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	<title>Enquête &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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	<title>Enquête &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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		<title>Haïti : une école  dans la tourmente</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Rosny Ladouceur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Dec 2022 03:00:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[12 janvier 2010]]></category>
		<category><![CDATA[École]]></category>
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		<category><![CDATA[l’Union des Normaliens Haïtiens (UNNOH)]]></category>
		<category><![CDATA[mauvaise gouvernance]]></category>
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					<description><![CDATA[À chaque explosion sociale qui porte les masses appauvries à cracher leur ras-le-bol sur le béton, l’école est le premier secteur à en pâtir. L’instabilité et la mauvaise gouvernance continuent de manger ses tripes. La fin des années 80 avait déjà sonné son déclin, aujourd’hui elle baigne dans la catastrophe. L’urgence est à la fois académique et thérapeutique, après toutes ces agressions et violences subies dans le pays. Le bilan est lourd et les défis immenses.  Mais les acteurs.trices se serrent les coudes pour redresser la barre. Le nez chaussé de lunettes, il enfile un t-shirt à rayures, nous reçoit...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>À</strong></em><strong> chaque explosion sociale qui porte les masses appauvries à cracher leur ras-le-bol sur le béton, <em>l’école est le premier secteur à en pâtir</em>. L’instabilité et la mauvaise gouvernance continuent de manger ses tripes. La fin des années 80 avait déjà sonné son déclin, aujourd’hui elle baigne dans la catastrophe. L’urgence est à la fois académique et thérapeutique, après toutes ces agressions et violences subies dans le pays. Le bilan est lourd et les défis immenses.  Mais les acteurs.trices se serrent les coudes pour redresser la barre.  </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nez chaussé de lunettes, il enfile un t-shirt à rayures, nous reçoit dans sa cour au calme troublé par des marchandes venues s’attrouper au haut de la rue Grégoire; à Pétion-Ville, avec leur sac de légumes frais. Patrice Dalencour nous sert une poignée de mains, du café et son sourire  mutin.  On tient rendez-vous avec un professeur de philosophie, passé au moule de l’instruction chrétienne chez les Frères de Saint-Louis de Gonzague, avant de se jeter dans les bras de l’Ecole Normale Supérieure pour des études de lettres et de philosophie. Il se rend par la suite à Toulouse – le Mirail (France) où il obtint un doctorat.  Le prototype d’un enfant qu’on dirait privilégié, issu d’une famille cultivée où l’on repère l’une des plus grandes pianistes classiques du pays, sa sœur défunte Micheline Dalencour. Le septuagénaire  n’a que 25 ans quand il embrasse avec fougue, amour et enthousiasme le métier d’enseignant.  On est en octobre 1976. L’ancien Secrétaire d’Etat de l’Education Nationale en 1986, puis ministre de cette même entité de 87 à 88, se remémore l’époque où les lycées étaient en concurrence positive avec les écoles congréganistes et étaient considérées dans le pays comme des pôles de qualité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong> « La confiance en l’école a beaucoup chuté »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis 2018, des jeunes partent pour l’étranger par milliers, des professeurs sont de plus en plus poussés vers d’autres activités. Le pays est plongé dans une  crise aigüe. Patrice Dalencour fait le bilan. « Se trouver au 16 novembre 2022  sans avoir pu faire la rentrée des classes ne fait qu’aggraver la catastrophe éducative que nous connaissons. Finalement, d’année en année, le temps de scolarisation diminue, la disponibilité d’esprit des enfants, comme des professeurs,  s’affaiblit. C’est un système scolaire en déclin qui nous forme au rabais  la jeunesse  de notre pays ». De ses 71 ans, il en a déjà donné 51 à l’éducation et il se dit aujourd’hui désenchanté parce que « l’intérêt se perd, le travail n’est pas valorisé, la confiance en l’école a beaucoup chuté ». <em>Lekol pa bay</em>, l’école ne rapporte rien, entend-t-on souvent chez nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Antécédents historiques</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’historien Pierre Buteau, au cours d’un entretien téléphonique accordé à <a href="https://imediaayiti.com/2020/10/08/marc-evens-lebrun-remporte-le-prix-philippe-chaffanjon-2020-avec-son-reportage-sur-alantran/">IMEDIA</a>, passe en revue quelques évènements politiques qui avaient, dans le passé, handicapé  le fonctionnement des écoles. Le professeur émérite fait ici référence à la première moitié du 20<sup>e</sup> siècle, précisément en janvier 1946, avec les <a href="http://ile-en-ile.org/gerald-bloncourt-les-cinq-glorieuses-de-janvier-1946/">Cinq Glorieuses</a>, célèbre mouvement qui a conduit à la chute du président Elie Lescot. C’est Jacques Stephen Alexis, 24 ans à l’époque, qui fut à l’origine de l’appellation, inspirée des <a href="https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Trente_Glorieuses/185974">Trente Glorieuses</a> de 1945 en Europe. «C’était un mouvement de jeunesse, toutes les écoles étaient dans les rues pour protester contre la dictature. C’était la grande fête », se rappelle-t-il, expliquant que l’école haïtienne a, par la suite, connu plusieurs autres bouleversements, même si elle n’était pas directement impliquée dans des luttes. Il y a la tentative du coup-d‘état militaire contre François Duvalier en 1957, l’<a href="https://www.collectif-haiti.fr/26-avril-1963-26-avril-1986-souvenons-nous/">attaque armée, en avril 1963</a>,  contre la voiture présidentielle qui emmenait le jeune Jean-Claude à l’école : il y a eu plusieurs tueries, bastonnades, arrestations, blessures par balles. Et c’est ainsi que François Duvalier, voulant protéger son pouvoir, en vient à instaurer son régime totalitaire. Et c’est <em>l’intelligentsia lettrée</em>  qui paiera en premier les pots cassés. Camille Chalmers nous dit pourquoi.  </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="L&#039;intelligentsia lettrée haitienne,  la bête noire de François Duvalier" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/6rvkhBiRMTQ?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La répression duvaliériste mais aussi les possibilités de départ vers l’Afrique  offertes à des milliers de cadres haïtiens à partir de 1960, seront couplées pour provoquer une perte importante d’enseignants qualifiés. Jean-Claude Icart, très versé dans les problématiques de la migration, professeur associé au département de sociologie  à l’<a href="https://uqam.ca/">UQAM</a>, nous parle au téléphone depuis Montréal où il est établi.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Jean Claude Icart sur la fuite des cerveaux haïtiens" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/b1uMJ1r4aRA?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ajoutée à ces deux facteurs (répression et  attraction vers l’Afrique), le sociologue évoque une autre cause plus importante qui a commencé à entrainer une baisse de niveau dans l’éducation : la macoutisation de nombreuses institutions de formation supérieure dont l’Université d’Etat d’Haiti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Ces proches du pouvoir sont acceptés dans ces facultés, obtiennent leur diplôme sans forcément avoir les compétences et les qualifications pour l’obtenir, car leur vrai travail c’était d’espionner ». Résultat ? A partir des années 1980-1990, beaucoup de diplômes haïtiens ne sont pas reconnus à l’étranger, déclare M. Icart. Il s’est aggravé une certaine rigueur dans les programmes auxquels l’étranger nous exige en permanence d’apporter des correctifs et des mises à jour. C’est dire que nous sommes encore à la traine en matière d’éducation. Le seul pays de la région Caraibes-Amerique latine où  la durée moyenne et attendue de la scolarisation est la plus faible. Dans l’<a href="https://www.undp.org/fr/morocco/publications/rapport-sur-le-developpement-humain-2021-22">Indice de Développement Humain établi pour l’année 2021-2022</a> par le Programme des Nations-Unies pour le Développement, Haiti occupe la 163<sup>e</sup> place. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour M. Patrice Dalencour, le déclin a véritablement commencé à partir de 1989 : l’école est depuis cette époque prise en otage par le personnel politique.  En raison des grèves et des interruptions sporadiques, <em>« On a eu de moins en moins de période scolaire entière ».</em></p>



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<iframe title="L&#039;école haitienne prise en otage par la politique depuis la fin des années 80" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/axwa-pRI7_8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’impact de l’instabilité sur la production du capital humain haïtien</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’économiste Etzer Emile analyse avec Imedia les impacts qu’entrainent les crises politiques et l’insécurité liée à la violence des gangs armés sur le fonctionnement de l’école.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« L’école est une activité sociale mais  a aussi toute une dynamique économique  qui est créée autour d’elle.  De par sa dimension transversale, elle prend en considération tout un ensemble de paramètres qui conditionnent son fonctionnement. Il y a l’immobilier, le transport, les restaurateurs, les libraires et éditeurs, le textile, les moyens humains et  techniques. Ceux qui sont propriétaires d’écoles non-publiques créent des emplois, achètent et vendent des services, ils ont une entreprise. Pour le corps enseignant et le personnel administratif, c’est aussi leur activité économique, ils vendent une heure et ont un salaire en retour. Quand on a des turbulences, comme on en a souvent dans le pays depuis 2018, cela affecte toute la chaine et entrainera, à long  terme, de lourdes conséquences sur la qualité du capital humain que nous produisons au pays, aspect fondamental à prendre en compte dans le développement économique d’une nation. »  </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://menfp.gouv.ht/#/home">ministère de l’Education Nationale</a> a publié, le 16 décembre, un nouveau calendrier qui fixe 142 jours de classe pour la période allant de janvier à aout 2023. </p>



<blockquote class="twitter-tweet"><p lang="ht" dir="ltr">Apati janvye 2023, pral rete 142 jou lekòl nan kalandriye a. <a href="https://twitter.com/MENFP_Education?ref_src=twsrc%5Etfw">@MENFP_Education</a> kontinye motive tout elèv, an patikilye Segondè 4 ki pral nan egzamen bakaloreya 31 jiyè – 3 out: « Match lekòl la, match lavi a pa ka jwe andeyò teren lekòl la, san ekip, san antrenè, san inifòm ». <a href="https://t.co/BNQTINnzn3">pic.twitter.com/BNQTINnzn3</a></p>— Nesmy Manigat (@nesmymanigat) <a href="https://twitter.com/nesmymanigat/status/1604112315019845633?ref_src=twsrc%5Etfw">December 17, 2022</a></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">L’école, incapable d’ouvrir ses portes le 3 octobre dernier,  avait attendu les deux dernières semaines du mois de novembre pour reprendre progressivement ses activités.  C’est que, depuis l’annonce par le gouvernement d’augmenter le prix des produits pétroliers, de nombreuses organisations civiles, des militants et les couches les plus démunies ont, à partir du 12 septembre, violemment protesté contre cette mesure. <em>S</em>uite aux décisions adoptées en conseil de gouvernement le 26 aout, la réouverture des classes avait été reportée au 3 octobre, lisait-on dans une note du ministère. <em>  </em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>« La fermeture des écoles participe à la fois du dépit des révoltés qui ne comprennent pas que les enfants des riches continuent d’avoir accès aux bonnes écoles, tandis que les leurs n’ont accès qu’à des écoles<em> borlettes</em>. Sans présumer de l’utilité d’une telle mesure, le dommage est terrible pour tout le système éducatif qui perd à la fois ses élèves et ses formateurs. Une école fermée, c’est une pensée qui se meurt et une société qui s’éteint. Mais comment maintenir les écoles ouvertes si la sécurité des élèves et des enseignants n’est pas garantie ?», déclare le géographe  Jean-Marie Théodat, retourné  à Paris depuis 2019 à cause de l’insécurité qui produit de plus en plus  d’abadons scolaires.</strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">« De 1986 à aujourd’hui, il y a une perte d’au moins 20 à 30 jours de scolarisation par année. Par conséquent, sur les treize années du cycle, un enfant perd en général, en Haiti, un à deux ans de scolarisation complète », affirme pour sa part le sociologue Charles Tardieu qu’Imedia a rencontré dans les locaux de l’hôtel Ritz Kinam, à Pétion-Ville.  