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Les femmes sont les principales victimes de la violence basée sur le genre. Elles en subissent partout et ailleurs. Les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèlent qu’une (1) femme sur trois (3) sera victime de violences physiques et/ou sexuelles au cours de son existence. Ces violences seraient liées à une discrimination fondée sur l’appartenance sexuelle et trouvent leurs racines dans les alliances sociales, qui établissent une suprématie des hommes sur les femmes. Coup de projecteur sur la réalité en Haïti.

Farah, 25 ans, ronde, coupe de cheveux à la Tony Braxton est complètement exacerbée à chaque fois qu’elle raconte cette expérience, pour le moins déplaisante. La jeune femme affirme qu’elle est constamment harcelée dans les rues par des hommes en raison de sa corpulence. Parfois, le ton change et devient menaçant quand elle fait fi des approches souvent teintées de propositions indécentes. Contrariée, Farah ne rate jamais l’occasion d’exprimer son ras-le-bol face à ces esprits sinueux, en mal de sexe facile et friands de rondeur. « Ils pensaient pouvoir m’atteindre parce que je suis une femme, donc, vulnérable. Ils se sont trompés », martèle Farah, une pointe de colère dans sa voix. Elle dit avoir appris, avec le temps, à repousser ces harcèlements avec une fermeté mêlée d’une certaine hardiesse.

Outre le harcèlement et le viol, les femmes sont souvent victimes d’agressions physiques de la part de leur mari, conjoint ou compagnon. Gifles. Coup de poing. Coup de pieds. Morsures. Bastonnades. Carmène dépeint les atrocités que lui a fait subir son petit ami avec qui elle a passé une décennie. « Je ne pouvais pas le dénoncer », avoue-t-elle en secouant la tête. La voix flasque, le visage blafard la jeune dame nous raconte qu’elle avait honte des stigmatisations qu’elle pouvait être l’objet de la part des autres. Cette mère de deux fillettes nous confie que, ce qui la terrifiait le plus, ce sont surtout les représailles – venant de son bourreau – que pouvaient provoquer toute dénonciation. Toutefois, Carmène n’a été libérée des griffes de son agresseur qu’après le décès de celui-ci. Ce violent-conjoint, père de ses 2 filles, a été récemment tué dans un accident de la circulation, a-t-elle fait savoir.

L’histoire de Sinthia est tout aussi affligeante. La voix tremblotante, le visage crispé, les yeux pleins de rage, la jeune femme accepte de nous confier cette dure expérience. « Je n’avais que 15 ans lorsque mon beau père m’a violée », raconte-t-elle l’air attristé, le regard vide. Aujourd’hui âgée de 26 ans, elle se souvient de l’horreur vécue, 11 ans de cela comme si c’était hier… Entre une respiration profonde et un sanglot, la jeune femme marmotte : « sans gêne… ni scrupule… il a profité de mon innocence. J’aurais pu être sa fille ». Les séquelles de ce traumatisme sont encore présentes dans sa mémoire. Sinthia révèle que jusqu’à date elle n’arrive pas à avoir une vie sexuelle épanouie.

En effet, les violences faites aux femmes peuvent prendre diverses formes telles que les agressions physiques (hématomes, fractures, plaies, etc), les agressions sexuelles (viols, attouchements, harcèlements, etc) ainsi que des agressions psychologiques (menaces, insultes, dénigrements, etc…) Les violences dont sont victimes les femmes sont aussi économiques. Le milieu du travail est un milieu qui nourrit ces abus et violences contre les femmes. « En général, les femmes reçoivent un salaire inférieur par rapport aux hommes pour le même poste », déplore la directrice de Starup Grind Port-au-Prince, Daphnée Charles. Elle dénonce aussi le fait que, dans certaines entreprises privées et aussi dans la fonction publique, des promotions sont strictement réservées aux hommes. « Du coup, ces femmes ont un accès limité aux ressources puisque leur capital financier est débalancé par rapport à celui des hommes », fait remarquer Daphnée Charles.

La VBG, une domination socialement construite

Dans beaucoup de sociétés, alors que le sexe se réfère à la différence biologique, le genre renvoie à la dimension culturelle des différences de comportement, de pratiques et de valeurs etc. Ainsi, dès la naissance d’un enfant mâle, il est guidé vers des valeurs dominantes socialement assignées à son sexe biologique. Comme par exemple : couleur bleue pour le petit garçon et le rose pour la petite fille; et aussi la société admet que les jeux des petits garçons doivent être différents de ceux des petites filles. C’est pour cela qu’on donne des fusils en plastique, des petites voitures ou des camions aux garçons, mais la petite fille, elle, se retrouve avec une poupée et un petit berceau, une maisonnette pour jouer à la maman. Ainsi, cette première image des rôles masculins et féminins est très déterminante pour l’enfant, et il tiendra bien évidemment à les reproduire.

Dans plusieurs autres domaines, c’est le même cas de figure. Dans les écoles, les enseignant(e)s abordent leurs élèves avec des attentes stéréotypées. Dans des matières jugées plus masculines, il y a moins d’interactions et d’encouragements envers les filles : « les filles sont plus douées pour les langues, les garçons pour les mathématiques et la physique », dit-on à tort. L’école est l’un des endroits où ces inégalités sociales sont déjà mises en place et anticipées. Et surtout à ne pas oublier que le masculin prime sur le féminin. Il pourrait y avoir 10 filles réunies et un seul garçon, en grammaire, il faut prioriser le masculin. C’est la règle. La règle de ceux qui écrivent les règles. De plus, il y a les stéréotypes qui laissent croire, notamment dans notre culture, que les garçons sont prioritaires quant à l’accès à l’éducation et à la poursuite des études au plus haut niveau, et aussi il y a des métiers qui ne sont pas faits pour le sexe féminin.

Dans la religion, dans les milieux de travail et dans le monde politique, cette construction sociale qui part de la différenciation sexuelle, établit des schémas selon lesquelles, les attributs, les rôles, et les espaces sont différents selon le sexe. Une vision du monde au service du mâle dominant qui crée et dresse un ensemble de barrières sociales qu’il faut à tout prix combattre.

Cette inégalité entre les deux sexes, est la plus ancienne, la plus répandue, la plus occultée aussi, et traverse presque toutes les civilisations et classes sociales. Cependant, il faut dire que la VBG, touche aussi les hommes. En effet, selon les données des fiches nationales d’enregistrement, en Haïti, de 2002 à 2011, les violences physiques ont touché 39% des hommes, et seulement 1% sont victimes des violences sexuelles. Cependant, les femmes et les filles restent les proies privilégiées des agresseurs.

Pour sauter ces barrières sociales

Si la violence basée sur le genre reste encore un sujet relativement tabou en Haïti, cependant l’ampleur de ces violences a des conséquences néfastes sur le développement psychique de l’être féminin. Le nombre des victimes est considérable, notamment à Port-au-Prince, capitale densément peuplée du pays.

Face à ce système machiste où les femmes subissent l’oppression, il faut absolument que la gente féminine aiguise leurs stratégies pour faire valoir leur droit et leur leadership. Pour cela, elles doivent poursuivre la lutte pour l’obtention de l’égalité homme-femme. Elles doivent participer au processus démocratique, avoir l’accès à l’éducation, à l’emploi, etc…

Si l’histoire relate que le droit de vote pour la femme a été octroyé en 1950 après de vifs mouvements de protestation, alors le combat pour une société plus égalitaire, doit se poursuivre avec pour leitmotiv « un engagement citoyen sans faille ».

Daphney BLANC

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