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Le devoir de mémoires revêt une importance prépondérante dans la construction de l’identité culturelle et sociétale dans un pays. Aimé Césaire disait à juste titre: « Un peuple sans mémoire, est un peuple sans avenir ». Le poète voulait surement souligner le rôle de cohésion sociale que joue la mémoire dans l’histoire passée, immédiate et future d’un peuple. Elle peut servir de ciment, d’inspiration, de leçons et d’orientation aux générations à venir.

Cet hommage rendu à Jacques Roche participe d’un élan qui vise à pérenniser la mémoire et à immortaliser ses œuvres, travaux et engagements qu’il avait pris de son vivant. Cette initiative prise par un groupe de journalistes, jeunes pour la plupart, vise à honorer un des nôtres qui s’est battu pour la liberté de la parole en Haïti. Il est temps de comprendre l’utilité de pouvoir s’exprimer…

Un devoir de mémoires « pour ne pas oublier, pour s’informer et informer, pour raconter encore et toujours » à nos enfants, et à tous ceux qui ignorent ou qui oublient que la liberté d’expression en Haïti a été gagnée au prix fort, au prix du sang, dont celui de Jacques Roche.

Il s’agit pour nous de raviver certains souvenirs à propos du journaliste-poète et de marquer à l’encre forte ses écrits, sa voix et ses contributions dans le milieu médiatique haïtien. Par-dessus tout, nous voulons rappeler son engagement citoyen profond. Un engagement que chaque journaliste fait sien, pour braver quotidiennement les dangers de toutes sortes, dans le seul et unique but d’exercer avec professionnalisme leur métier, qui consiste à restituer la vérité des faits aux citoyens.

C’est aussi pour contrer l’oubli qui, selon une des citations de Jacques Roche, est l’un des maux qui taraude le peuple haïtien. Le poète l’a d’ailleurs illustré, alors qu’il opinait sur la mort de feu Jean Léopold Dominique, journaliste assassiné le 3 avril 2000 : « Il est important de maintenir cet espace de liberté démocratique : Haïti. Je le dis et je le répète, il est important que nous, Haïtiens, puissions établir la base fondamentale de notre chère patrie sur deux notions essentielles : la justice et, surtout, la mémoire, afin que les jeunes d’aujourd’hui ainsi que les générations futures puissent connaître quel a été le prix de cette liberté. Ce serait un devoir envers nous-mêmes et envers cette terre d’amour».

Cette liberté menacée et frappée aujourd’hui, peut disparaître demain si les jeunes refusent de se battre pour que la justice règne mais le pire est à venir s’ils refusent de cultiver la mémoire… car, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.

Ce devoir de mémoire se veut un vecteur à partir duquel l’équipe de « Imedia », crache sa déception, son insatisfaction et sa colère, face à un système judiciaire trop inefficient voire inexistant.

Faudrait-il se demander 15 ans après l’assassinat crapuleux de Jacques Roche, nous sommes où dans la lutte contre l’injustice? La justice n’a toujours pas été rendue à la famille. Drôle de blague! La justice n’est en mesure de fixer les responsabilités aux exécuteurs qui, toutefois, circulent en toute impunité. Ni les auteurs intellectuels, peut-être. Quelle autre victime attendons-nous? Elle serait de quel rang de la société ?

Ce devoir de mémoire vise également à briser la glace et mettre fin à l’omerta d’une société de zombies. C’est un hommage qui doit tirer la sonnette d’alarme. Et plus particulièrement dans cette actualité bousculée par la montée des actes d’insécurité, des cas d’assassinats aussi horribles que celui de Jacques Roche. Il faut dénoncer les malfrats. Porter plainte. Exiger justice et s’organiser pour forcer les décideurs à agir. Le laxisme doit cesser! Oui, c’est l’heure! Et l’heure est grave…

Enfin, pour que les professionnels de la presse, les journalistes en particulier, soient des éclaireurs de la société haïtienne, et non des proies qu’il faut à tout prix chasser, bâillonner, traquer dans le seul et ultime but d’éteindre les flammes de la vérité qu’ils entendent allumer.

Pour inculquer aux bourreaux cyniques de tout poil et de tout acabit, que si dans leur façon de voir l’intolérance demeure le refus d’accepter la liberté des autres à s’exprimer et à exister différemment, il est grand temps que la liberté d’expression soit pour Haïti, le pont par lequel les contradictions se rencontrent pour donner le signal du changement tant rêvé.

La rédaction.

 

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