27 millions de dollars américains ont été déboursés par l’État haïtien pour se procurer des matériels et équipements afin de lutter contre le coronavirus. L’afflux des dons étrangers eux, ont été à une hauteur de 196,1 millions de dollars. En dépit de l’accumulation de tous ces millions, les écoles qui semblent être les oubliées du plan étatique ‘’anti-coronavirus’’ crient au secours à cause de la ration des équipements nécessaires pour lutter contre la Covid-19 au sein des salles de classe.

« 27 millions de dollars américains ont été, dans un premier temps, le montant total destiné à l’achat de matériels auprès de la firme chinoise Bowang Co.Ltd / ChinaXu Xiao à des fins de luttes contre le coronavirus » selon ce qu’avait annoncé le Premier ministre Jouthe Joseph à la presse. Ce décaissement a été fait sur recommandation de la cellule scientifique de gestion de la crise du coronavirus au nom du plan de préparation de réponse du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP).

Sur les 27 millions, l’État haïtien devrait recevoir 2,5 millions de gants médicaux (nitrile), 300 000 blouses stérilisées, 10 analyseurs automatiques de biochimie, 100 respirateurs et accessoires, 1 500 lits d’hôpitaux, 500 unités de pompe à infusion, 200 000 masques KN 95, 1,5 million de masques chirurgicaux jetables, 250 000 équipements de protection individuelle (lunettes, visières et chaussures) pour un total de 18 millions 669 mille 500 dollars.

Une rondelette somme qui a suivi une annonce d’aide des organisations internationales ainsi que des dons des bailleurs locaux.

Le 27 mars, la Banque Interaméricaine de Développement (BID) a annoncé un décaissement à hauteur de 50 millions de dollars au profit d’Haïti pour faire face à la Covid-19.

Le 2 avril, le conseil d’administration de la Banque mondiale, lui, a approuvé un don de 20 millions de dollars US pour le projet « Haïti : Réponse à la Covid-19 ».

Le 17 avril 2020 dans un communiqué de presse, le Fonds Monétaire International (FMI) a approuvé un décaissement de 111,6 millions de dollars pour aider à la balance des paiements d’Haïti, dans la lutte contre  la Covid-19.

Le même jour, l’Agence américaine pour le développement international (USAID) a révélé sur son compte Twitter que : « le gouvernement américain engage $ 13,2 millions de dollars pour lutter contre la #Covid-19 en Haïti afin de soutenir des activités de sensibilisation, l’accès à l’eau et l’assainissement, la prévention, la gestion des cas de Covid-19, les laboratoires, etc. ».

Au niveau local, le 13 avril, le secteur privé haïtien a fait des dons estimés à  1,3 millions de dollars américains

De plus, le 15 mai, le groupe Sogebank a fait un don de 20 millions de gourdes à l’État pour la même cause.

Un cumul d’argent évalué à plus de 223,1 millions de dollars avec 196,1 millions de dollars d’aides.

Quel plan ? Et quel financement pour les écoles ?

« Suite aux recommandations des autorités sanitaires et de la cellule scientifique sur les mesures barrières à respecter pour la réouverture graduelle du pays, j’annonce pour le 12 juillet la reprise des services religieux. Les écoles et universités reprendront le 10 août », a tweeté le Président Jovenel Moïse le 3 juillet dernier.

Après cette heureuse annonce du Président de la République, officialisant la réouverture des classes, le gouvernement s’était engagé à accompagner les écoles afin de mieux lutter contre la propagation du Coronavirus qui a amputé de quatre mois le calendrier scolaire des écoliers haïtiens.

Le Ministre de l’éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, a confirmé lors d’une intervention au Centre d’Informations Permanentes sur le Coronavirus, que les écoles et les universités privées allaient bénéficier d’un appui financier de l’État à cause de la  Covid-19 et de l’état d’urgence sanitaire qui ont provoqué l’arrêt des leurs activités.

Une promesse qui devrait être matérialisée en commun accord avec le support du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), mais aussi de la cellule scientifique contre le coronavirus.

Un mois plus tard, pas une seule école n’a vu l’ombre de cette promesse alors que de nombreuses écoles font de plus en plus face à des difficultés économiques pour faire fonctionner leur administration.

« Personne ne savait que l’école allait être fermée brusquement le 19 mars dernier, suite à l’annonce du Président, nous avons été dans l’obligation de fermer nos portes et exiger aux enseignants de rentrer chez eux, sans salaire ni frais. Aujourd’hui nos maigres moyens ne nous permettent pas de lutter efficacement contre le Coronavirus » se désole Warrenson Fils-Aimé, directeur de l’institution mixte Galilée fondée en octobre 1993.

