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	<title>Rosny Ladouceur &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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	<description>Plus loin que l&#039;actualité</description>
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	<title>Rosny Ladouceur &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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		<title>PaP Jazz au Cap-Haïtien : le rideau est ouvert</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Rosny Ladouceur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jan 2023 19:42:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Cap-Haïtien]]></category>
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					<description><![CDATA[La Fondation Haïti Jazz a donné, hier vendredi, le coup d’envoi de la 16e édition de son festival qui se déroule dans la ville du Cap les 20,21 et 22 janvier. La flûtiste Maria Torro, le saxophoniste Martin Auguste et le batteur Damien Schmitt ont ouvert le bal, en plein air, jouant leur musique devant un parterre de journalistes, face à un public venu nombreux se divertir et se dégourdir les jambes au son de “Rara Pay Kawòt” Sur la route menant à la localité de Vaudreuil, comme au centre-Ville, des pancartes promotionnelles habillent deux ou trois murs et poteaux...]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>La Fondation Haïti Jazz a donné, hier vendredi, le coup d’envoi de la 16e édition de son festival qui se déroule dans la ville du Cap les 20,21 et 22 janvier. La flûtiste Maria Torro, le saxophoniste Martin Auguste et le batteur Damien Schmitt ont ouvert le bal, en plein air, jouant leur musique devant un parterre de journalistes, face à un public venu nombreux se divertir et se dégourdir les jambes au son de “Rara Pay Kawòt”</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la route menant à la localité de Vaudreuil, comme au centre-Ville, des pancartes promotionnelles habillent deux ou trois murs et poteaux électriques. De la bouche des motards, des marchands de rue et des riverains fusent le mot “Jazz”. Toute une ville entend parler d’un festival que Port-au-Prince, enclavée de gangs armés, n’a pas pu tenir l’an dernier en ces lieux habituels. Les “pays lock”, les tueries en cascades, les enlèvements et divers autres actes de banditisme, ainsi que la crise de carburant ont mis à plat entrepreneurs et opérateurs culturels. Ce climat de tensions socio-politiques avait conduit la Fondation Haïti Jazz à reporter l’événement, dans le souci de protéger la vie des musiciens et celle de toute l’équipe technique qui fait rouler la machine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comme s’il fallait qu’ils existent, qu’ils continuent de nous faire rêver et d’insuffler de l’espérance à tout une jeunesse à bout de souffle et qu’on pousse à l’exil, les organisateurs se sont résignés à le tenir, bon an mal an, en étalant leur programmation sur une période de trois jours, en guise de huit comme à l’accoutumée, avec un budget révisé à la baisse. Ils n’entendent pas déposer les armes, quoique le cachet des parraineurs et partenaires réduit, en raison de l’inflation galopante et du contexte socio-économique peu propice à l’investissement dans l’événementiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La FHJ a dû encore une fois trousser les manches, mobiliser sa batterie familière de partenaires pour organiser cet événement musical qui entend, cette année, rendre hommage à Toussaint L’ouverture, “symbole de liberté”, et saluer dans le même temps le départ d’Yves Renard, “Français d’origine qui a vécu pendant trente ans en Sainte-Lucie où il aura grandement contribué au succès d’un important festival comme le nôtre. Il fut un collègue-ami de la Fondation et a inlassablement défendu le Kreyòl jazz”, confie Miléna Sandler dans les coulisses de Lakay Restaurant.