Un an après le séisme du 12 janvier 2010, le rapport du Groupe de travail sur l’Education et la Formation (GTEF) formé par l’ancien Président René Préval a conclu « que sur une cohorte de 100 enfants qui rentrent  en première année, seulement 5% arrivent à terminer les 13 ans du cycle. <em>Et ce sont des enfants provenant des zones à risque qui sont touchés par cette perte, pas les écoles favorisées. De jeunes garçons qui abandonnent l’école sont régulièrement recrutés par des gangs, les jeunes filles elles sont en proie aux violences sexuelles et grossesses non-désirées </em>», regrette M. Tardieu, également éditeur de manuels scolaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des années 2000 à aujourd’hui, celles-là ont développé des mécanismes divers pour faire face à l’arrêt des activités scolaires provoqué par des mouvements de rue : l’internet est devenu  le principal recours, poursuit-il. Tout cela ne fait que creuser, depuis la crise du coronavirus d’ailleurs, ce qu’il appellerait <em>l’apartheid scolaire</em>, se caractérisant par une logique d’exclusion des masses où les enfants issus  d’en bas n’ont pas les mêmes chances que ceux d’en haut. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Myrlaine  Philémon Lamontagne, Directrice du Lycée du Cent Cinquantenaire a réussi à motiver ses élèves et le corps professoral en transférant via WhatsApp des devoirs et leçons. « Cela a marché. L’intérêt est revenu peu à peu, les professeurs ont emboité le pas et le Lycée, bon an mal an, avait repris graduellement ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"> A l’avenue Jean-Paul II, Centre-Ville.. Imedia s’est rendu sur les lieux. Les cours se distribuent sous des hangars. Dans des conditions suffocantes et incommodes, des filles entassées par groupe de 5 sur un banc à l’effigie de l’<a href="https://www.unicef.org/haiti/education">Unicef</a> et du <a href="https://menfp.gouv.ht/#/home">MENFP</a>, reçoivent le pain de l’instruction.  Face à elles, ce ministre bien étriqué dans son costume bleue marine qui y est passé  le 28 novembre encourager le personnel  à poursuivre les activités scolaires. Il est parti sur une rutilante 4/4 avec  deux principales revendications des gamines dans ses poches : la  reconstruction de l’établissement et la distribution de plats chauds.  L’actuelle Directrice a voulu en profiter pour relancer certains dossiers de nomination de professeurs qui sommeillaient encore dans les tiroirs de l’ancien responsable. « Mieux vaut essayer, on ne sait jamais ».  Imedia a constaté que la construction a démarré mais n’est pas achevée. Les tentatives de joindre M. Ignace Saint-Fleur, Directeur General du Bureau  de Monétisation  des Programmes d’Aide au Développement (<a href="https://bmpad.gouv.ht/cgi-sys/suspendedpage.cgi">BMPAD</a>) autour de la question, ont été vaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Ecole Normale Supérieure traitée en parents pauvres</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les efforts déployés pour mobiliser des fonds étrangers   et la volonté exprimée de corriger certaines dérives dans le système,  M. Nesmy Manigat se heurte à un obstacle majeur. C’est qu’il est ministre d’un pays où 13,3% du budget national sont alloués à l’éducation, 94,8%  à l’exécutif et 0,9% à l’<a href="https://www.ueh.edu.ht/admueh/historique.php">Université d’Etat d’Haiti</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«  Tant vaut sa place dans le budget de l’Etat, tant vaut l’école. Il n’y a pas de miracle dans la répartition de l’intelligence ni dans le partage du savoir. La palme va toujours aux plus assidus et aux plus persévérants dans la recherche de la lumière. Haïti n’en manque pas. Mais ils ne sont pas accompagnés. Pour cela, il faudrait qu’il y ait des bibliothèques dès la maternelle pour inciter à la lecture les tout-petits enfants, des écoles adaptées, dans une langue accessible à tous, des équipements pédagogiques adaptés. Bref une ingénierie du savoir dont nous avons les spécialistes, mais ils sont la plupart soit au chômage… soit exilés loin du pays, qui en a pourtant besoin</em> », indique M. Jean-Marie Théodat.  </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’irresponsabilité de l’Etat et son manque de volonté se traduit notamment dans le traitement infligé à l’Ecole Normale Supérieure considérée, « <em>pendant longtemps, comme un fleuron dans la formation des professeurs </em>», soutient Roody Edme, professeur de lettres et de philosophie, responsable d’école et éditorialiste. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="468" height="362" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/ENS-Promo-1960-Archives-.jpg" alt="" class="wp-image-7274 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/ENS-Promo-1960-Archives-.jpg 468w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/ENS-Promo-1960-Archives--300x232.jpg 300w" sizes="auto" /><figcaption>La promotion de 1962-1965 de l’École Normale Supérieure qui comprenait de brillants intellectuels haïtiens dont Georges Anglade, Mireille Neptune, Daniel Birmingham | Photo-archive. Source Facebook : Christine Mathurin</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Jeudi 17 novembre. Quelques chaises usagées, des tessons de persienne, un couloir empoussiéré, une bibliothèque rasée par un incendie avec des rayons entiers de livres. A l’entrée, le portrait peint de Gregory Saint-Hilaire sur le mur de l’Ecole Normale Supérieure, abandonnée depuis l’assassinat par balles en 2020 de cet étudiant qui manifestait, aux côtés de dizaines d’autres camarades, pour exiger que le MENFP tienne ses promesses d’embauches et de stages envers eux.  Pour venger ce crime qualifié d’<em>accidentel</em>, ils auraient mis le feu  dans un bar à côté que des agents de la garde présidentielle avaient l’habitude de fréquenter et c’est ainsi que l’incendie s’est propagé, selon ce qu’a expliqué  le gardien trouvé  sur place, qui surveille  en permanence ce bâtiment pris d’assaut en 1986 après le départ de Jean-Claude Duvalier.  M. Patrice Dalencour s’en souvient.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="L&#039;Ecole Normale Supérieure : « une vie de nomade »" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/AFDVWIJgBes?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">L’édifice s’est effondré le 12 janvier 2010.  Sous des hangars, le savoir se transmettait dans un contexte post-séisme avec la même ferveur et le même souci de qualité.  Le Japon a, en 2020, évalué sa reconstruction : 10 millions de dollars. Le ministre des Affaires étrangères et des cultes de l’époque, Claude Joseph, a estimé  <em>indispensable et</em> <em>importante  </em>cette  reconstruction. 12 ans après, les chantiers peinent encore à démarrer malgré l’acquisition d’un terrain à Carrefour-Feuilles, devenu entre-temps un quartier en proie à la violence armée.  Joint par téléphone, le Directeur académique Bérard Cénatus n’a pas voulu se prononcer sur la question, sans l’aval des autres membres de l’administration. Imedia s’est rendu aux nouveaux locaux qui accueillaient autrefois les programmes de<em> Masters</em>. Une bâtisse tout exigüe, à faible capacité d’accueil, privée de bibliothèque, de laboratoires et d’espace propice à la recherche  scientifique.  Toutes ces lacunes infrastructurelles jamais comblées, tout ce vide académique créé par le départ pour l’étranger d’un bon nombre de mastérants.tes et de docteurs.res  n’ont fait qu’affaisser cette entité.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1.jpg" alt="" class="wp-image-7275 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1.jpg 1024w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1-300x225.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1-768x576.jpg 768w" sizes="auto" /><figcaption>Une salle de cours de l’Ecole Normale Supérieure, entitée de l’Université d’Etat d’Haiti dont on accuse l’État haïtien de traiter en parents pauvres. | Estaïlove Saint-Val</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">« La pénurie est déjà là. 85% des cadres haïtiens, titulaires d’un diplôme supérieur ou égal à un Master vivent hors du pays. Cela s’appelle une fuite des cerveaux doublée de l’incapacité d’enclencher le mouvement inverse », indique M. Théodat.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII.jpg" alt="" class="wp-image-7272 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII.jpg 1024w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII-300x225.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII-768x576.jpg 768w" sizes="auto" /><figcaption>Anciennement destiné aux programmes de Master, le nouveau local de l’École Normale Supérieure où des étudiants, toutes disciplines confondues, suivent des cours. | Estaïlove Saint-Val</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"> Josué Mérilien, 61 ans, ancien de la faculté de 88 à 91,  a, toute sa vie, milité contre « l’école à deux vitesses ».  La création  en 1990 de l’<a href="https://unnoh.org/">Union des Normaliens Haïtiens (UNNOH)</a> dont il est aujourd’hui le coordonnateur est partie  d’un constat : les enseignants, mis au chômage en novembre 1990, n’avaient personne pour les défendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Valoriser le métier d’enseignant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"> « L’enseignant n’as pas la considération sociale qu’il mérite. Il doit être formé, recyclé, bien payé et bien encadré pour remplir son rôle dans la société : celui de construire des citoyens sans qui on ne fait pas de pays. Quand on entend les discours des dirigeants, l’école est une affaire de haut niveau, mais dans les faits, elle est différente. Investir dans l’éducation, c’est investir dans  l’homme considéré comme la première richesse d’un pays. L’école haïtienne produit de moins en moins de citoyens, des hommes grands, enracinés dans son histoire et sa culture. L’enseignant n’est pas encouragé à donner le meilleur de lui-même dans ce travail. »  </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les appointements mensuels d’un professeur de lycée, détenteur d’une chaire de 6h de temps par semaine, sont de treize mille deux cent gourdes brutes, s’est renseigné Imedia, disposant d’une copie de lettre de nomination.  Un salaire qui n’est pas stable en raison de la fluctuation du taux de change : 145 gdes pour 1$ au moment de publier notre dossier. Avec un pouvoir d’achat affaibli par la hausse des prix des produits, les poches asséchées par le dernier épisode de « <em>pays lock » (septembre-octobre 2022), </em>l’enseignant perd de motivation. «Il <em>s’appauvrit grandement »</em>, estime M. Etzer Emile. </p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Les personnes à faibles revenus, en particulier celles qui ont du mal à subvenir à leurs besoins essentiels que le loyer et l’alimentation, ont été touchées de manière disproportionnée dans plusieurs pays par la dépression et l’anxiété </em>», souligne le dernier rapport de l’<a href="https://www.undp.org/fr/morocco/publications/rapport-sur-le-developpement-humain-2021-22">IDH</a>.  La violence – armée, de rue ou conjugale – est, lit-on dans le document, <em>« un facteur de détresse psychopédagogique »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Redonner espoir aux enfants, « les refaire croire en l’avenir »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, c’est à l’enseignant de redonner espoir aux enfants, « de les remettre au travail et de les refaire croire en l’avenir ».  M. Roody Edmé souligne qu’un accompagnement psychopédagogique  est nécessaire en ces temps de crise.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Roody Edmé : « On ne peut pas faire l’école comme avant »" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/jjP0FUKdhyI?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La pédagogue Marie-Marthe « Franck Paul » Balin, poids lourd  de l’éducation,  octogénaire a l’esprit vif,  incarne la persévérance, la résilience malgré les vents contraires, malgré les moments sombres qui ont bouleversé  sa vie d’enseignante et d’institutrice de carrière. La voix douce, dans un sourire qui illumine son visage, assise calme derrière son bureau, elle nous confie pourquoi elle n’a jamais quitté Haiti. « Parce que j’aime ce pays. Apres avoir passé toute ma vie à lutter dans l’enseignement, j’ai l’impression d’avoir battu l’eau avec un bâton. C’est terrible ce qui nous arrive dans l’éducation. <em>Mais ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent </em>». Elle veut désormais changer la pédagogie de l’école et essayer d’ancrer plus profondément les enfants dans les problèmes du pays. <em>Le temps de l’écoute est fini pour nos enfants.  Le parcoeurisme, les bourrages da crânes,   les répétitions sans fin, les exposés magistraux, des salles saturées : tout cela doit cesser. L’enfant doit maîtriser les contenus qu’il apprend, développer l’esprit critique dès le jeune âge</em>, a expliqué la pédagogue qui a sucée à la moelle de l’Institut  Pédagogique National (IPN), haut lieu de réflexion pédagogique dans les années 50-60. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Allouer 13,3% du budget du pays à l’éducation met l’Etat dans l’incapacité de répondre à la demande massive de l’offre scolaire.  En Haiti, l’offre éducative est principalement non-publique avec plus de 80% des écoles appartenant au secteur non-public, a indiqué le <a href="https://www.unicef.org/haiti/education">Fonds des  Nations-Unies pour l’enfance</a>.  </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les écoles en difficulté financière</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les 80%, ce sont les écoles congréganistes qui ont débarqué en Haiti au 19<sup>e</sup> siècle avec de l’expertise, une longue expérience pédagogique et avec la bible pour boussole. Les 80% ce sont aussi les écoles laïques construites par des générations d’Haïtiens conséquents, diplômés et formés qui, au lieu de quitter Haiti, ont plutôt choisi d’investir dans l’excellence et la compétence.  A ces 80%, l’Etat ne reproche presque rien pour la qualité du savoir qu’elles transmettent, pour la discipline dont elles font montre et pour l’exigence académique qui accompagne leur succès dans le système éducatif depuis des siècles. Il ne les inspecte presque plus, de l’aveu de bon nombre de responsables.  Ces 80%, ce sont aussi celles qui comblent le vide même si elles n’ont pas  le niveau espéré. En somme, à ces 80%, on a collé toutes les étiquettes : élitistes, bourgeoises, acculturées, claniques, privilégiées, affairistes, borlettes.  </p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, les  20 %, ce sont l’Etat qui, lui, a perdu tout contrôle, qui brille par son absence de supervision et d’inspection tant dans le privé que dans le public,  qui n’utilise pas ses maigres ressources à bon escient  pour renverser la vapeur, qui ne résout pas le problème de déficit d’écoles publiques,  <em>qui fait payer des taxes au privé</em>, dénoncent de nombreux responsables d’écoles qu’Imedia a rencontrés. M. Charles Tardieu appelle ça double peine. « L’école, ce n’est pas un supermarché ou une boutique où l’on vend du mais moulu, du poids ou de l’huile. Elle ne devrait pas être taxée. L’Etat ne joue pas son rôle et il pénalise ceux qui le font à sa place. C’est grave. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes  les écoles sont en difficulté financière.  L’inflation progresse : un taux de 38,7% (varié en fonction des départements : 40% dans le sud ; 39% dans la région métropolitaine de Port-au-Prince), une perte de richesse de 1,5%, une augmentation du budget des familles haïtiennes pour l’alimentation (plus de 50%),  selon les analyses de l’économiste Kesner Pharel, indiquant que le pays n’est pas en <em>recension mais en dépréciation</em> <em>économique</em>.  </p>



