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L’intégration des personnes handicapées est un combat permanent partout dans le monde y compris en Haïti. Elle a évolué et s’est améliorée au fil des années. Aujourd’hui, les sourds-muets bénéficient de grandes technologies qui ont été développées, et des méthodes d’apprentissage sont mises à jour. La langue des signes, utilisée pour faciliter la communication avec et / ou entre les personnes malentendantes, s’avère être un outil incontournable. Cependant en Haïti, elle semble être négligée ou sous-utilisée.

« Depuis des lustres, la communauté des sourds-muets un peu partout dans le monde a toujours utilisé un signe pour communiquer ; ce qui signifie l’existence de la langue des signes dans l’antiquité », a raconté Oudelin Sinéus, interprète, formateur et professeur en langue des signes.

La langue des signes a eu un parcours de bric et de broc dans le temps et dans l’espace. Passée de langue négligée à langue clandestine, tout va changer en 1866 avec Charles Michel de L’Epée, appelé L’Abbé de L’Epée qui allait ouvrir en France la première fois une école de langue des signes particulièrement pour les sourds.

Problématique de la langue des signes en Haïti.

D’après Mme Soinette Désir, Secrétaire D’État pour l’Intégration des Personnes Handicapées en Haïti, on utilise trois (3) formats de langues des signes : « la forme ASL (Americain Sign Language) pratiquée aux États Unis; la LSF (Langue des Signes Française) adoptée en France; et la Langue du terroir, utilisée par la majorité des personnes en Haïti. »

La secrétaire d’État croit que le problème est d’ordre étatique. Selon elle : « L’État haïtien ne prend pas encore en compte la question de la langue des signes dans le pays. » Elle reste convaincue que cette langue a toute son importance dans l’intégration des personnes handicapées, spécialement les sourdes.

« Notre langue des signes (3ème catégorie) n’est pas documentée. Elle n’est pas officielle », a argué ce jeune interprète cité plus haut. Il reconnait qu’elle possède les bases d’une langue normale : « La langue des signes a sa grammaire et son syntaxe – elle est une langue à part entière. » Elle possède tous les critères d’une langue officielle pourtant, défaut de documentation la rend stérile, ajoute Oudelin Cineus.
Expérimenté dans le milieu, Oudelin Sinéus observe un manque en ressources humaines dans ce secteur : « Les professeurs et interprètes se font rares dans ce secteur ». Motivé par l’envie d’aider les gens sourds après le 12 janvier 2010, il a reçu une formation en ligne « Aucune école de langues des signes dans le pays. » Il voit cette communauté négligée par une carence en ressources humaines. D’un autre œil, il affirme que c’est un secteur restreint. Aucune sensibilisation communautaire et médiatique, pense-t-il. « On devrait organiser des activités visant à redorer son blason », suggère l’interprète en langues des signes.

De l’intégration des sourds

L’article 16 de la Convention Relative aux Droits des Personnes Handicapées, CRDPH stipule : « Les États partis prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales, éducatives et autres mesures appropriées pour protéger les personnes handicapées (…) ».

Pour ce jeune professeur et formateur, la société ne voit pas les sourds comme des personnes ordinaires. Elle nie drastiquement toute forme de loi. Entre stigmatisation et discrimination, les sourds font toujours les frais : « On les présente comme des sauvages, des violents, des personnes stupides et à trouble psycho-social. Pourtant, ils sont des gens normaux et peuvent occuper n’importe fonction dans la société. »

Jadis, en Haïti, il serait délicat pour qu’un sourd termine ses études classiques voire universitaires. Depuis l’année 2015, un changement s’opère à ce niveau. Quelques uns ont même bouclé leurs études universitaires et se débrouillent assez bien dans la vie. Il faut souligner que le parcours n’a pas été facile.

L’État doit accorder plus d’attention à l’apprentissage et la transmission du savoir en langue des signes. Pour ce faire, Mme Soinette pense qu’un travail de base est prioritaire. Il revient au Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle, MENFP de prendre certaines mesures visant à exiger les directeurs d’écoles, des centres d’études professionnelles et des universités à mettre au sein de leur personnel administratif et staff des enseignants des cadres connaissant et maitrisant la langue des signes.

Des efforts au plus haut niveau.

« Il est important de promouvoir la codification de la langue des signes haïtienne pour faciliter l’accès à la communication et à l’information de toutes les personnes qui utilisent seulement cette forme pour communiquer. » a soutenu Mme Soinette Désir. Plus loin elle demande à L’État, à travers le MENFP de « maximiser ses efforts pour trouver des fonds pouvant faciliter l’éducation des personnes handicapées, particulièrement les sourdes ». De son coté, Mr Oudelin Sinéus opte pour la disposition des interprètes dans les institutions privées et publiques comme la CRDPH l’exige.

La langue des signes, seul moyen de communication efficace pour les personnes sourdes ne devraient pas être négligée. Combien de personnes sourdes ont laissé leur peau par manque de communication, par manque de compréhension ? Considérant l’importance de ladite langue pour cette communauté voire pour le pays, on espère une campagne de sensibilisation. On attend les actions étatiques visant à doter le pays de sa propre langue des signes. La Langue des signes haïtiennes. (LSH).

Mackenlove Hyacinthe.

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