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>“Le Cap-Haïtien est la ville à laquelle tout Haïtien pense quand on prononce le mot patrimoine. Non seulement parce que s’y trouvent la Citadelle et Sans-Souci, classés patrimoine mondial de l’humanité depuis 1982, mais aussi parce qu’il abrite de nombreux autres sites dont le Fort Saint-Joseph récemment rénové”, a déclaré Emmelie Prophète, prenant la parole dans une vidéo (pre-recordée) diffusée sur grands écrans. “Le Cap-Haïtien méritait cet événement”.</strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Un événement qui a déjà conduit une palette d’artistes internationaux à fouler le sol haïtien pour y goûter à notre cuisine riche (au rang des meilleurs au monde), pour siroter notre rhum brun, pour dialoguer avec de jeunes artistes locaux à travers des ateliers. Des gloires du jazz, inscrites au panthéon de cette musique afro-américaine : beaucoup y sont passés. Brandford Marsalis, Sandra NKake, Gonzalo Rubalcaba, Célia Kaméni, Danilo Pérez, Dee Dee Bridgewatter, Christian Scott, Keny Garett, Laurent de Wilde, Etienne MBappe, etc. Bref, des monuments qui ont tous refusé de voir cette île laminée et appauvrie à travers les lunettes d’une presse étrangère à sensation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cette liste s’ajoutent une génération de musiciens reconnus, nés de parents originaires d’Haïti, qui ont sculpté dans le travail acharné et la patience une ample et belle carrière sur la scène internationale, comme c’est le cas de Jowee Omicil, saxophoniste programmé en tête d’affiche pour cette 16e édition. La Fondation regrette de devoir annuler son concert, “parce qu’il avait déjà fait un double-booking depuis mai en Guadeloupe avec les Biguine Jazz Collective”, a informé Milena Sandler, précisant qu’il est “impossible d’avoir deux artistes l’un après l’autre dans deux pays de la caraïbe à un jour près”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs représentants d’Amérique du Nord et du Sud, d’Europe, de Cuba et de République Dominicaine occuperont la scène du PaP Jazz et c’est Maria Torro, venue d’Espagne, Martin Auguste, du Canada (flanqué de l’envoûtante chanteuse Canado-Haitienne Mélissa Dauphin), ainsi que l’énergique batteur français Damien Schmitt qui ont tiré, hier vendredi, le rideau sur un univers musical tressé tour à tour de flamenco, de blues, de fusion, de samba, de rock mâtiné de compas, comme l’a illustré “San mele”, titre phare du répertoire de Zeklè, mythique groupe des années 80-90. Joël et Mushy, frères de sang et de son, l’ont repris, tout en laissant au fil du jeu le saxophone de Martin Auguste gémir dea mélodies coulantes dans un solo prégnant et finement ciselé, digne d’un apôtre de Trane.</p>



<blockquote class="twitter-tweet"><p lang="fr" dir="ltr">Au Cap-Haïtien, <a href="https://twitter.com/diploseb?ref_src=twsrc%5Etfw">@diploseb</a> participe au lancement de la 16ème édition de PAPJAZZ. 🇨🇦 poursuit fièrement sa longue tradition de soutien à cet événement musical spectaculaire en 🇭🇹 ! <a href="https://t.co/pwOXrmrOF6">pic.twitter.com/pwOXrmrOF6</a></p>— Canada en Haïti (@AmbCanHaiti) <a href="https://twitter.com/AmbCanHaiti/status/1616613361826893824?ref_src=twsrc%5Etfw">January 21, 2023</a></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">On n’oublie pas ce Mushy Widmaier, ce monstre du classique, voulant “traiter ses mélodies à la Bartók”, qui improvise et concocte mille et une variations sur le thème grivois “Ti sourit”, très cher au populaire tambourineur Azor dont il salue en permanence la mémoire sur fond d’habillage sonore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au flûtiste Maria Torro, native du Galicia (Madrid), c’est son flamenco natal qu’elle nous amène à dénicher dans son puisant dialogue installé entre son pianiste Jorge Castañeda et le batteur Andrís Litwin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre Torro, Auguste et Schmitt, il y a le “Rara Pay Kawòt” qui porte les festivaliers à se dégourdir les jambes, sous un ciel gracile au bord d’une mer dont la vague écumante n’a pas fini de cracher sur les rives des algues de déchets.