<p class="wp-block-paragraph"> « Les écoles travaillent avec un effectif considérablement réduit. Depuis l’assassinat de M. Jovenel Moise en 2018, les choses se sont aggravées.  ¾ du personnel sont en mode disponibilité. Le départ des enfants vers l’étranger est massif, les parents ont encore peur », s’inquiète Marie Marguerite Clérié, Présidente de l’Association Professionnelle d’Écoles d’Haiti.  <em>Les enfants, provenant surtout des milieux à risques et en proie à la violence des gangs, sont traumatisés. Les professeurs, eux aussi préoccupés par les soucis de la vie et trop occupés à voir un programme, oublient qu’ils ont en face d’eux de petits êtres qui ont besoin, certes de l’académique mais en priorité de la thérapie</em>, explique la spécialiste en éducation Montessori. <em>Ce n’est pas normal qu’à chaque crise, le premier groupe à en pâtir est l’école.</em> <em>C’est la mort dans l’âme. Mais on doit se battre. On voit des gens choisir ce métier par défaut et non par amour, c’est un drame. Mais on doit redresser la barre. L’école, c’est ce qui fonde une société, une nation</em> ». C’est, selon elle, la mauvaise gouvernance, l’irresponsabilité des politiciens sans amour de la patrie qui ont conduit le pays à cette <em>catastrophe éducative</em>. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>47% des écoles n’ont pas encore ouvert. En 2022, trois écoles sur cinq évaluées par l’UNICEF et le MENFP ont été attaquées et  pillées, ce qui fait qu’un demi-million d’enfants âgées de 5 à 19 ans risquent de perdre leurs possibilités d’apprentissage, souligne le Fonds des Nations-Unies pour l’Enfance.  1, 700 écoles sont fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince : 772 à Croix-des-Bouquets, 446 à Tabarre, 274 à Cité Soleil, 200 à Martissant, Fontamara, Centre-Ville, Bas-Delmas, selon les chiffres du MENFP, disponibles sur le site de l’<a href="https://www.unicef.org/haiti/communiqu%C3%A9s-de-presse/ha%C3%AFti-la-violence-des-gangs-pousse-un-demi-million-denfants-hors-de-l%C3%A9cole">Unicef</a>.</strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La sécurité, une priorité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les établissements scolaires se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une crise aigüe, « <em>qui n’a pas eu </em>[jusqu’ici, ndlr]<em> les réponses attendues, correspondant à sa nature même », </em>selon M. Pierre Buteau. « La rue est devenue l’espace de revendications populaires, souvent désordonnées, elle est investie en permanence et cela joue un rôle » dans ces fermetures répétées.    </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Intervention de Khadim Sylla, Chef du secteur Education à l&#039;Unesco" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/u_xbzYolMts?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La sécurité reste la première condition pour la reprise activités scolaires, a indiqué pour sa part Jacqueline Baussan Loubau, psychologue et professeure à la Faculté des Sciences Humaines (UEH).  </p>



<p class="wp-block-paragraph"> « La petite enfance est l’âge idéal pour les enfants d’apprendre la vie avec les autres hors du cocon familial. C’est l’âge idéal pour la simulation du langage, des capacités cognitives et motrices », explique la formatrice en psychotrauma dans une entrevue écrite accordée au journal.  C’est la période-clé du développement sur laquelle se construisent toutes les autres. La sécurité reste la première condition pour la reprise des activités scolaires. L’exposition à la violence, poursuit-elle, et aux situations traumatisantes affecte durablement le cerveau du jeune enfant avec des conséquences souvent irréversibles sur son développement émotionnel et sur sa santé mentale future. Aucune société ne s’est développée sans accorder la première place à l’éducation. L’école doit être la priorité. »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rosny Ladouceur </strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p class="wp-block-paragraph">Sites et Documents consultés</p>



<ol class="wp-block-list" type="1"><li><strong>« <a href="https://journals.openedition.org/rref/861">Système éducatif et inégalités sociales en Haiti </a></strong>»,Louis-Auguste Joint</li><li><strong>« <a href="https://books.openedition.org/editionsmsh/9760?lang=fr">Genèse de l’Etat haïtien </a></strong>», sous la direction de Michel Hector et Laennec Hurbon.</li><li>Gerald Bloncourt, «<strong> <a href="http://ile-en-ile.org/gerald-bloncourt-les-cinq-glorieuses-de-janvier-1946/">Les Cinq Glorieuses de janvier 1946</a> </strong>», ÎleenÎle<strong>.</strong></li><li><strong><a href="https://www.collectif-haiti.fr/26-avril-1963-26-avril-1986-souvenons-nous/">Collectif Haiti de France</a>.</strong></li><li>Le Moniteur- Spécial # 13 (Budget général de la République d’Haiti –Exercice 2021-2022)</li><li><strong><a href="https://www.undp.org/fr/morocco/publications/rapport-sur-le-developpement-humain-2021-22">Rapport sur le développement humain -2021-2022</a>, </strong>présenté par le Programme des Nations-Unies pour le Développement.</li><li>Cent ans d’histoire de l’occupation américaine (1915-2015), sous la direction de Michel Soukar. </li></ol>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un dossier de l’agence Imedia | Texte : Rosny Ladouceur | Photos et vidéos : Estaïlove Saint-Val et Elie Prospère.  </strong></p>
]]></content:encoded>
					
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            	</item>
		<item>
		<title>Haïti : l’hécatombe silencieuse des « tests de paternités traditionnels »</title>
		<link>https://imediaayiti.com/2021/12/31/haiti-lhecatombe-silencieuse-des-tests-de-paternites-traditionnels/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Miwatson St Jour]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 31 Dec 2021 19:36:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Enfant]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[Hécatombe]]></category>
		<category><![CDATA[raditionnels]]></category>
		<category><![CDATA[Test de paternités]]></category>
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					<description><![CDATA[Près de 260 000 enfants naissent tous les ans en Haïti, selon les chiffres officiels du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Pour s’assurer que des enfants sont les leurs, des présumés pères haïtiens effectuent des tests de paternité dits ‘’traditionnels’’ en donnant leur sang à boire aux nouveau-nés au mépris total des tests ADN et de la convention internationale relative aux droits de l’enfant. Des spécialistes en droit des mineurs alertent sur cette pratique empreinte de vampirisme et crient au scandale face à ces procédés superstitieux qui, contaminent et tuent. Jethro Philistin est père de...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Près de 260 000 enfants naissent tous les ans en Haïti, selon les chiffres officiels du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). Pour s’assurer que des enfants sont les leurs, des présumés pères haïtiens effectuent des tests de paternité dits ‘’traditionnels’’ en donnant leur sang à boire aux nouveau-nés au mépris total des tests ADN et de la convention internationale relative aux droits de l’enfant. Des spécialistes en droit des mineurs alertent sur cette pratique empreinte de vampirisme et crient au scandale face à ces procédés superstitieux qui, contaminent et tuent. </strong></p>
<p>Jethro Philistin est père de trois enfants. Concubin de sa femme depuis 17 ans, cet agent de la mairie de la commune Croix des Bouquets, ne croit pas en la science. Encore moins en sa femme, avec qui il a eu deux autres enfants. Pour se rassurer de la paternité biologique de son premier fils, l’homme, originaire de Port-de-Paix, une ville de province située au nord-ouest de la capitale d’Haïti, a eu recours à une méthode peu catholique et non-recommandable pour contrecarrer ce qu’il appelle ‘’kout pitit’’ [ndlr, expression désignant la non-paternité biologique dans le langage haïtien]. Cette fraude, durant laquelle une mère attribue sciemment la paternité de son nouveau-né, à un homme qu’elle sait pertinemment qui n’en est pas le père biologique.</p>
<p>Le fait pour un homme de s’occuper d’un enfant qu’il croyait être le sien jusqu’à ce qu’il découvre que ce dernier provient d’une relation « extra-conjugale » est inconcevable pour Jethro Philistin qui vit aujourd’hui sous un toit séparé de sa femme, Anita*.</p>
<p>« Dans l’histoire de l’humanité, c’est uniquement l’époux de la vierge Marie, Joseph, qui avait accepté que sa femme lui impose la paternité de l’enfant Jésus qui n’était pas le sien pour s’en occuper », parodie sous un ton farouche Philistin converti au christianisme il y a tout juste deux ans. Il dénote qu’il serait le dernier bon samaritain sur cette terre qui prendra le risque d’élever un enfant qui n’est pas le sien tout en sachant que sa femme l’a trompée avec un autre homme. « Je ne suis pas Joseph et mes enfants ne seront pas Jésus non plus. Par conséquent, il est hors de question de laisser un quelconque doute planer sur le fait d’être le père ou non de n’importe quel enfant que j’aurai mis dans l’utérus d’une femme », tranche le plombier de profession avec un air sexiste.</p>
<p>L’homme de 36 ans qui vient de prendre son repas de midi à 4 heures P.M, composé du riz à la purée de haricots et de la sauce de ‘’kalalou combo’’, mets très prisé en Haïti, le tout mélangé dans un bol, dit ne pas croire en la fidélité et en la monogamie dans les relations de couple. Il avait pris d’énormes risques pour acquérir la certitude de sa paternité biologique avec ses enfants. Et ceci, au prix fort après la naissance de son fils aîné.</p>
<p>« Je sais comment vérifier si un enfant n’est pas le mien. Pas besoin de la science pour ça », argue l’homme devant la caméra. Dans sa chambre exiguë, en toiture de tôle trouillée dont les rayons d’un soleil qui s’apprêtent à s’effacer perforent chaque petit trou, Philistin prétend détenir le monopole de la vérité sur la notion de paternité biologique. « J’effectue mes propres tests de paternité avec mes connaissances traditionnelles et mystiques », lâche l’homme d’un air superstitieux.</p>
<blockquote><p><strong>« Je sais comment vérifier si un enfant n’est pas le mien. Pas besoin de la science pour ça », argue Philistin devant la caméra.</strong></p></blockquote>
<p>« Il existe plusieurs méthodes traditionnelles pouvant permettre à un homme de vérifier son lien de paternité avec un enfant », détaille Philistin. La première qui doit être effectuée au moment de la grossesse, consiste à envelopper une sucrerie sous les aisselles de l’homme présumé être le père biologique durant 24 heures pour ensuite la donner à la femme enceinte. Si après sa sucette, la femme vomit, la recette présupposerait que l’enfant n’est pas à l’homme indiqué », explique Philistin qui rappelle que cette méthode ancienne peut conduire à un avortement immédiat. La seconde, ajoute-t-il, consiste à envelopper le nouveau-né dans un habit trempé de sueur appartenant au père désigné pour ensuite effectuer des balivernes sur son nombril. Dans cette prétendue méthode de vérification, monsieur Philistin avoue que l’enfant sera empoisonné d’un microbe qui le tuera, à petit feu, s’il n’est biologiquement pas celui du père à qui la mère l’a présenté. Et la dernière qu’est la plus sévère selon lui, consiste pour le père de saigner le majeur de sa main droite pour donner du sang à boire au bébé qu’on lui présente comme étant son fils ou sa fille.</p>