Dans cette école fondamentale qui compte 13 salles de classe pour un effectif de 273 élèves, le protocole sanitaire imposé par le ministère de la santé n’est pas respecté à la lettre faute de moyens et d’espace. Mais, le directeur de l’école, monsieur Fils-Aimée, dit avoir fait des efforts en exigeant quelques mesures sur lesquelles la direction de l’école demeure très stricte.

« Faute d’espace, nous n’avons pas pu respecter la notion de distanciation sociale au sein de nos salles de classes, à cause de ce manquement nous sommes obligés d’être rigide sur les autres mesures, tels que le port de masque qui demeure obligatoire dans l’enceinte de l’école ainsi que le lavage des mains », explique le directeur.

Pour les gels hydroalcooliques, l’établissement n’en n’a pas en quantité, mais la direction de Galilée veut s’en sortir avec mes moyens du bord.

« Je sais que le protocole n’est pas respecté à 100%, c’est pour cette raison que nous avons ajouté des mesures additionnelles en faisant asperger l’espace de l’école tous les week-ends avec du désinfectant », ajoute-t-il.

Même si ces dépenses proviennent dans les fonds déjà maigres de l’établissement.

Ce manque de moyens pour continuer à asperger l’école, se procurer du savon, du “klorox” et alimenter en eaux potables les sceaux réservés au lavage des mains, demeurent une source d’inquiétude pour monsieur Fils-Aimé qui ne sait pas pour combien de temps l’école va tenir devant l’application de ces mesures.

Quant à la concrétisation des promesses du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) à accompagner les écoles dans cette lutte, le degré de confiance du directeur est quasi nul.

« Je ne sais pas de quel accompagnement et de quelle école parle le ministre Cadet, mais nous, à l’école de Galilée nous n’avons rien reçu de l’État et nous n’espérons rien », a-t-il conclu.

Alors que, lors d’une intervention au Centre d’Informations Permanentes sur le Coronavirus, le ministre Cadet avait précisé que : « 17,000 écoles non publiques et environ 10,000 enseignants travaillant dans les universités privées devraient être touchés dans le cadre de cette initiative gouvernementale, visant à alléger les responsabilités des agents éducatifs en raison de la pandémie de la Covid-19 où la plupart des activités sont à l’arrêt ».

Comment peut-on lutter efficacement contre le virus avec si peu de moyens ?

« Le système scolaire haïtien était déjà faible bien avant la parution du virus, il l’est devenu davantage avec sa propagation », souligne Fedorah Pierre-Louis, technicienne de la World-Vision.

Selon madame Pierre-Louis, « le niveau de vulnérabilité des écoles représente un risque important. C’est pour cela que les installations d’eau et d’hygiène seront essentielles pour une réouverture sans danger des écoles. Les administrateurs doivent examiner les possibilités d’amélioration des mesures d’hygiène, y compris le lavage des mains, les règles d’hygiène respiratoire ».

Cette technicienne qui œuvre au sein de cette organisation qui lutte depuis 1978 en Haïti dans la protection de l’enfance, encourage les parents, les directeurs d’écoles et les professeurs à trouver d’autres mesures alternatives pour pallier les manquements et les failles remarqués au sein du protocole sanitaire.

« Le protocole sanitaire avec : la prévention ; le lavage des mains, les gestes barrière et la distanciation sociale peuvent être violés à tout moment par des enfants qui n’ont pas le

même degré de maturité que des adultes. À ce niveau, précise-t-elle, une approche intégrée est recommandée. La COVID-19 a un impact à multiples facettes sur les droits des enfants, l’éducation, la protection, la santé, la nutrition, et plus encore. Alors une approche coordonnée et intégrée est essentielle pour répondre aux besoins holistiques des enfants. Il sera important d’engager toute la communauté scolaire y compris les enfants, les parents et les tuteurs, les enseignants, l’administration scolaire, la communauté et le gouvernement local de manière inclusive et accessible à toutes les étapes du processus de réouverture des écoles », recommande-t-elle

Déjà 10 jours de classe, mais des enseignants demeurent sceptiques

« Les conditions de cette reprise des classes seront un « échec, une catastrophe planifiée », anticipe, le coordonnateur de l’Union nationale des normaliens haïtiens (Unnoh), Josué Mérilien. « Aucune condition de sécurité n’a été réunie dans la majorité des écoles, en particulier dans les écoles publiques », souligne-t-il.

Le professeur très connu pour ses batailles de longue date au nom des écoles publiques ajoute que : « La reprise programmée et non planifiée des activités scolaires risque de mettre en danger la vie des élèves, des enseignantes et enseignants ainsi que de tous les autres personnels, pendant cette période de Covid-19 ».

Cependant, selon Vilherne Petit-Frère, Conseillère technique en Protection de l’enfant, World Vision internationale Haïti : « Durant cette crise sanitaire, tous les acteurs de la société ont leurs responsabilités, c’est à chacun des membres de jouer son rôle ».