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2023/01/WhatsApp-Image-2023-01-21-at-2.00.12-PM.jpeg" alt="" class="wp-image-7397 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2023/01/WhatsApp-Image-2023-01-21-at-2.00.12-PM.jpeg 1024w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2023/01/WhatsApp-Image-2023-01-21-at-2.00.12-PM-300x225.jpeg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2023/01/WhatsApp-Image-2023-01-21-at-2.00.12-PM-768x576.jpeg 768w" sizes="auto" /><figcaption>“Rara Pay Kawòt” au 16e édition du festival de Jazz de La Fondation Haïti au Cap-Haïtien &#8211; C.P Rosny Ladouceur<br></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">11h pile. Gròg Bar fut le dernier escale. Il le sera pour les Ahter Hours jusqu’à dimanche soir. Après avoir suivi les concerts gratifiés sur la grande scène, tous y affluaient pour écouter Friend’s band, ainsi que le jeune trompettiste Amazan Audoine, avant que ne soit déclaré ouverte la jam-session traditionnelle, ce grand moment de partage musical entre artistes d’ici et d’ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rosny Ladouceur</strong></p>
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		<title>Haïti : une école  dans la tourmente</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Rosny Ladouceur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Dec 2022 03:00:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Enquête]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[12 janvier 2010]]></category>
		<category><![CDATA[École]]></category>
		<category><![CDATA[Haïti]]></category>
		<category><![CDATA[l’Union des Normaliens Haïtiens (UNNOH)]]></category>
		<category><![CDATA[mauvaise gouvernance]]></category>
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					<description><![CDATA[À chaque explosion sociale qui porte les masses appauvries à cracher leur ras-le-bol sur le béton, l’école est le premier secteur à en pâtir. L’instabilité et la mauvaise gouvernance continuent de manger ses tripes. La fin des années 80 avait déjà sonné son déclin, aujourd’hui elle baigne dans la catastrophe. L’urgence est à la fois académique et thérapeutique, après toutes ces agressions et violences subies dans le pays. Le bilan est lourd et les défis immenses.  Mais les acteurs.trices se serrent les coudes pour redresser la barre. Le nez chaussé de lunettes, il enfile un t-shirt à rayures, nous reçoit...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>À</strong></em><strong> chaque explosion sociale qui porte les masses appauvries à cracher leur ras-le-bol sur le béton, <em>l’école est le premier secteur à en pâtir</em>. L’instabilité et la mauvaise gouvernance continuent de manger ses tripes. La fin des années 80 avait déjà sonné son déclin, aujourd’hui elle baigne dans la catastrophe. L’urgence est à la fois académique et thérapeutique, après toutes ces agressions et violences subies dans le pays. Le bilan est lourd et les défis immenses.  Mais les acteurs.trices se serrent les coudes pour redresser la barre.  </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nez chaussé de lunettes, il enfile un t-shirt à rayures, nous reçoit dans sa cour au calme troublé par des marchandes venues s’attrouper au haut de la rue Grégoire; à Pétion-Ville, avec leur sac de légumes frais. Patrice Dalencour nous sert une poignée de mains, du café et son sourire &nbsp;mutin. &nbsp;On tient rendez-vous avec un professeur de philosophie, passé au moule de l’instruction chrétienne chez les Frères de Saint-Louis de Gonzague, avant de se jeter dans les bras de&nbsp;l’Ecole Normale Supérieure pour des études de lettres et de philosophie. Il se rend par la suite à Toulouse – le Mirail (France) où il obtint un doctorat. &nbsp;Le prototype d’un enfant qu’on dirait privilégié, issu d’une famille cultivée où l’on repère l’une des plus grandes pianistes classiques du pays, sa sœur défunte Micheline Dalencour. Le septuagénaire&nbsp; n’a que 25 ans quand il embrasse avec fougue, amour et enthousiasme le métier d’enseignant. &nbsp;On est en octobre 1976. L’ancien Secrétaire d’Etat de l’Education Nationale en 1986, puis ministre de cette même entité de 87 à 88, se remémore l’époque où les lycées étaient en concurrence positive avec