<p><iframe loading="lazy" title="Tests de paternités traditionnels - Partie 1" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/-DtMD_URVT0?start=84&feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Cette méthode, qualifiée de cruelle, est la préférée de Philistin. D’ailleurs, c’est celle qu’il a exercée sur son fils aîné, il y a tout juste16 ans. Âgé de seulement vingt ans à l’époque, l’homme avait donné à son fils Tito* son propre sang à boire alors que ce dernier n’était âgé que de 3 jours. Le petit garçon avait ingurgité le sang de son père après le rituel de ce dernier et n’est miraculeusement pas décédé par la suite. « J’ai effectué le teste sous les yeux de sa mère Anita* et je lui avais prévenu que si l’enfant est d’un autre homme, il ne survivra pas. Heureusement, mon fils est en vie, ce qui me certifie qu’il est de toute évidence le mien », conclu l’homme de manière satisfait, perché sur son lit branlant, l’unique immobilier remarquable de la chambre branché sur quatre briques pour lui donner de la hauteur.</p>
<p>La femme de Philistin, Anita*, a assisté impuissante son fils passer le fameux test. Sous ses yeux hagards, remplis de honte la jeune maman d’alors a regardé le garçonnet qu’il venait de mettre au monde avaler goulûment le sang de son partenaire.</p>
<blockquote><p><strong>« J’avais tellement honte en le regardant faire ça à mon fils, je me sentais rabaissée, humiliée et effrayée, mais crois-moi, je n’y pouvais rien. Si j’osais m’y opposer, je risquerais de me faire bastonner par mon concubin et me jeter dehors par sa maman qui tenait à ce qu’il fasse le test, car elle ne me faisait pas confiance non plus », raconte Anita* la voix éteinte, la tête demi inclinée.</strong></p></blockquote>
<p><strong>Une pratique discrète mais courante</strong></p>
<p>Philistin n’est pas le seul à avoir recours à cette pratique qui sous-entend détenir une vérité absolue concernant la non-paternité. Gérôme*, Roro et Jean Robert* sont eux aussi des fervents disciples des tests de paternité dits traditionnels même s’ils sont conscients que ce sont des pratiques morbides.</p>
<p>Gérôme* est père de 4 enfants qu’il a eu avec 4 mères différentes. Le trentenaire avoue maîtriser les 3 méthodes évoquées par Philistin.</p>
<p>Dans la tête du contremaître maçon qui habite Canaan, un des plus grands bidonvilles du pays, formé après le séisme de 2010, c’est une méthode garantie. « Mon garçon de dix-huit mois ne serait pas en vie à l’heure actuelle, car il a subi le test », révèle l’homme sans ambages assis sur une chaise en paille à l’arrière-cour de son taudis.</p>
<p><iframe loading="lazy" title="Tests de paternités traditionnels - Partie 2" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/yNQS-NaJ_KQ?start=3&feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Roro, ainsi connu est lui aussi un partisan avéré de cette pratique. Quoiqu’il soit conscient des conséquences néfastes qu’un tel acte puisse engendrer, il avoue avoir recours à cette dernière à plusieurs reprises. Le père de huit enfants croit dur comme fer en cette méthode. « J’ai la garantie que tous mes enfants sont miens grâce à mon savoir mystique », explique le chauffeur de camionnette la voix teintée de fierté. « Je me rappelle quand ma dernière fille est née en mars 2021 à l’hôpital, à midi pétant, une fois arrivé sur les lieux, j’ai pris la petite dans mes bras feignants la bercer, j’ai filé, dans sa bouche, mon majeur saigné brut à l’aide d’une gilette. Elle s’est endormie et est réveillée par la suite », épilogue le natif des Cayes.</p>
<p><strong>Des pratiques qui tuent…</strong></p>
<p>Rencontré à Lilavois 7, quartier de bon Repos, situé à environ 9,2 kilomètres de la Capitale, Port-au-Prince, Jean Robert*, un père de famille étale fièrement sa connaissance et raconte sa vécue dramatique avec la pratique.</p>
<p>« J’ai déjà été victime de tromperie durant ma jeunesse. J’avais une petite amie, Johana* qui me trompait constamment. Heureusement, une de ses copines m’avait mis au parfum de ses petites escapades bien avant qu’elle ne soit tombée enceinte en mai 1985. Puis sans surprise, elle m’annonça le 16 mai 1985 qu’elle était enceinte. Je lui ai dit les yeux dans les yeux, si l’enfant est à moi, il survivra au test de paternité traditionnel que je lui passerai, mais s’il est celui d’un autre, il mourra et elle aussi d’ailleurs. Incrédule qu’elle était, elle ne m’avait pas cru », raconte l’homme de 62 ans d’un ton magistral.</p>
<p>Après l’accouchement de sa femme, Jean Robert* raconte qu’il a pris l’enfant dans ses bras, l’a dorloté puis a effectué un rituel avec du sang dans la bouche du petit garçon qui vient de naître. « J’ai saigné le majeur de ma main droite, je l’ai donné à l’enfant… Puis, il s’est endormi ». 24 heures plus tard, coup de boutoir, l’enfant est décédé, pérore le sexagénaire avec désinvolture.</p>
<p>Sa mère, Johana*, s’est réveillée avec à ses côtés, un bébé mort, avec un petit cœur qui ne bat plus, des petits doigts qui ne jouent plus et un regard éteint avec toute l’innocence qu’il contenait.</p>
<blockquote><p><strong>« Je n’avais même pas encore payé la sage-femme qui a mis au monde le garçon quand l’amie de Johana* qui me mettait au courant de ses infidélités m’annonçait le décès de l’enfant. 15 jours plus tard, abasourdie, par ce qui lui arriva, Johana* à son tour décède », se remémore Jean Robert* un petit sourire malin sur le visage.</strong></p></blockquote>
<p>À l’époque, je ne savais même pas ce qu’était un test d’ADN, s’il existait et quel a été son prix, ajoute le vieux qui dit être certain qu’il n’aurait pas assez d’argent non plus pour pouvoir payer un tel luxe. « J’ai pris un raccourci en faisant mon test traditionnel et croyez-moi, c’était le moyen le plus sûr », lâche Jean Robert*, sans regret aucun. « C’est un procédé très complexe et mystique ». Pour le réaliser l’exécutant doit être un homme. Un vrai, un père viril qui ne se laissera pas intimider par une femme.</p>
<p> </p>
<p><iframe loading="lazy" title="Tests de paternité traditionnels" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/Bcg8uWC8YFc?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Si cette pratique sanguinaire peut détruire la vie d’un enfant innocent, pour Jean Robert*, il n’est rien d’autre qu’un procédé de vérification visant à établir la vérité dans une situation de doute, car, quelques années plus tard, l’originaire des Cayes affirme avoir effectué le même teste avec ses quatre autres enfants de sa nouvelle compagne, aucun d’eux n’est décédé. « Et je vis avec eux jusqu’à présent ainsi qu’avec ma nouvelle compagne » conclut-il.</p>
<p>Si Jean Robert* pense avoir raison dans sa pratique, des spécialistes médicaux soulignent que ces genres de pratiques ne sont pas sans conséquences sur la santé d’un nouveau-né ayant été victime d’inoculation involontaire du sang de son père biologique ou d’un présumé-père.</p>
<p><strong>Boire du sang : entre superstition et risques sanitaires</strong></p>
<p>« C’est une connaissance qui provient des lois Ginen. Ce sont eux qui nous dictent le chemin de la lumière et de la vie » dit le marchand. Ne voulant pas tout dévoiler devant la caméra, le commerçant avoue que sa recette traditionnelle de test de paternité s’effectue dans un moment précis. En l’absence de la mère à la maison ou dans un moment qui ne doit pas éveiller les soupçons. Sinon, la moindre suspicion de la mère ou d’une autre personne sur une telle action dans le foyer entraînera probablement une discorde indéfinie voire même une séparation automatique, des plaintes judiciaires et pire une étiquette de ‘’sorcier’’ par la société.</p>
<p>« J’ai appris les rituels dans un livre, j’estime que ce sont des connaissances anciennes qui doivent être transmises afin de faire perdurer la pratique et préserver la dignité et l’honneur des pères.. Un jour je dirai à mes enfants de tout faire pour ne pas être victime de ‘’kout piti ‘’», soutient Gérôme pour sa part.</p>
<p>Ces modes de pratiques immergées dans la superstition trainent souvent après elles des dégâts sanitaires désastreux, du moins irréparables.</p>
<p><iframe loading="lazy" title="Tests de paternités traditionnels - Partie 4" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/z0e6X91taY8?start=1&feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Le médecin généraliste Lizardo Saint Luc n’en revient pas en analysant les risques que charrie une telle pratique. Le scientifique parle de « vampirisme clinique » dans ce cas et évoque des risques d’infections chroniques comme le VIH, l’hépatite B entre autres… qui peuvent conduire le bébé à la tombe par la suite. Le médecin originaire des Gonaïves décline l’explication faisant croire que le sang ingurgité par l’enfant peut le tuer sur-le-champ ou quelques heures après s’il n’est pas celui de son père biologique, et avance de préférence que c’est une maladie sous-jacente qui peut tuer le nouveau-né si le sang est contaminé.</p>
<blockquote><p><strong>« C’est comme une sentence que le père biologique ou le présumé géniteur inflige à l’enfant qui est innocent, estime le médecin. Le professionnel de santé déconseille les pères à ne pas s’adonner à une pareille pratique qui frôle le vampirisme et les encourage à avoir recours à un test ADN qui est non seulement sûr, mais protégera aussi ce dernier des infections récurrentes qu’il peut attraper lors de l’inoculation du sang».</strong></p></blockquote>
<p><strong>Le test ADN, un luxe en Haïti en dépit de la subvention prévue par la loi</strong></p>
<p>Sur le site du cabinet médical ‘’médlab haiti.com /price/’’, pour effectuer un test de paternité à partir de l’Acide désoxyribonucléique (ADN), un parent doit débourser 23 milles gourdes soit 230 dollars US ou 203,19 euros. Une somme à l’apparence faramineuse pour des parents qui vivent dans un pays où le Pib/Habitant est de 697 dollars us ou 536,15 euros. Alors que, dans les dispositions légales la loi d’avril 2012 promulguée en juin 2014 sur la paternité, la maternité et la filiation, prévoit que le test de l’ADN doit être subventionné par l’Etat.</p>
<p>Philistin*, Gérôme*, Roro ainsi que Jean Robert* prennent à contre-pied l’idée de faire un test ADN pour vérifier le lien paternel. D’ailleurs, ils voient dans le coût de celui-ci une barrière infranchissable et de surcroit n’ont pas totalement foi dans le procédé médical.</p>
<blockquote><p><strong>Gérôme* est catégorique sur la question : « Je préfère donner à manger à ma femme au lieu de dépenser une aussi importante somme dans un test d’ADN », balance le père de quatre enfants qui dit accorder plus de foi à sa méthode traditionnelle qu’au test scientifique. « J’effectuerai le test avec mon sang autant que j’aurai des femmes qui enfanteront pour moi, » tance l’originaire de Pestel, commune de la Grand ’Anse ».</strong></p></blockquote>
<p><figure id="attachment_6371" aria-describedby="caption-attachment-6371" style="width: 720px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6371 size-large lazyload" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-1024x576.jpeg" alt="" width="720" height="405" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-1024x576.jpeg 1024w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-300x169.jpeg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-768x432.jpeg 768w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-640x360.jpeg 640w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-320x180.jpeg 320w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-480x270.jpeg 480w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38-960x540.jpeg 960w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-13.12.38.jpeg 1080w" sizes="auto" /><figcaption id="caption-attachment-6371" class="wp-caption-text">Illustration de Gérôme* ayant effectué sur ses enfants le test de paternité traditionnel avec du sang. Crédit Photo : Elie Prospère – IMEDIA</figcaption></figure></p>
<p>Même son de cloche du côté de Philistin qui émet de sérieux doutes sur le test à caractère scientifique et va jusqu’à évoquer une possible falsification de celui-ci. « La mère du bébé peut s’arranger avec un médecin pour me donner une soi-disant preuve scientifique de paternité alors qu’avec mon sang tout est certain », s’obstine celui qui croit détenir ce qu’il appelle les « grands secrets ». « Le test ADN est très coûteux, or celui-ci est gratuit, je préférerais dépenser cet argent pour une autre raison », pince Philistin d’un ton atone.</p>
<p><strong>S’occuper d’un enfant qui n’est pas biologiquement le sien, une honte…</strong></p>
<p>‘’Pater is est quem nuptiae demonstrant’’ littéralement traduit par : « L’enfant né dans un foyer a pour père le mari de sa mère » est cette formule juridique qui a été implantée dans les foyers haïtiens jusqu’à l’arrivée de la loi du 4 juin 2014. Cette loi toute nouvelle et méconnue ne supplante pas les prétentions des pères sur l’ancien principe. Alors que, s’en charger d’un enfant qui n’est biologiquement pas le sien est perçu comme une gifle, une déception par plus d’un au sein de la société haïtienne. Les hommes haïtiens refusant de passer pour la risée de tout le monde, pour un faible, à défaut du test d’ADN se débrouillent pour faire la lumière sur leur lien biologique avec un bébé.</p>
<p>« Imagine-toi que tu passes des années à entretenir un enfant croyant qu’il est ta progéniture et un jour soudainement, tu découvres qu’il n’a pas été le tien et ne le sera jamais, c’est un coup de poignard en plein cœur qu’on reçoit », raconte Jean Robert* comme s’il vivait la situation dans un rêve. Pour éviter ce qu’il nomme ‘’la grande surprise’’ le sexagénaire dit préférer faire son travail d’homme à la base qui consiste à passer le nouveau-né le test de sang. « C’est dur. C’est inénarrable, indicible la peine infligée par une ‘’kout-piti’’…», se plaint Jean Robert*.</p>
