Assasinat de Jovenel Moïse : Entre soupçon de complicité et ingérence étrangère la situation s’enlise
Une vague d’indignation s’est exprimée sur les réseaux, dans les medias et dans les salons en Haïti, suite à l’assassinat du président Jovenel Moïse. Les réactions fusent de partout et témoignent la même stupeur. Certaines voix commencent par suspecter des complices dans le sein même du chef de l’État. Entretemps, la communauté internationale accorde leur soutien au Premier Ministre ad interim Claude Joseph.
Des hauts placés soupçonnés
S’agissant de la cause qui explique l’assassinat de Jovenel Moïse, l’ambassadeur d’Haïti en France n’y va pas de main morte. En effet, interrogé par plusieurs médias francophones dont RFI et TV 5 monde, l’ambassadeur Jean Josué Pierre se dit on ne peut plus perplexe face à la mort du président. Le diplomate dénonce l’aspect planifié de la démarche des assaillants : «c’est un coup planifié, ils sont arrivés et ont neutralisé tout le monde, c’est sûr que cela ne constitue en rien un coup d’amateur». Il avance aussi une explication sur la facilité avec laquelle le commando a pu s’introduire dans le domicile du chef de l’État : « Il semble qu’il y aurait des complicités au sein de la police et de la garde présidentielle. Des gens hauts placés dans la police seraient de mèche avec le commando », a-t-il déclaré ajoutant qu’il y aurait aussi l’implication d’étrangers dans cette affaire.
L’ancien sénateur de la République Steven Benoit a été pour sa part plus acide dans ces commentaires : « Le président de la République, Jovenel Moïse, a été assassiné par ses agents de sécurité. Ce ne sont pas des colombiens qui l’ont assassiné. Ces derniers étaient des contractuels de l’État haïtien », a-t-il déclaré sans ambages à la radio.
Même son de cloche du côté du commissaire du gouvernement : « Je n’ai constaté aucun policier victime, sinon le chef de l’État et son épouse. Si vous êtes responsables de la sécurité du président, où étiez-vous ? Qu’avez-vous fait pour éviter ce sort macabre au président ? », s’interroge-t-il.
Ariel Henry ou Claude Joseph, à qui reviennent les commandes ?
La Constitution en son article 149 spécifie qu’en cas de vacance présidentielle dû, entre autre à un décès, le conseil des ministres sous la présidence du premier ministre exerce le pouvoir exécutif jusqu’à l’élection d’un autre président. Mais là où le bât blesse c’est que Ariel Henry fraichement nommé Premier ministre, soit environ vingt-quatre heures avant l’assassinat de Jovenel Moïse revendique son droit d’accéder aux rênes de la Primature. Et face à cet imbroglio, l’ambassadeur Jean Josué Pierre faisant référence à Claude Joseph se prononce : «il y a bel et bien un Premier ministre en fonction et qui vient tout juste de réaliser un conseil des ministres, je salue son courage et qu’il continue de tout mettre en œuvre …», a-t-il déclaré mercredi sur le plateau de tv 5 monde.
Jean Josué Pierre appelle aussi à la solidarité internationale :« Le défi auquel fait face Haïti, il ne peut le relever seul. Nous lançons un appel à nos amis de la communauté internationale pour nous accompagner pour sortir de cette crise. »
Un cri à l’aide qui sera vite entendu et répondu, car s’il est vrai que l’opposition a accusé M. Joseph d’accaparer le pouvoir, Jeudi, la Représentante spéciale du Secrétaire Général de l’ONU et Cheffe du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), Helen La Lime a déclaré aux journalistes à New York, après une réunion à huis clos du Conseil de sécurité des Nations Unies [en Visio-conférence] que le Premier Ministre a.i. Claude Joseph dirigerait Haïti jusqu’à la tenue des élections. Un acte qui aurait pour but de trancher la discorde qui existe entre pro-Ariel et pro-Claude. « Il y a certainement des tensions. Il y a certainement des gens de tous les côtés de cette question qui ont des interprétations différentes, c’est pourquoi c’est important de dialoguer « , souligne Helen Lalime qui poursuit « les parties prenantes doivent mettre de côté leurs différences et tracer une voie commune pour avancer et surmonter ce moment difficile de manière pacifique ».
Pour l’heure, quatre (4) présumés mercenaires ont été tués dans des échanges de tirs avec la police haïtienne ou lynchés par la population, au moins quinze (15) autres ont été appréhendés par la police et cinq (5) autres sont en cavale. Ce lundi 12 juillet 2021 deux anciens sénateurs, Youri Latortue et Steven Benoit ont été auditionés par le chef du parquet de Port-au-prince Bedford Claude dans le cadre de l’enquete ouverte autour du dossier. Des personnalités tel que Dimitri Hérard et Jean Laguel Civil, responsables de sécurité du président Jovenel Moïse sont attendus au parquet cette semaine ainsi que deux hommes d’affaires haïtiens, Dimitri Vorbe et Réginald Boulos.
Jonathan Menard