les écoles congréganistes et étaient considérées dans le pays comme des pôles de qualité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>&nbsp;«&nbsp;La confiance en l’école a beaucoup chuté&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis 2018, des jeunes partent pour l’étranger par milliers, des professeurs sont de plus en plus poussés vers d’autres activités. Le pays est plongé dans une  crise aigüe. Patrice Dalencour fait le bilan. « Se trouver au 16 novembre 2022  sans avoir pu faire la rentrée des classes ne fait qu’aggraver la catastrophe éducative que nous connaissons. Finalement, d’année en année, le temps de scolarisation diminue, la disponibilité d’esprit des enfants, comme des professeurs,  s’affaiblit. C’est un système scolaire en déclin qui nous forme au rabais  la jeunesse  de notre pays ». De ses 71 ans, il en a déjà donné 51 à l’éducation et il se dit aujourd’hui désenchanté parce que « l’intérêt se perd, le travail n’est pas valorisé, la confiance en l’école a beaucoup chuté ». <em>Lekol pa bay</em>, l’école ne rapporte rien, entend-t-on souvent chez nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Antécédents historiques</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’historien Pierre Buteau, au cours d’un entretien téléphonique accordé à <a href="https://imediaayiti.com/2020/10/08/marc-evens-lebrun-remporte-le-prix-philippe-chaffanjon-2020-avec-son-reportage-sur-alantran/">IMEDIA</a>, passe en revue quelques évènements politiques qui avaient, dans le passé, handicapé  le fonctionnement des écoles. Le professeur émérite fait ici référence à la première moitié du 20<sup>e</sup> siècle, précisément en janvier 1946, avec les <a href="http://ile-en-ile.org/gerald-bloncourt-les-cinq-glorieuses-de-janvier-1946/">Cinq Glorieuses</a>, célèbre mouvement qui a conduit à la chute du président Elie Lescot. C’est Jacques Stephen Alexis, 24 ans à l’époque, qui fut à l’origine de l’appellation, inspirée des <a href="https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Trente_Glorieuses/185974">Trente Glorieuses</a> de 1945 en Europe. «C’était un mouvement de jeunesse, toutes les écoles étaient dans les rues pour protester contre la dictature. C’était la grande fête », se rappelle-t-il, expliquant que l’école haïtienne a, par la suite, connu plusieurs autres bouleversements, même si elle n’était pas directement impliquée dans des luttes. Il y a la tentative du coup-d‘état militaire contre François Duvalier en 1957, l’<a href="https://www.collectif-haiti.fr/26-avril-1963-26-avril-1986-souvenons-nous/">attaque armée, en avril 1963</a>,  contre la voiture présidentielle qui emmenait le jeune Jean-Claude à l’école : il y a eu plusieurs tueries, bastonnades, arrestations, blessures par balles. Et c’est ainsi que François Duvalier, voulant protéger son pouvoir, en vient à instaurer son régime totalitaire. Et c’est <em>l’intelligentsia lettrée</em>  qui paiera en premier les pots cassés. Camille Chalmers nous dit pourquoi.  </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="L&#039;intelligentsia lettrée haitienne,  la bête noire de François Duvalier" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/6rvkhBiRMTQ?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La répression duvaliériste mais aussi les possibilités de départ vers l’Afrique &nbsp;offertes à des milliers de cadres haïtiens à partir de 1960, seront couplées pour provoquer une perte importante d’enseignants qualifiés. Jean-Claude Icart, très versé dans les problématiques de la migration, professeur associé au département de sociologie&nbsp; à l’<a href="https://uqam.ca/">UQAM</a>, nous parle au téléphone depuis Montréal où il est établi.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Jean Claude Icart sur la fuite des cerveaux haïtiens" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/b1uMJ1r4aRA?