<p>Pour le sociologue Claude Edouard, une telle pratique s’inscrit dans la démarche de recherche de la vérité, ce qui est humain. Le professeur à l’Université d’Etat D’Haïti (UEH) parle de mythe pour expliquer l’acte, et croit que les mythes servent de béquilles à l’homme en absence de la raison, de la science et de la technique.</p>
<p>« Il faut aussi prendre en compte l’origine sociale de l’individu qui a recours à cette méthode traditionnelle et le regard critique que la société haïtienne projette sur un homme qui prend soin d’un enfant qui n’est sien, au mépris des rapports interpersonnels entre le présumé géniteur et l’enfant », souligne le professeur. « La femme qui trompe un homme dans ce sens n’est pas non plus « exempte des critiques de la société », renchérit le scientifique.</p>
<p><strong>Une violation de droit innommable</strong></p>
<p>La notion de paternité est une problématique qui a soulevé bien de différends au sein de la société haïtienne. La loi dans ses prorogatives a toutefois touché presque tous les aspects. Il existe en effet une procédure juridique pouvant permettre aux présumés pères de désavouer un enfant, il s’agit d’une ‘’action en désaveu de paternité’’.</p>
<p>Et l’article 293 du code civil dit clairement : « L’enfant conçu dans le mariage a pour père le mari. Néanmoins, celui-ci peut intenter une action en désaveu de paternité à n’importe quel moment au cas où des suspicions légitimes de croire qu’il ne s’établisse entre lui et un enfant aucun lien biologique. Auquel cas le désaveu de paternité ne peut se confirmer que par un test d’ADN (Acide-Désoxyribo-Nucléique) et consacré par un jugement rendu en matière urgente et passé en force de chose souverainement jugée. »</p>
<p>« Dès qu’un test de paternité est effectué en dehors de la procédure établie par la loi, il ne peut plus porter le nom de test de paternité. Et de plus donner du sang à boire à un enfant est puni par la loi et est considéré comme infanticide si le processus conduit à la mort » rappelle Me Wilgui Beucia, avocat senior au sein du cabinet Monferrier Dorval.</p>
<blockquote><p><strong>Me Beucia ajoute : « Si cette violation de droit conduit à la mort de l’enfant, il s’agirait d’un crime et l’auteur de l’acte devrait être poursuivi pour infanticide qui est pénalement réprimée par la loi haïtienne au niveau de son article 247. Et l’article précise que : Tout coupable d’assassinat, de parricide, d’infanticide ou d’empoisonnement sera puni de travaux forcés à perpétuité ».</strong></p></blockquote>
<p> </p>
<p><iframe loading="lazy" title="Tests de paternités traditionnels - Partie 5" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/NZIapjMJw-g?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>L’avocat Wilgy Beucia estime qu’il s’agit d’une mauvaise pratique, rappelle qu’il existe des provisions légales nécessaires pour tout présumé père qui veut s’assurer qu’un enfant est le leur. « La loi prévoit aussi des mesures visant à protéger les hommes qui seraient victimes de ‘’kout pitit’’ mais aussi pour punir toute femme qui auraient attribué sciemment un enfant à un homme à titre de père biologique alors que la personne désignée ne l’est pas », souligne l’homme de la basoche.</p>
<p>Jo-Ann Gargnier regrette que l’Etat haïtien se soit prononcé trop tard sur la question de paternité responsable dans un pays où très souvent les pères désertent et ce sont les mères qui remuent ciel et terre pour prendre soin des enfants.</p>
<p>La militante des droits humains déplore le fait que jusqu’à présent les autorités concernées ne prennent aucune disposition pour que le test ADN soit accessible à la petite bourse. Selon la directrice exécutive de ‘ENPAK’, une organisation versée dans la promotion des droits humains notamment les enfants et les personnes handicapées qui cite un rapport de l’IBERS (Institut de Bien Être Social et de Recherches) : « un test ADN coûte 500 dollars us, soit 441,97 Euros, une véritable chimère pour de nombreux parents alors que selon la loi de 2012, l’Etat devrait subventionner le test d’ADN pour les petites bourses, souligne Madame Gargnier. En plus du coût exorbitant du test, personne ne peut l’effectuer sans l’autorisation du Doyen d’un tribunal, ce qui constitue un coup de frein net à l’accès au test qui représente un luxe », se désole-t-elle.</p>
<p><figure id="attachment_6372" aria-describedby="caption-attachment-6372" style="width: 493px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6372 size-full lazyload" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-12.09.33.jpeg" alt="" width="493" height="808" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-12.09.33.jpeg 493w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/12/WhatsApp-Image-2021-12-31-at-12.09.33-183x300.jpeg 183w" sizes="auto" /><figcaption id="caption-attachment-6372" class="wp-caption-text">Illustration d’un prix de Test de paternité sur le site de la clinique medlab. Crédit Photo : Elie Prospère – IMEDIA</figcaption></figure></p>
<p>La titulaire d’ENPAK rappelle par ailleurs qu’Haïti a ratifié en 1994 la convention internationale relative aux droits de l’enfant, ce qui lui incombe la responsabilité de protéger leur droit contre vents et marées. Ladite convention stipule en son article 7 (sept) que : « L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevés par eux ».</p>
<p><iframe loading="lazy" title="Tests de paternités traditionnels - Partie 6" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/mjbfiaf8H4g?start=18&feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Pour contrer cette pratique assimilable à la sorcellerie punie par le code pénal haïtien en son article 281, Jo-Ann Gargnier préconise l’éducation de la population et l’application de la loi de 2014 faisant exigence à l’Etat d’allouer une somme pour financer les tests de paternité.</p>
<p>En attendant que l’Etat haïtien, les organisations de femmes et de droits humains et toutes les institutions concernées se dressent vent debout face à ces pratiques inhumaines et ignobles, chaque jour des milliers d’enfants continuent d’être contaminés, souillés, tués dans le silence le plus total par des pères et présumés-pères aux égos démesurés et parfois de simples trouillards qui redoutent le regard méprisant d’une société qui considère la « Kout Pitit » comme étant la mer à boire, un péché mortel passible de la « peine capitale ».</p>
<p><strong>Miwatson St-Jour (Journaliste)</strong></p>
<p><strong>Elie Prospère (vidéo et montage)</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p><strong><u>Notes et références </u></strong></p>
<ul>
<li>Rapport 2018 du MSPP sur le taux de natalité en Haïti (<a href="https://mspp.gouv.ht/site/downloads/Rapport%20Statistique%20MSPP%202018%20version%20web.pdf">https://mspp.gouv.ht/site/downloads/Rapport%20Statistique%20MSPP%202018%20version%20web.pdf</a>)</li>
<li>Code Civil Haïtien</li>
<li>Code Pénal Haïtien</li>
<li>Convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989</li>
<li>Site de la clinique médicale medelab</li>
<li>Le taux de change cité dans le texte a été effectué en fonction du taux fixé par la Banque de la République d’Haïti.</li>
</ul>
<p><strong>*Dans le cadre de ce travail, des noms d’emprunts ont été attribués à certaines personnes interviewées qui ne souhaitent pas révéler leur identité.</strong></p>
<p> </p>
<p> </p>
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<p> </p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>Covid-19 : Vacciner la population, un défi pour le MSPP</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Miwatson St Jour]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 Oct 2021 19:12:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Reportage]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
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					<description><![CDATA[La campagne de vaccination lancée par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) depuis le 16 juillet 2021, peine à être effective. Depuis son lancement, peu de gens ont été vaccinés si l’on tient compte des données disponibles. Sur les 500 000 mille doses offertes par les États-Unis, pour 250 000 mille personnes, seulement 27 mille ont reçu leurs deux doses jusqu’à mi-octobre, selon un rapport du MSPP. Cet état de fait s’explique de plusieurs manières selon les observations. Parmi elles, la réticence des citoyens à se faire inoculer le vaccin. Ces derniers très méfiants, redoutent...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La campagne de vaccination lancée par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) depuis le 16 juillet 2021, peine à être effective. Depuis son lancement, peu de gens ont été vaccinés si l’on tient compte des données disponibles. Sur les 500 000 mille doses offertes par les États-Unis, pour 250 000 mille personnes, seulement 27 mille ont reçu leurs deux doses jusqu’à mi-octobre, selon un rapport du MSPP. Cet état de fait s’explique de plusieurs manières selon les observations. Parmi elles, la réticence des citoyens à se faire inoculer le vaccin. Ces derniers très méfiants, redoutent les effets indésirables. En effet, vacciner la population se révèle un défi de taille pour les autorités sanitaires du pays.</strong></p>
<p><strong>Réticence des citoyens, quelles en sont les raisons?</strong></p>
<p>Il n’est un secret pour personne. Une grande majorité de la population haïtienne est sceptique à l’idée de se faire vacciner pour se préserver contre le coronavirus. Certains boudent tout carrément le liquide médical. D’autres le rejettent d’un revers de main. Le vaccin tue, rend stérile, paralyse, détruit les reins, accusations qu’on entend à longueur de journée, portées contre le médicament. Professionnels, étudiants, citoyens lambda… cette mauvaise perception du vaccin anti-COVID traverse toutes les couches sociales du pays. Les raisons avancées pour expliquer leur entêtement à se faire vacciner sont multiples et varient d’un citoyen à l’autre.</p>
<p>Géralda Raymond est enseignante. Elle n’entend pas prendre le vaccin. « Je refuse de me faire injecter le vaccin. Car selon mes constats, ce dernier n’épargne en rien. Des gens vaccinés contractent le virus et meurent malgré tout » lâche la normalienne. Elle croit également qu’il s’agit d’un piège des puissances mondiales qui veulent nous prendre, dit-elle, dans leur filet. « Mon petit doigt me dit que le vaccin est leur arme pour réduire le taux de natalité et la population mondiale », s’obstine-t-elle.</p>
<p>Même son de cloche du côté de Solon Anderby, étudiant en anthropo-sociologie à la Faculté d’Ethnologie, qui lui, s’interroge sur le mobile du vaccin. « Pourquoi les européens refusent le vaccin? Pourquoi ils font pression sur nous pour l’accepter? Je sens qu’il y a anguille sous roche », conclut l’ethnologue en gestation. Mirlande pour sa part voit dans la dose médicale une bête noire. Un poison lent qui détruit à petit feu. « J’entends dire que tous les gens vaccinés mourront dans deux ans, et le vaccin rend stérile, confie la commerçante, la mine grise. Je ne le prendrai pour rien au monde », martèle-t-elle, chassant une nuée de mouches s’abattant sur ses morceaux de « poulets décolorés ».</p>
<p>Kenken anisi connu, est chauffeur de taxi moto. Juché sur son engin, l’air grave et pensif. Le jeune garçon de 24 ans prend à contre-pied toute idée de se faire vacciner. « Même dans mes rêves, je refuserai le vaccin », lance-t-il, catégorique. Nous n’avons pas un problème de vaccin, le coronavirus nous aurait tous tué s’il était fait pour les haïtiens », lâche-t-il. Kenken fustige au passage la passivité des autorités qui ne font rien pour que le carburant soit disponible sur le marché local qui pour lui, est un problème réel.</p>
<p> </p>
<blockquote class="twitter-tweet">
<p dir="ltr" lang="ht">20 Oktòb 2021<br />
Men ki kote ou ka al pran vaksen COVID-19 la nan peyi Dayiti<a href="https://twitter.com/hashtag/VaksenAnGratis?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#VaksenAnGratis</a> <a href="https://twitter.com/hashtag/Annalvaksinen?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#Annalvaksinen</a><a href="https://twitter.com/hashtag/MeteKachnen?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#MeteKachnen</a><a href="https://twitter.com/hashtag/LAveMenNou?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#LAveMenNou</a><a href="https://twitter.com/hashtag/3PaDistansYounL%C3%B2t?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#3PaDistansYounLòt</a><a href="https://twitter.com/hashtag/MSPPHaiti?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#MSPPHaiti</a> <a href="https://twitter.com/hashtag/UCRP?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#UCRP</a> <a href="https://t.co/uPiOzA5dxL">pic.twitter.com/uPiOzA5dxL</a></p>
<p>— MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE ET DE LA POPULATION (@MsppOfficiel) <a href="https://twitter.com/MsppOfficiel/status/1450893831591825411?ref_src=twsrc%5Etfw">October 20, 2021</a></p></blockquote>
<p><strong>Ceux qui acceptent de se faire vacciner…</strong></p>
