La mer, source de richesse intarissable, transformée fort souvent en un site de décharge à ciel ouvert,  projette aujourd’hui l’image d’un exutoire. Les littoraux quant à eux, pris d’assaut, regorgent de détritus. Coup de massue : fautes de toilettes, des gens des zones défavorisées de Port-au-Prince y viennent soulager leurs intestins de jour comme de nuit. Cette dure réalité semble être le cadet des soucis de l’Etat haïtien. Car jusqu’ici, aucune action concrète n’a été entreprise pour adresser le problème de la pollution marine en Haïti.

Des canaux congestionnés, des cours d’eau insalubres, des égouts d’évacuation déversant leur contenu polluant dans la mer. Résultats : l’espace marin est jonché de déchets de toute sorte, notamment ceux en plastiques. Une situation qui s’empire qu’il pleut. En effet, la faune et la flore sont les premières victimes de cette catastrophe écologique qui n’est pas non plus sans conséquence sur les activités piscicoles, le secteur du tourisme et la santé de la population.

Le secteur de la pêche trépasse…

La pêche en Haïti est artisanale. L’utilisation des outils rudimentaires par les pêcheurs constitue un véritable frein au développement du secteur. Qui pis est, le pays ne dispose d’aucun parc marin. L’activité halieutique est menée dans le plus grand désordre. D’ailleurs, les chiffres disponibles font état de 2 milliards de dollars qu’Haïti perd en fruit de mer, tous les ans. Cela est dû aussi à la disparition des mangroves et à l’extinction de certaines espèces marines, comme les crustacés…  Aujourd’hui, les chalutiers récoltent beaucoup plus de fatras que de poissons quand ils jettent leurs filets dans la mer. Car selon une étude menée, seule l’agglomération de Port-au-Prince produit en moyenne chaque année 600 000 tonnes de déchets solides qui s’accumulent dans les rues, les caniveaux et les lits des rivières pour finir leur course dans la mer ( Holly 1999).

Des études jetées aux oubliettes

Très peu d’études ont été réalisées sur la pollution marine en Haïti. Toutefois, les quelques-unes qui ont été abouties, utilisées à bon escient, pourraient faire bouger les lignes. À titre d’exemple, le travail entrepris par L’UNESCO en 1998 sur les côtes d’Haïti consistant à évaluer les risques de pollution des ressources et prouvant la nécessité d’une bonne gestion; Holly, ouvrage apparu en 1999 à l’occasion de la commémoration du 250e anniversaire de la fondation de la ville de Port-au-Prince, met à nue les problèmes environnementaux de la région métropolitaine de la capitale, ainsi que l’étude du ministère de l’environnement (MDE) effectuée en la même année qui voulait élaborer des politiques visant à protéger l’environnement ; y compris ce rapport du centre d’études appliquées au milieu naturel des Antilles et de la Guyane( Bouchon, C 2000, 20 pages) faisant un diagnostic écologique des écosystèmes

et des ressources marines côtières du pays, notamment la région de Port-au-Prince; Murat, C(105 pages), est un travail d’études et de recherches accompli une année après par l’université des Antilles et de la Guyane sur l’aménagement et la gestion du littoral de Port-au-Prince.

Enfin, la plus récente remonte à 2008, menée du 25 février au 6 mars. Celle-ci  visait à déterminer le niveau de la pollution de la mer au cours des cent dernières années et l’état des différents écosystèmes relatifs. Laquelle étude était dirigée par un expert et biologiste cubain, Misael Diaz Asencio, de concert avec le MDE, du service maritime national, SEMANAH, de la faculté des sciences, FDS et du laboratoire Tamarinier. De toute vraisemblance, tous ces travaux d’études sont enterrés dans le tiroir des oubliettes du MDE.

Des lois et des conventions bafouées

Bien que la constitution en vigueur en Haïti présente de sérieuses failles en ce qui concerne la protection de l’espace aérien, du sol et surtout de l’environnement marin, mais la loi de 1981 portant sur la gestion des déchets semble être lettre morte. Le décret cadre de 2005 imputant aux pollueurs la responsabilité de gérer leurs déchets, est de toute évidence ignoré. Ce ne sont pas les différentes conventions ratifiées par Haïti qui auront été respectées. Par exemple, la convention de Carthagène adoptée en Colombie en 1983, spécifiquement celle portée sur la pollution marine liée aux activités terrestres appelée en anglais Land Base Source(1999), signée par Haïti et quatorze autres pays de la région. Aussi, la convention de de Bâle interdisant les mouvements et les rejets transfrontaliers de déchets dangereux, également celle de CITES, régissant le commerce international des espèces de la faune et la flore sauvages menacées d’extinction. Toutes piétinées.

Quid les institutions ?

Le Ministère de l’Environnement, la plus haute institution publique chargée de la gestion de l’environnement, créé selon la loi du 28 janvier 1995, est aux abonnés absents. Le SEMANAH de son côté pourrait être aussi mis sur le banc des accusés. Le laboratoire Tamarinier pour sa part, s’éclipse. En bref, l’Etat dans toutes ses composantes, vraisemblablement, s’en fiche royalement de ce phénomène qu’est la pollution marine qui prend une proportion alarmante en Haïti.

 

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