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ajoutée à ces deux facteurs (répression et&nbsp; attraction vers l’Afrique), le sociologue évoque une autre cause plus importante qui a commencé à entrainer une baisse de niveau dans l’éducation&nbsp;: la macoutisation de nombreuses institutions de formation supérieure dont l’Université d’Etat d’Haiti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Ces proches du pouvoir sont acceptés dans ces facultés, obtiennent leur diplôme sans forcément avoir les compétences et les qualifications pour l’obtenir, car leur vrai travail c’était d’espionner&nbsp;». Résultat&nbsp;? A partir des années 1980-1990, beaucoup de diplômes haïtiens ne sont pas reconnus à l’étranger, déclare M. Icart. Il s’est aggravé une certaine rigueur dans les programmes auxquels l’étranger nous exige en permanence d’apporter des correctifs et des mises à jour. C’est dire que nous sommes encore à la traine en matière d’éducation. Le seul pays de la région Caraibes-Amerique latine où &nbsp;la durée moyenne et attendue de la scolarisation est la plus faible. Dans l’<a href="https://www.undp.org/fr/morocco/publications/rapport-sur-le-developpement-humain-2021-22">Indice de Développement Humain établi pour l’année 2021-2022</a> par le Programme des Nations-Unies pour le Développement, Haiti occupe la 163<sup>e</sup> place.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour M. Patrice Dalencour, le déclin a véritablement commencé à partir de 1989 : l’école est depuis cette époque prise en otage par le personnel politique.  En raison des grèves et des interruptions sporadiques, <em>« On a eu de moins en moins de période scolaire entière ».</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="L&#039;école haitienne prise en otage par la politique depuis la fin des années 80" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/axwa-pRI7_8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’impact de l’instabilité sur la production du capital humain haïtien</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’économiste Etzer Emile analyse avec Imedia les impacts qu’entrainent les crises politiques et l’insécurité liée à la violence des gangs armés sur le fonctionnement de l’école.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;L’école est une activité sociale mais&nbsp; a aussi toute une dynamique économique&nbsp; qui est créée autour d’elle.&nbsp; De par sa dimension transversale, elle prend en considération tout un ensemble de paramètres qui conditionnent son fonctionnement. Il y a l’immobilier, le transport, les restaurateurs, les libraires et éditeurs, le textile, les moyens humains et&nbsp; techniques. Ceux qui sont propriétaires d’écoles non-publiques créent des emplois, achètent et vendent des services, ils ont une entreprise. Pour&nbsp;le corps enseignant et le personnel administratif, c’est aussi leur activité économique, ils vendent une heure et ont un salaire en retour. Quand on a des turbulences, comme on en a souvent dans le pays depuis 2018, cela affecte toute la chaine et entrainera, à long&nbsp; terme, de lourdes conséquences sur la qualité du capital humain que nous produisons au pays, aspect fondamental à prendre en compte dans le développement économique d’une nation.&nbsp;»&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://menfp.gouv.ht/#/home">ministère de l’Education Nationale</a> a publié, le 16 décembre, un nouveau calendrier qui fixe 142 jours de classe pour la période allant de janvier à aout 2023. </p>



<blockquote class="twitter-tweet"><p lang="ht" dir="ltr">Apati janvye 2023, pral rete 142 jou lekòl nan kalandriye a. <a href="https://twitter.com/MENFP_Education?ref_src=twsrc%5Etfw">@MENFP_Education</a> kontinye motive tout elèv, an patikilye Segondè 4 ki pral nan egzamen bakaloreya 31 jiyè &#8211; 3 out: « Match lekòl la, match lavi a pa ka jwe andeyò teren lekòl la, san ekip, san antrenè, san inifòm ». <a href="https://t.co/BNQTINnzn3">pic.twitter.com/BNQTINnzn3</a></p>— Nesmy Manigat (@nesmymanigat) <a href="https://twitter.com/nesmymanigat/status/1604112315019845633?ref_src=twsrc%5Etfw">December 17, 2022</a></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">L’école, incapable d’ouvrir ses portes le 3 octobre dernier, &nbsp;avait attendu les deux dernières semaines du mois de novembre pour reprendre progressivement ses activités.