<p>D’autres citoyens pourtant, volontiers, sans contrainte aucune, ont décidé de prendre le vaccin. Ils y voient dans ce geste, un acte de responsabilité et de citoyenneté. Du nombre: Thénive Antoine, infirmière en santé communautaire. Elle dit avoir pris les deux doses pour se prémunir contre les formes graves du virus, mais également pour protéger son entourage. « Vacciner n’est qu’une simple formalité, c’est comme se faire injecter n’importe quel autre médicament, il n’y a rien d’anormal », indique la professionnelle de santé.</p>
<p>Une idée partagée par Angelore Raymond, gestionnaire et entrepreneure. La trentenaire dit s’être fait vacciner de son plein gré, sans idées préconçues sur le médicament. « Je ne vois aucune anomalie dans le vaccin, c’est comme tout autre vaccin », soutient-elle d’un ton ferme. « J’encourage tous mes proches et la population à prendre le vaccin pour se préserver contre le variant Delta qui est plus violent selon les experts », prêche la patronne de YOLA. Edvar Polynice, psychologue clinicien est du même avis. Malgré l’inquiétude de sa famille et de quelques amis, il s’est quand même fait vacciner, voulant lancer un signal clair à ces derniers.</p>
<p><figure id="attachment_6200" aria-describedby="caption-attachment-6200" style="width: 478px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-6200 size-full lazyload" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/10/WhatsApp-Image-2021-10-30-at-1.49.40-PM.jpeg" alt="" width="478" height="495" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/10/WhatsApp-Image-2021-10-30-at-1.49.40-PM.jpeg 478w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/10/WhatsApp-Image-2021-10-30-at-1.49.40-PM-290x300.jpeg 290w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/10/WhatsApp-Image-2021-10-30-at-1.49.40-PM-24x24.jpeg 24w" sizes="auto" /><figcaption id="caption-attachment-6200" class="wp-caption-text">Jean jean Roosevelt, Ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF prenant sa 2e dose de vaccin à l’Hôpital La Paix de Delmas 33.</figcaption></figure></p>
<p><strong>Vacciner la population haïtienne n’a pas toujours été chose aisée</strong></p>
<p>À chaque épidémie, à chaque nouvelle vague de contagion qui nécessite une intervention vaccinale à grande échelle, toujours un combat. Le début n’est jamais aisé. Les gens refusent toujours au départ de se laisser vacciner, à en croire Thénive, qui traîne derrière elle plus d’une décennie d’expérience dans le milieu médical. Elle relate pour preuve, ce cas de figure en 2015 avec l’apparition du vaccin Pentavalent qui combattait la diphtérie, la coqueluche, le tétanos (DTC), l’hépatite B et Haemophilus influenzae type B (Hib).</p>
<blockquote><p><strong>Selon une enquête menée en avril 2021 par le groupe « Saftek Reasearch », fournisseur de service de recherche et d’analyse, 76% d’haïtiens n’entendaient pas se faire vacciner contre 9% seulement qui l’accepteraient. Une étude qui avait été menée sur un échantillon final de 561 participants, âgés d’au moins 15 ans. Les femmes seraient plus récalcitrantes. Car 80% d’elles contre 72% d’hommes aurait rejeté l’idée de se faire vacciner contre la Covid-19. L’enquête de « Saftek Research » a aussi révélé que les gens éduqués seraient plus opiniâtres vis-à-vis du vaccin. 17% d’entre eux dépassant le secondaire l’accepteraient, contre 22% qui n’ont pas fait le secondaire.</strong></p></blockquote>
<p>De l’avis du professeur de sociologie à l’Université d’État d’Haïti, Michel Accacia, les haïtiens développent de plus en plus une méfiance face à la gratuité et au désintéressement. Ce qui pourrait expliquer leur rébellion. « Nombre d’haïtiens, en particulier ceux des couches sociales défavorisées économiquement, interprètent l’offre de vaccination comme un don qui se voudrait être désintéressé, et y voient un piège », soutient l’auteur de  » Historicité et structuration sociale en Haïti « .</p>
<blockquote class="twitter-tweet">
<p dir="ltr" lang="ht">Bilan Vaksinasyon COVID-19 jounen 13 pou rive 18 oktòb 2021 an nan peyi Dayiti.</p>
<p>Mwen vaksinen, ou vaksinen, nou tout pwoteje ! <a href="https://twitter.com/hashtag/VaksenAnGratis?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#VaksenAnGratis</a> <a href="https://twitter.com/hashtag/Annalvaksinen?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#Annalvaksinen</a><a href="https://twitter.com/hashtag/ToujouLaveMenNou?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#ToujouLaveMenNou</a><a href="https://twitter.com/hashtag/ToujouMeteKachnen?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#ToujouMeteKachnen</a><a href="https://twitter.com/hashtag/ToujouBay3PaDistans?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#ToujouBay3PaDistans</a><a href="https://twitter.com/hashtag/MSPPHaiti?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#MSPPHaiti</a> <a href="https://twitter.com/hashtag/UCRP?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#UCRP</a> <a href="https://t.co/gtKqyF8M3E">pic.twitter.com/gtKqyF8M3E</a></p>
<p>— MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE ET DE LA POPULATION (@MsppOfficiel) <a href="https://twitter.com/MsppOfficiel/status/1450846579561279493?ref_src=twsrc%5Etfw">October 20, 2021</a></p></blockquote>
<p><strong>Qu’en est-il du vaccin MODERNA?</strong></p>
<p>Le vaccin Moderna a été approuvé par l’OMS après de minutieuses études menées par un groupe d’experts internationaux indépendants. Ce dernier a été aussi évalué par plusieurs agences de régulation nationales, dont celle d’Haïti. Évaluations qui ont montré que le vaccin est sûr. Qu’il n’a rien à craindre, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Moderna s’administre en deux doses entre 28 jours. Toute personne âgée d’au moins 18 ans ne présentant pas antérieurement de réactions allergiques à l’un des composants du vaccin, peut être vaccinée. Les femmes enceintes ne sont pas exclues. Au contraire, face aux risques élevés auxquels elles sont exposées en raison de leur grossesse, les femmes portant un bébé y figurent en tête de liste des personnes vulnérables aux complications liées à la Covid-19. Elles sont comptées parmi les premières personnes à vacciner.</p>
<p>Après l’injonction, quelques effets indésirables peuvent s’en suivre. Comme une légère fièvre, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, frissons, diarrhée et douleur au point d’injection. Effets qui peuvent être vite gérés, sans difficultés. Il suffit d’un peu de repos, de liquide non alcoolisé, du paracétamol, de l’acétaminophène pour les effets typiques. Toutefois, l’OMS n’écarte pas la possibilité d’effets secondaires graves et durables, ce qui est rarissime, relativise l’organisme. Car le vaccin Moderna fait montre d’une efficacité qui avoisine les 92%, rassure l’OMS.</p>
<blockquote class="twitter-tweet">
<p dir="ltr" lang="ht">N ap tann ou samdi 16 ak dimanch 17 oktòb pou w vin pran vaksen pa w la nan palè minisipal dèlma. Se pi bon mwayen pou w bare <a href="https://twitter.com/hashtag/kowonaviris?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#kowonaviris</a>.<a href="https://twitter.com/hashtag/MSPPHaiti?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#MSPPHaiti</a><a href="https://twitter.com/hashtag/UCRP?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#UCRP</a> <a href="https://twitter.com/hashtag/UCNPV?src=hash&ref_src=twsrc%5Etfw">#UCNPV</a> <a href="https://t.co/XhIngrrJuy">pic.twitter.com/XhIngrrJuy</a></p>
<p>— MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE ET DE LA POPULATION (@MsppOfficiel) <a href="https://twitter.com/MsppOfficiel/status/1449407250813095939?ref_src=twsrc%5Etfw">October 16, 2021</a></p></blockquote>
<p><strong>Le Coronavirus, encore et toujours une bête noire pour la planète…</strong></p>
<p>Le coronavirus est peut-être le virus le plus mortel des trois dernières décennies. Le virus qui aurait été découvert en Chine à wuhan, petite ville située à 850 kilomètres à l’ouest de Shanghaï par le médecin Li Wenliang en janvier 2019, s’est propagé à la vitesse de la lumière et a déjà décimé des centaines de millier de vies sur la planète.</p>
<blockquote><p><strong>Plus de 236 millions 232mille 480 cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués, 4 millions 822 mille 267 morts ont été recensés à travers le monde depuis le début de la pandémie, selon un rapport de l’AFP. En Haïti Les chiffres font état de 23 mille 468 cas de contamination et 658 décès selon un rapport de l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS).</strong></p></blockquote>
<p>Après les deux premiers cas annoncés en mars 2020, les dirigeants haïtiens ont eu toutes les peines du monde à faire appliquer les restrictions sanitaires, annoncées pourtant tambour battant.</p>
<blockquote><p><strong>Le lavage des mains, distanciation physique, port du masque, confinement, entre autres mesures ont été minorées et ignorées par une bonne partie de la population. Alors que les dangereux variants Delta et MU qui circulent sur le territoire depuis le 16 septembre dernier, se propagent comme un éclair dans les organes, à en croire les spécialistes.</strong></p></blockquote>
<p>Entre temps, le pays s’enlise dans une crise socio-politique presque sans repères, et s’enfonce vers l’inconnu. Ajouter à cela, une situation sécuritaire délétère, qui vient compliquer la tâche pour le MSPP. La gestion de la pandémie est reléguée aux confins. La campagne vaccinale est piétinée. Pour comble, les autorités sanitaires se heurtent à l’obstination et à la méfiance des citoyens à prendre le vaccin, désormais d’ordre mondiale. Soulignons que jusqu’au 25 septembre 2021, Haïti se trouvait au bas du classement vaccinal des pays de l’Amérique avec un taux de vaccination de 0,37%, selon « Our World in Data ». Notons également que les doses Moderna, don des États-Unis d’Amérique, arrivent à expiration ce mois de novembre.</p>
<p><strong>Miwatson St-Jour</strong></p>
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		<title>Haïti : À la rencontre des filles vendues</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc Evens Lebrun]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Oct 2020 02:04:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Alantran]]></category>
		<category><![CDATA[Artibonite]]></category>
		<category><![CDATA[filles]]></category>
		<category><![CDATA[mineurs]]></category>
		<category><![CDATA[Verrettes]]></category>
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					<description><![CDATA[Aux Verrettes, commune d’Haïti, une vielle « coutume » baptisée « Alantran » autorise des hommes à verser à des parents des sommes variées entre dix mille et vingt mille gourdes (soit 92 à 185 euros) pour avoir une jeune fille de 17 à 21 ans voire une fillette de 14 à 16 ans à titre de concubine ou épouse. Cette pratique créée des remous au sein des institutions qui œuvrent pour la protection de l’enfance en Haïti. Une course en voiture, une autre à motocyclette et une dernière à cheval… le trajet qui sépare Port-au-Prince (capitale d’Haïti) à « Démarré », localité située...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Aux Verrettes, commune d’Haïti, une vielle « coutume » baptisée « Alantran » autorise des hommes à verser à des parents des sommes variées entre dix mille et vingt mille gourdes (soit 92 à 185 euros) pour avoir une jeune fille de 17 à 21 ans voire une fillette de 14 à 16 ans à titre de concubine ou épouse. Cette pratique créée des remous au sein des institutions qui œuvrent pour la protection de l’enfance en Haïti.</strong></p>
<p>Une course en voiture, une autre à motocyclette et une dernière à cheval… le trajet qui sépare Port-au-Prince (capitale d’Haïti) à « Démarré », localité située dans la commune de Verrettes, département de l’Artibonite. Pour se hisser vers le sommet, il faut escalader des montagnes rocailleuses. Ce coin d’à peu près 2 mille 642 habitants, porte la naissance de l’un des plus grands présidents d’Haïti au 20<sup>e</sup> siècle : Dumarsais Estimé (16 août 1946 – 10 mai 1950). Ce n’est pas tant cette mémoire fascinante qui créé l’attraction, mais plutôt une forme de transaction économico-sexuelle ponctuelle qui s’impose à l’attention. Cet échange, préalablement négocié par les habitants de la zone, porte le nom d’« Alantran ».</p>
<p>N’étant pas homogène, elle est définie par certains pratiquants comme étant une coutume à part entière, qui facilite la reproduction sociale dans une union basée sur le concubinage. Le processus veut que les parents de la jeune femme reçoivent une compensation sous forme de dot. D’autres la voient comme étant une modalité coutumière, autorisant l’union des jeunes filles, mineure ou non, avec des hommes adultes d’une manière préalablement négociée, avec ou sans leurs consentements, moyennant qu’une compensation pécuniaire provenant des hommes soit versée aux parents de la jeune fille.</p>
<p>Selon les témoignages recueillis, certains parents échangent leur fille ou fillette à des hommes à des taux d’intérêt variables. À la base de cette transaction, deux motifs : d’abord l’idée de perpétuer une tradition régionale ; ensuite, l’ambition de tirer bénéfice sur la sexualité de leur enfant pour pouvoir faire face à des difficultés économiques cuisantes. C’est pratiquement la vente aux enchères d’impubères dépourvues de toute maturité sexuelle et de toute faculté de consentement.</p>
<p><strong>Témoignages poignants des victimes</strong></p>
<p>Dans des maisonnettes faites de boue, de chaux vive, et de bois, des (filles-mères) tentent d’inventer une vie dans un environnement montagneux où l’altitude chasse le qualificatif « tropical » d’Haïti avec des brouillards.</p>