&nbsp; C’est que, depuis l’annonce par le gouvernement d’augmenter le prix des produits pétroliers, de nombreuses organisations civiles, des militants et les couches les plus démunies ont, à partir du 12 septembre, violemment protesté contre cette mesure. <em>S</em>uite aux décisions adoptées en conseil de gouvernement le 26 aout, la réouverture des classes avait été reportée au 3 octobre, lisait-on dans une note du ministère. <em>&nbsp;&nbsp;</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>«&nbsp;La fermeture des écoles participe à la fois du dépit des révoltés qui ne comprennent pas que les enfants des riches continuent d’avoir accès aux bonnes écoles, tandis que les leurs n’ont accès qu’à des écoles<em> borlettes</em>. Sans présumer de l’utilité d’une telle mesure, le dommage est terrible pour tout le système éducatif qui perd à la fois ses élèves et ses formateurs. Une école fermée, c’est une pensée qui se meurt et une société qui s’éteint. Mais comment maintenir les écoles ouvertes si la sécurité des élèves et des enseignants n’est pas garantie&nbsp;?», déclare le géographe&nbsp; Jean-Marie Théodat, retourné&nbsp; à Paris depuis 2019 à cause de&nbsp;l’insécurité qui produit de plus en plus&nbsp; d’abadons scolaires.</strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;De 1986 à aujourd’hui, il y a une perte d’au moins 20 à 30 jours de scolarisation par année. Par conséquent, sur les treize années du cycle, un enfant perd en général, en Haiti, un à deux ans de scolarisation complète&nbsp;», affirme pour sa part le sociologue Charles Tardieu qu’Imedia a rencontré dans les locaux de l’hôtel Ritz Kinam, à Pétion-Ville.&nbsp; Un an après le séisme du 12 janvier 2010, le rapport du Groupe de travail sur l’Education et la Formation (GTEF) formé par l’ancien Président René Préval a conclu «&nbsp;que sur une cohorte de 100 enfants qui rentrent&nbsp; en première année, seulement 5% arrivent à terminer les 13 ans du cycle. <em>Et ce sont des enfants provenant des zones à risque qui sont touchés par cette perte, pas les écoles favorisées. De jeunes garçons qui abandonnent l’école sont régulièrement recrutés par des gangs, les jeunes filles elles sont en proie aux violences sexuelles et grossesses non-désirées&nbsp;</em>», regrette M. Tardieu, également éditeur de manuels scolaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des années 2000 à aujourd’hui, celles-là ont développé des mécanismes divers pour faire face à l’arrêt des activités scolaires provoqué par des mouvements de rue&nbsp;: l’internet est devenu&nbsp; le principal recours, poursuit-il. Tout cela ne fait que creuser, depuis la crise du coronavirus d’ailleurs, ce qu’il appellerait <em>l’apartheid scolaire</em>, se caractérisant par une logique d’exclusion des masses où les enfants issus&nbsp; d’en bas n’ont pas les mêmes chances que ceux d’en haut.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Myrlaine&nbsp; Philémon Lamontagne, Directrice du Lycée du Cent Cinquantenaire a réussi à motiver ses élèves et le corps professoral en transférant via WhatsApp des devoirs et leçons. «&nbsp;Cela a marché. L’intérêt est revenu peu à peu, les professeurs ont emboité le pas et le Lycée, bon an mal an, avait repris graduellement&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;A l’avenue Jean-Paul II, Centre-Ville.. Imedia s’est rendu sur les lieux. Les cours se distribuent sous des hangars. Dans des conditions suffocantes et incommodes, des filles entassées par groupe de 5 sur un banc à l’effigie de l’<a href="https://www.unicef.org/haiti/education">Unicef</a> et du <a href="https://menfp.gouv.ht/#/home">MENFP</a>, reçoivent le pain de l’instruction.&nbsp; Face à elles, ce ministre bien étriqué dans son costume bleue marine qui y est passé&nbsp; le 28 novembre encourager le personnel&nbsp; à poursuivre les activités scolaires. Il est parti sur une rutilante 4/4 avec&nbsp; deux principales revendications des gamines dans ses poches&nbsp;: la&nbsp; reconstruction de l’établissement et la distribution de plats chauds.&nbsp; L’actuelle Directrice a voulu en profiter pour relancer certains dossiers de nomination de professeurs qui sommeillaient encore dans les tiroirs de l’ancien responsable. «&nbsp;Mieux vaut essayer, on ne sait jamais&nbsp;».&nbsp; Imedia a constaté que la construction a démarré mais n’est pas achevée. Les tentatives de joindre M. Ignace Saint-Fleur, Directeur General du Bureau&nbsp; de Monétisation&nbsp; des Programmes d’Aide au Développement (<a href="https://bmpad.gouv.ht/cgi-sys/suspendedpage.cgi">BMPAD</a>) autour de la question, ont été vaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Ecole Normale Supérieure traitée en parents pauvres</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les efforts déployés pour mobiliser des fonds étrangers&nbsp;&nbsp; et la volonté exprimée de corriger certaines dérives dans le système,&nbsp; M. Nesmy Manigat se heurte à un obstacle majeur. C’est qu’il est ministre d’un pays où 13,3% du budget national sont alloués à l’éducation, 94,8%&nbsp; à l’exécutif et 0,9% à l’<a href="https://www.ueh.edu.ht/admueh/historique.php">Université d’Etat d’Haiti</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp; Tant vaut sa place dans le budget de l’Etat, tant vaut l’école. Il n’y a pas de miracle dans la répartition de l’intelligence ni dans le partage du savoir. La palme va toujours aux plus assidus et aux plus persévérants dans la recherche de la lumière. Haïti n’en manque pas. Mais ils ne sont pas accompagnés. Pour cela, il faudrait qu’il y ait des bibliothèques dès la maternelle pour inciter à la lecture les tout-petits enfants, des écoles adaptées, dans une langue accessible à tous, des équipements pédagogiques adaptés. Bref une ingénierie du savoir dont nous avons les spécialistes, mais ils sont la plupart soit au chômage… soit exilés loin du pays, qui en a pourtant besoin</em>&nbsp;», indique M. Jean-Marie Théodat. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’irresponsabilité de l’Etat et son manque de volonté se traduit notamment dans le traitement infligé à l’Ecole Normale Supérieure considérée, « <em>pendant longtemps, comme un fleuron dans la formation des professeurs </em>», soutient Roody Edme, professeur de lettres et de philosophie, responsable d’école et éditorialiste. </p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="468" height="362" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/ENS-Promo-1960-Archives-.jpg" alt="" class="wp-image-7274 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/ENS-Promo-1960-Archives-.jpg 468w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/ENS-Promo-1960-Archives--300x232.jpg 300w" sizes="auto" /><figcaption>La promotion de 1962-1965 de l’École Normale Supérieure qui comprenait de brillants intellectuels haïtiens dont Georges Anglade, Mireille Neptune, Daniel Birmingham | Photo-archive. Source Facebook : Christine Mathurin</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Jeudi 17 novembre. Quelques chaises usagées, des tessons de persienne, un couloir empoussiéré, une bibliothèque rasée par un incendie avec des rayons entiers de livres. A l’entrée, le portrait peint de Gregory Saint-Hilaire sur le mur de l’Ecole Normale Supérieure, abandonnée depuis l’assassinat par balles en 2020 de cet étudiant qui manifestait, aux côtés de dizaines d’autres camarades, pour exiger que le MENFP tienne ses promesses d’embauches et de stages envers eux.  Pour venger ce crime qualifié d’<em>accidentel</em>, ils auraient mis le feu  dans un bar à côté que des agents de la garde présidentielle avaient l’habitude de fréquenter et c’est ainsi que l’incendie s’est propagé, selon ce qu’a expliqué  le gardien trouvé  sur place, qui surveille  en permanence ce bâtiment pris d’assaut en 1986 après le départ de Jean-Claude Duvalier.  M. Patrice Dalencour s’en souvient.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="L&#039;Ecole Normale Supérieure : « une vie de nomade »" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/AFDVWIJgBes?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">L’édifice s’est effondré le 12 janvier 2010.  