<p>Resimène Jacques, fille-mère qui venait d’avoir l’âge adulte en avril 2019, allaite son garçon de 19 mois qu’elle a mis au monde à l’âge de 17 ans. Originaire de la localité de Démarré, Jacques explique la procédure qui l’a conduite à être mère. « J’avais 17 ans, un 17 juin, quand des hommes se sont débarqués chez mes parents avec la somme de quinze mille (15 000) gourdes (soit 138 euros) pour faire la demande de leur fille», raconte-t-elle.</p>
<p>Cette date fatidique (17 juin) marque le jour où son sort a été scellé et son « Alantran » négocié entre les parents de son actuel mari et les siens. « Je fais le décompte de la somme et je l’ai remise à ma mère avant de sombrer, quelques mois plus tard, dans les bras du jeune homme avec lequel je cohabite aujourd’hui », explique-t-elle.</p>
<p><figure id="attachment_4933" aria-describedby="caption-attachment-4933" style="width: 1080px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/10/Jaques-Resimene-Alantran.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-4933 lazyload" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/10/Jaques-Resimene-Alantran.jpg" alt="" width="1080" height="649" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/10/Jaques-Resimene-Alantran.jpg 1080w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/10/Jaques-Resimene-Alantran-300x180.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/10/Jaques-Resimene-Alantran-1024x615.jpg 1024w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/10/Jaques-Resimene-Alantran-768x462.jpg 768w" sizes="auto" /></a><figcaption id="caption-attachment-4933" class="wp-caption-text"><em><strong>A Démarré, cette jeune femme victime de la pratique « Alantran » allaite son fils de dix mois/ Photo et vidéo : Steven Aristil</strong></em></figcaption></figure></p>
<p>À l’instar de Resimène Jacques, qui est l’une des rares jeunes filles de la section communale à atteindre la 6e année fondamentale, Alcius Eliamène Joisius, 19 ans, est mère d’un enfant. En octobre 2017, lorsqu’elle avait 17 ans, son actuel mari, Arnold Filius avait versé dix mille gourdes (soit 92 euros) à Macilia Pierre, sa mère, afin qu’Alcius Eliamène Joisius soit devenue sa femme. Trop contente, la mère de la jeune fille qui elle-même a été baptisée dans le rituel d’Alantran, a livré la fillette à l’homme qui l’a engrossé la même année avant de se rendre en République Dominicaine pour se faire une place dans les « Batey* » à titre de « bracero* ».</p>
<div></div>
<p> </p>
<p>Mélius Michelose, une autre victime de cette pratique, ne peut pas préciser avec exactitude son âge. Faute de document d’identité. Elle croit avoir 17 ou 18 ans, alors que certains de ses proches pensent qu’elle a une année en moins. Dans un taudis exigu, la jeune femme élève son garçon de 15 mois, né dans les mêmes circonstances. Pour son union avec son actuel conjoint, l’homme avait versé 20 mille gourdes (soit 185,25 euros) à ses parents, raconte-t-elle. « Ils ont apporté l’argent en mon nom tout comme cela a été le cas pour ma grande sœur âgée aujourd’hui de 21 ans », explique Mélius Michelose qui est née dans une famille où la pratique Alantran se propage.</p>
<p>Celiphète Célimène, âgée aujourd’hui de 33 ans, mère de 4 enfants, se souvient elle aussi de son « achat » par son actuel conjoint en 2003. Elle avait 17 ans à l’époque et était en troisième année fondamentale. Son mari, inconnu de l’époque, avait offert 15 000 gourdes (138 euros) à sa mère. Mineure, elle ne faisait qu’obéir aux ordres de ses parents, selon ce qu’elle raconte. « Je ne le connaissais pas, je ne l’aimais pas non plus », avoue-t-elle à propos de son actuel mari. « Après le versement, nous avons commencé à nous rencontrer, et aujourd’hui il est le père de mes 4 enfants », explique-t-elle avec un air de désolation.</p>
<p>Si les quinze ou vingt mille gourdes sont perçues comme une forme de dommage-intérêt par les familles des jeunes femmes, la somme est perçue comme le ‘’prix d’achat’’ de ces dernières par les hommes.</p>
<p><b>Des filles se rebellent contre cette pratique</b></p>
<p>Elles portent les mêmes prénoms, mais viennent de famille différente. Leurs histoires d’Alantran, teintées de rébellion, sont connues de toute la localité de « Démarré ». Pierre Jislène ignore son âge, mais fixe le nombre de ses années à 30. En 2017, elle avait désigné par hasard la date du 14 septembre 1989 pour celle de sa naissance afin de faire l’acquisition de son acte de naissance. Sa mésaventure avec la pratique « Alantran » la laisse, désormais, une étiquette de « sorcière » dans son entourage.</p>
<p>Vers la fin de 2006, alors qu’elle supposait avoir 17 ans, les parents de Jislène l’ont envoyé chez un monsieur avec lequel elle devrait partager un toit marital. Belliqueuse, elle raconte avoir tout de suite refusé cette union forcée pour laquelle la personne en question avait payé 3 500 gourdes (32 euros). Elle confrontait au dilemme de quitter la maison ou de cohabiter avec le Monsieur. Le 15 janvier 2007, Jislène Pierre dit avoir laissé sa maison de force pour se rendre à celle de son compagnon pour l’exécution de tâches ménagères.</p>
<p>Dans la foulée, elle raconte qu’elle refusait toute forme d’intimité avec cet homme. Un refus qui lui a coûté de sérieuses réprimandes auprès de ses parents. « Je ne voulais pas de lui », dit-elle avec dédain. « Du coup, je n’ai jamais couché avec lui en dépit des menaces et des agressions sexuelles à répétition dont j’en ai été témoin ».</p>
<p>En 2008, ledit monsieur, maladif, décède suite à une articulation inflammatoire. Soupçonnée par les membres de la famille de son concubin d’être l’auteur de ce décès, Jislène Pierre dit avoir été étiquetée de sorcière par ces derniers. Selon eux, l’homme a été décédé à la date exacte qui coïncide avec la première année de Jislène sous l’habitat de son « acheteur ».</p>
<div></div>
<p> </p>
<p>Jislène Moncius quant à elle, est plutôt connue pour son refus catégorique d’un certain « Odma », qui excède son âge. Âgée seulement de 17 ans, Odma avait offert 30 000 gourdes (277 euros) à sa mère en avril 2019. Elle voulait que la petite, encore en quatrième année fondamentale, soit devenue sa concubine. Effrayée par la nouvelle, Jislène Moncius qui dit avoir désobéi à ses parents, déclare avoir pris la poudre d’escampette le jour de son transfert chez son potentiel « concubin-acheteur ». « J’ai fugué chez ma tante le jour même de la cérémonie (Alantran) », raconte-t-elle.</p>
<p>Si pour certaines fillettes Alantran est la meilleure façon d’honorer une jeune fille de la localité, pour Jislène, qui est en quatrième année à l’école Baptise Conservatrice de « Démarré », rien ne la motive que son éducation. « Je préfère continuer avec mes études », argue-t-elle avec fermeté. Son rêve le plus cher c’est de terminer ses études classiques pour, ensuite, entamer des études supérieures.</p>
<p>Indigné face à cette pratique dégradante, le propriétaire de son établissement scolaire, Pierre Wistin, un résident de la zone, appelle à la solidarité citoyenne afin de combattre et bannir cette pratique.</p>
<p><strong>Des autorités locales s’indignent, d’autres s’engagent</strong></p>
<p>« Cette pratique existe depuis fort longtemps dans la localité », témoigne ce dernier qui avoisine aujourd’hui la soixantaine. L’homme se rappelle, dans son enfance, que le montant des échanges variait entre 1,500 gourdes à 2,000 gourdes (13 jusqu’à 18 euros), mais impliquait uniquement des adultes autour d’une tradition assimilée à un régime dotal. « La présence des mineures rend la pratique obscène », pince-t-il.</p>
<p>Un auxiliaire du Conseil d’Administration de la Section Communale (CASEC), appelé couramment « Aide-CASEC », se dit conscient des dérives que peut provoquer la perpétuation de cette pratique. Avec son rôle de police communale de la localité, Ebert Alexandre souligne que la pratique porte des préjudices à double sens. Les enfants sont non seulement victimes d’une exploitation abusive de leurs droits, le pire, elles sont privées de toute liberté de se jeter dans une aventure sentimentale comme bon leur semble. « Un jeune garçon qui n’a pas les 10, 15 ou 20 mille gourdes pour offrir aux parents des jeunes filles, ne fréquentera jamais la fille qu’il désire, même s’ils s’aiment réciproquement », se désole-t-il.</p>
<p>Dans une approche plus soutenue, Joël Saintiphard, originaire de « Démarré », fruit de « Alantran », souligne aussi les possibles violations de droits que peut engendrer la pratique. D’après ce jeune enseignant, « Alantran » entrave sérieusement la vie des mineures, mais aussi handicape toute possibilité de développement dans la zone. Par souci d’engagement, le jeune enseignant qui dit être l’un des membres fondateurs de l’organisation MPDDL (Mouvement des Paysans de Démarré pour le Développement Local), promet d’œuvrer dans le domaine de l’éducation qui constitue un manque à gagner dans la zone.</p>
<p>« Les filles n’ont pas accès à l’éducation, elles nagent dans la pratique avec la plus grande espérance d’avoir un jour leur propre famille. En attendant le support des autorités locales, nous entamons d’ici peu une campagne de sensibilisation afin de les venir en aide », promet-t-il.</p>
<div></div>
<p> </p>
<p>Ramel Altidor, membre influent de ladite organisation, pense qu’il faudra une réelle volonté politique afin d’harmoniser le plan des organisations locales avec ceux des organisations non gouvernementales (ONG) et des institutions nationales. Éducateur et animateur social, il opte pour un changement de mentalité dans la zone. « Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain, a-t-il déclaré. Les acteurs qui œuvrent dans le domaine de la protection de l’enfance doivent définir un plan pour s’attaquer à ce problème qui, à mon avis est aussi un problème politique ».</p>
<p>Leader de la zone, M. Altidor attend la mise en place d’un plan d’action ainsi que des interventions des ONG comme le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) afin de matérialiser les engagements de MPDDL. Cet organisme, rappelle-t-il, compte donner sa contribution dans le domaine de l’éducation, l’accompagnement social, la sensibilisation ainsi que la prévention de la traite des personnes.</p>
<p>Dans une note publiée le 11 juillet 2019, Unicef avait déjà « condamné fermement les cas d’exploitation sexuelle sur mineurs rapportés en Artibonite ».</p>
<p><img decoding="async" src="https://loopnewslive.blob.core.windows.net/liveimage/sites/default/files/mjpGinJtmm.jpg" /></p>
<p><b>La République face à un défi majeur</b></p>
<p>Informé de la situation, le protecteur du citoyen et de la citoyenne en Haïti, Renan Hédouville, souligne que « ces pratiques sont dégradantes et enlèvent toute notion de dignité humaine aux victimes ». Le numéro 1 de l’Office de la protection du citoyen et de la citoyenne (OPC), dit regretter qu’après 215 ans d’indépendance, Haïti butte à de telles pratiques qui rappellent les souvenirs funestes de la traite négrière et du Code noir de 1685.</p>
<p>De son côté, le président du Comité Nationale de lutte contre la traite des personnes (CNLTP), André Ibréus, condamne avec véhémence cette violation flagrante des droits humains. Selon lui, « Alantran » est assimilée à la traite des personnes, et doit être réprimée. « Cette pratique fait resurgir une nouvelle forme d’échange d’être humain qui ressuscite, dans sa matérialisation, les pratiques coloniales du XVIIIe siècle ».</p>
<p>D’autant que la pratique dégage, à des degrés moindres, des similarités à la « traite des personnes » lorsqu’on se réfère à la loi du 2 juin 2014 (art. 1.1.1 ». La traite est ainsi définie : « le recrutement, le transport, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, par la fraude, la tromperie, par abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre à des fins d’exploitation ».</p>
<p>L’avocat de profession rappelle, par ailleurs, qu’Haïti a signé et ratifié une panoplie d’instruments internationaux dans le cadre du système onusien de protection des droits de l’homme interdisant la traite des personnes. Parmi eux, il cite : la Convention internationale du 30 septembre 1921 pour la répression de la traite des femmes et des enfants ; la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, esclavage, travail-forcé, trafic de personnes du 2 décembre 1949 ; la Convention relative au droit de l’enfant du 20 novembre 1989 ainsi que le Protocole facultatif à la convention relative aux droits de l’enfant concernant la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants du 25 mai 2000.</p>
<div></div>
<p> </p>
<p>Malgré cette batterie de textes juridiques qui exprime l’existence d’une prise de conscience théorique de la valeur inhérente des droits humains et le danger que représente la traite des personnes face à de tels droits, Haïti croupit sous le poids de la domesticité infantile (communément appelée Restavèk ou Reste avec). Mais aussi la traite transfrontalière, la traite des enfants en milieu institutionnel, puis, « Alantran », qui font d’Haïti un élève à surveiller dans la lutte contre la traite des personnes. D’ailleurs, le rapport du département d’État américain de 2019 sur la traite des personnes (TIP) fait état de 286 000 enfants vivant actuellement en situation de Restavèk, mentionne par ailleurs qu’Haïti demeure jusqu’ici un pays d’origine, de transit et de destination du trafic des êtres humains au niveau national et transnational.</p>
<p><b>En route vers d’éventuelles solutions</b></p>
<p>L’organisation non-gouvernementale « Lumos Foundation », qui vient de décrocher le 31 juillet dernier, un partenariat avec l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID), pour une durée de quatre ans (2019-2023), dit inclus déjà la pratique « Alantran » dans son plan d’action. Avec une enveloppe de 5,6 millions de dollars américains, l’ONG espère renforcer la capacité du gouvernement haïtien, des autorités locales et de la société civile à prévenir, reconnaître, et combattre la traite des personnes. D’ailleurs, des institutions étatiques notamment le CNLTP avaient fait la présentation le 31 juillet 2019, d’un document de politique publique, intitulé « Stratégie et plan national de lutte contre la traite des personnes 2017-2022 ». Son objectif principal c’est d’« inverser la tendance ».</p>
<p>Pour corroborer ce plan, le directeur de la fondation Lumos en Haïti, Eugène Junior Guillaume, propose déjà des stratégies à court terme ainsi que des mesures de solutions définitives à adopter. Un programme baptisé « Bâtir un Environnement Solide pour Éradiquer la Traite des Personnes – BEST », a été élaboré pour faciliter la mise en place d’un service de protection pouvant apporter toutes les assistances nécessaires aux victimes, particulièrement celles liées à leur réhabilitation.</p>
<p>Avec une stratégie 4P (Prévention, Protection, Poursuite et Prise en charge), le numéro 1 de la fondation britannique en Haïti compte apporter des réponses concrètes à ce fléau. « En faisant la prévention, nous essayerons de comprendre avec nos partenaires quelles sont les pratiques, les connaissances et les attitudes qui sont susceptibles de faciliter la traite », explique-t-il.</p>
<p>Pour la protection, il entend impliquer les acteurs communautaires afin de les former par le biais de messages directs. Parmi ces leaders, il cite expressément les leaders religieux qui ont un ancrage dans les milieux ruraux. La poursuite quant à elle se fera avec les organes étatiques ainsi que les différents ministères concernés par la répartition de la justice. Au niveau de la prise en charge, monsieur Guillaume entend accompagner les victimes à travers les travaux de la fondation. « Alantran est une pratique qui porte atteinte à la dignité des victimes », déclare-t-il.</p>
<p>Les institutions étatiques évoluant dans le domaine de la protection de l’enfance font des efforts incontestables. La contribution annuelle des bailleurs américains et canadiens au profit d’un tiers des orphelinats en Haïti s’élève à environ 100 millions de dollars américains. En dépit de toutes ces actions, Haïti cache encore des pratiques qui soulèvent de profondes interrogations sur les efforts  entreprendre dans la construction d’une société basée sur le respect des droits de la personne humaine.</p>
<p>Il y a de cela 215 ans, Haïti a combattu pour le respect des droits et de la dignité humaine. Il ne fait aucun doute que la traite des êtres humains, sous toutes ses formes, constitue une préoccupation majeure pour ce pays restaurateur de bien-être.</p>
<div></div>
<p><b>Marc Evens LEBRUN (journaliste)</b></p>
<p><strong>Luckenson JEAN (vidéographe)</strong></p>
<p><strong>Websder CORNEILLE (journaliste) </strong></p>
<p><b> </b></p>
<p><b>Référence et documents consultés</b></p>
<p><i>Le rapport de 2019 du département d’État Américain sur la traite des personnes dans le monde / (TIP) 2019.</i></p>
<p><i>Batey* : Un batey est un campement où vivent les coupeurs de cannes en République dominicaine</i></p>
<p><i>Bracero* : nom farouche donné aux travailleurs exerçant la coupe de canne en République Dominicaine</i></p>
<p><i>Le taux de change de l’Euro a été calculé en fonction du taux des banques commerciales d’Haïti rapporté par le site <a href="https://fr.exchangerates.org.uk/taux-de-change/HTG.html" target="_blank" rel="nofollow noopener noreferrer">https://fr.exchangerates.org.uk/taux-de-change/HTG.html</a>, en date du 12 décembre avec 1 EUR = 107.96</i></p>
<p><i>Musique de fond: Tristan Lohengrin / Time of solitude</i></p>
<p><strong>*</strong>Ce texte a été publié pour la première fois dans la presse <i>par le journaliste Marc-Evens Lebrun</i><i> le 15 Décembre 2019 sur le site du média en ligne <a href="https://www.loophaiti.com/content/haiti-la-rencontre-des-filles-vendues">Loop-Haïti.</a></i></p>
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            	</item>
		<item>
		<title>Violence basée sur le genre en Haïti : le calvaire des femmes</title>
		<link>https://imediaayiti.com/2020/09/12/violence-basee-sur-le-genre-en-haiti-le-calvaire-des-femmes/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Luckson SAINT-VIL]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Sep 2020 04:22:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Femmes]]></category>
		<category><![CDATA[Genre]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[Violence]]></category>
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					<description><![CDATA[Les femmes sont les principales victimes de la violence basée sur le genre. Elles en subissent partout et ailleurs. Les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèlent qu’une (1) femme sur trois (3) sera victime de violences physiques et/ou sexuelles au cours de son existence. Ces violences seraient liées à une discrimination fondée sur l’appartenance sexuelle et trouvent leurs racines dans les alliances sociales, qui établissent une suprématie des hommes sur les femmes. Coup de projecteur sur la réalité en Haïti. Farah, 25 ans, ronde, coupe de cheveux à la Tony Braxton est complètement exacerbée à chaque fois qu’elle raconte...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Les femmes sont les principales victimes de la violence basée sur le genre. Elles en subissent partout et ailleurs. Les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèlent qu’une (1) femme sur trois (3) sera victime de violences physiques et/ou sexuelles au cours de son existence. Ces violences seraient liées à une discrimination fondée sur l’appartenance sexuelle et trouvent leurs racines dans les alliances sociales, qui établissent une suprématie des hommes sur les femmes. Coup de projecteur sur la réalité en Haïti.</em></strong></p>
<p>Farah, 25 ans, ronde, coupe de cheveux à la <em>Tony Braxton</em> est complètement exacerbée à chaque fois qu’elle raconte cette expérience, pour le moins déplaisante. La jeune femme affirme qu’elle est constamment harcelée dans les rues par des hommes en raison de sa corpulence. Parfois, le ton change et devient menaçant quand elle fait fi des approches souvent teintées de propositions indécentes. Contrariée, Farah ne rate jamais l’occasion d’exprimer son ras-le-bol face à ces esprits sinueux, en mal de sexe facile et friands de rondeur. <em>« Ils pensaient pouvoir m’atteindre parce que je suis une femme, donc, vulnérable. Ils se sont trompés »,</em> martèle Farah, une pointe de colère dans sa voix. Elle dit avoir appris, avec le temps, à repousser ces harcèlements avec une fermeté mêlée d’une certaine hardiesse.</p>
<p>Outre le harcèlement et le viol, les femmes sont souvent victimes d’agressions physiques de la part de leur mari, conjoint ou compagnon. Gifles. Coup de poing. Coup de pieds. Morsures. Bastonnades. Carmène dépeint les atrocités que lui a fait subir son petit ami avec qui elle a passé une décennie. <em>« Je ne pouvais pas le dénoncer », </em>avoue-t-elle en secouant la tête. La voix flasque, le visage blafard la jeune dame nous raconte qu’elle avait honte des stigmatisations qu’elle pouvait être l’objet de la part des autres. Cette mère de deux fillettes nous confie que, ce qui la terrifiait le plus, ce sont surtout les représailles – venant de son bourreau – que pouvaient provoquer toute dénonciation. Toutefois, Carmène n’a été libérée des griffes de son agresseur qu’après le décès de celui-ci. Ce violent-conjoint, père de ses 2 filles, a été récemment tué dans un accident de la circulation, a-t-elle fait savoir.</p>
<p>L’histoire de Sinthia est tout aussi affligeante. La voix tremblotante, le visage crispé, les yeux pleins de rage, la jeune femme accepte de nous confier cette dure expérience. <em>« Je n’avais que 15 ans lorsque mon beau père m’a violée »</em>, raconte-t-elle l’air attristé, le regard vide. Aujourd’hui âgée de 26 ans, elle se souvient de l’horreur vécue, 11 ans de cela comme si c’était hier… Entre une respiration profonde et un sanglot, la jeune femme marmotte : <em>« sans gêne… ni scrupule… il a profité de mon innocence. J’aurais pu être sa fille ».</em> Les séquelles de ce traumatisme sont encore présentes dans sa mémoire. Sinthia révèle que jusqu’à date elle n’arrive pas à avoir une vie sexuelle épanouie.</p>
<p>En effet, les violences faites aux femmes peuvent prendre diverses formes telles que les agressions physiques (hématomes, fractures, plaies, etc), les agressions sexuelles (viols, attouchements, harcèlements, etc) ainsi que des agressions psychologiques (menaces, insultes, dénigrements, etc…) Les violences dont sont victimes les femmes sont aussi économiques. Le milieu du travail est un milieu qui nourrit ces abus et violences contre les femmes. <em>« En général, les femmes reçoivent un salaire inférieur par rapport aux hommes pour le même poste »,</em> déplore la directrice de Starup Grind Port-au-Prince, Daphnée Charles. Elle dénonce aussi le fait que, dans certaines entreprises privées et aussi dans la fonction publique, des promotions sont strictement réservées aux hommes. <em>« Du coup, ces femmes ont un accès limité aux ressources puisque leur capital financier est débalancé par rapport à celui des hommes »,</em> fait remarquer Daphnée Charles.</p>
<p><strong>La VBG, une domination socialement construite</strong></p>
<p>Dans beaucoup de sociétés, alors que le sexe se réfère à la différence biologique, le genre renvoie à la dimension culturelle des différences de comportement, de pratiques et de valeurs etc. Ainsi, dès la naissance d’un enfant mâle, il est guidé vers des valeurs dominantes socialement assignées à son sexe biologique. Comme par exemple : couleur bleue pour le petit garçon et le rose pour la petite fille; et aussi la société admet que les jeux des petits garçons doivent être différents de ceux des petites filles. C’est pour cela qu’on donne des fusils en plastique, des petites voitures ou des camions aux garçons, mais la petite fille, elle, se retrouve avec une poupée et un petit berceau, une maisonnette pour jouer à la maman. Ainsi, cette première image des rôles masculins et féminins est très déterminante pour l’enfant, et il tiendra bien évidemment à les reproduire.</p>
<p>Dans plusieurs autres domaines, c’est le même cas de figure. Dans les écoles, les enseignant(e)s abordent leurs élèves avec des attentes stéréotypées. Dans des matières jugées plus masculines, il y a moins d’interactions et d’encouragements envers les filles : <em>« les filles sont plus douées pour les langues, les garçons pour les mathématiques et la physique », </em>dit-on à tort. L’école est l’un des endroits où ces inégalités sociales sont déjà mises en place et anticipées. Et surtout à ne pas oublier que le masculin prime sur le féminin. Il pourrait y avoir 10 filles réunies et un seul garçon, en grammaire, il faut prioriser le masculin. C’est la règle. La règle de ceux qui écrivent les règles. De plus, il y a les stéréotypes qui laissent croire, notamment dans notre culture, que les garçons sont prioritaires quant à l’accès à l’éducation et à la poursuite des études au plus haut niveau, et aussi il y a des métiers qui ne sont pas faits pour le sexe féminin.</p>
<p>Dans la religion, dans les milieux de travail et dans le monde politique, cette construction sociale qui part de la différenciation sexuelle, établit des schémas selon lesquelles, les attributs, les rôles, et les espaces sont différents selon le sexe. Une vision du monde au service du mâle dominant qui crée et dresse un ensemble de barrières sociales qu’il faut à tout prix combattre.</p>
<p>Cette inégalité entre les deux sexes, est la plus ancienne, la plus répandue, la plus occultée aussi, et traverse presque toutes les civilisations et classes sociales. Cependant, il faut dire que la VBG, touche aussi les hommes. En effet, selon les données des fiches nationales d’enregistrement, en Haïti, de 2002 à 2011, les violences physiques ont touché 39% des hommes, et seulement 1% sont victimes des violences sexuelles. Cependant, les femmes et les filles restent les proies privilégiées des agresseurs.</p>
<p><strong>Pour sauter ces barrières sociales</strong></p>
<p>Si la violence basée sur le genre reste encore un sujet relativement tabou en Haïti, cependant l’ampleur de ces violences a des conséquences néfastes sur le développement psychique de l’être féminin. Le nombre des victimes est considérable, notamment à Port-au-Prince, capitale densément peuplée du pays.</p>
<p>Face à ce système machiste où les femmes subissent l’oppression, il faut absolument que la gente féminine aiguise leurs stratégies pour faire valoir leur droit et leur leadership. Pour cela, elles doivent poursuivre la lutte pour l’obtention de l’égalité homme-femme. Elles doivent participer au processus démocratique, avoir l’accès à l’éducation, à l’emploi, etc…</p>
<p>Si l’histoire relate que le droit de vote pour la femme a été octroyé en 1950 après de vifs mouvements de protestation, alors le combat pour une société plus égalitaire, doit se poursuivre avec pour leitmotiv « un engagement citoyen sans faille ».</p>
<p><strong>Daphney BLANC</strong></p>
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