Sous des hangars, le savoir se transmettait dans un contexte post-séisme avec la même ferveur et le même souci de qualité.  Le Japon a, en 2020, évalué sa reconstruction : 10 millions de dollars. Le ministre des Affaires étrangères et des cultes de l’époque, Claude Joseph, a estimé  <em>indispensable et</em> <em>importante  </em>cette  reconstruction. 12 ans après, les chantiers peinent encore à démarrer malgré l’acquisition d’un terrain à Carrefour-Feuilles, devenu entre-temps un quartier en proie à la violence armée.  Joint par téléphone, le Directeur académique Bérard Cénatus n’a pas voulu se prononcer sur la question, sans l’aval des autres membres de l’administration. Imedia s’est rendu aux nouveaux locaux qui accueillaient autrefois les programmes de<em> Masters</em>. Une bâtisse tout exigüe, à faible capacité d’accueil, privée de bibliothèque, de laboratoires et d’espace propice à la recherche  scientifique.  Toutes ces lacunes infrastructurelles jamais comblées, tout ce vide académique créé par le départ pour l’étranger d’un bon nombre de mastérants.tes et de docteurs.res  n’ont fait qu’affaisser cette entité.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1.jpg" alt="" class="wp-image-7275 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1.jpg 1024w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1-300x225.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieure-1-768x576.jpg 768w" sizes="auto" /><figcaption>Une salle de cours de l’Ecole Normale Supérieure, entitée de l’Université d’Etat d’Haiti dont on accuse l’État haïtien de traiter en parents pauvres. | Estaïlove Saint-Val</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;La pénurie est déjà là. 85% des cadres haïtiens, titulaires d’un diplôme supérieur ou égal à un Master vivent hors du pays. Cela s’appelle une fuite des cerveaux doublée de l’incapacité d’enclencher le mouvement inverse&nbsp;», indique M. Théodat.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII.jpg" alt="" class="wp-image-7272 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII.jpg 1024w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII-300x225.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/12/EcoleNormaleSuperieurII-768x576.jpg 768w" sizes="auto" /><figcaption>Anciennement destiné aux programmes de Master, le nouveau local de l’École Normale Supérieure où des étudiants, toutes disciplines confondues, suivent des cours. | Estaïlove Saint-Val</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"> Josué Mérilien, 61 ans, ancien de la faculté de 88 à 91,  a, toute sa vie, milité contre « l’école à deux vitesses ».  La création  en 1990 de l’<a href="https://unnoh.org/">Union des Normaliens Haïtiens (UNNOH)</a> dont il est aujourd’hui le coordonnateur est partie  d’un constat : les enseignants, mis au chômage en novembre 1990, n’avaient personne pour les défendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Valoriser le métier d’enseignant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"> « L’enseignant n’as pas la considération sociale qu’il mérite. Il doit être formé, recyclé, bien payé et bien encadré pour remplir son rôle dans la société : celui de construire des citoyens sans qui on ne fait pas de pays. Quand on entend les discours des dirigeants, l’école est une affaire de haut niveau, mais dans les faits, elle est différente. Investir dans l’éducation, c’est investir dans  l’homme considéré comme la première richesse d’un pays. L’école haïtienne produit de moins en moins de citoyens, des hommes grands, enracinés dans son histoire et sa culture. L’enseignant n’est pas encouragé à donner le meilleur de lui-même dans ce travail. »  </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les appointements mensuels d’un professeur de lycée, détenteur d’une chaire de 6h de temps par semaine, sont de treize mille deux cent gourdes brutes, s’est renseigné Imedia, disposant d’une copie de lettre de nomination.  Un salaire qui n’est pas stable en raison de la fluctuation du taux de change : 145 gdes pour 1$ au moment de publier notre dossier. Avec un pouvoir d&rsquo;achat affaibli par la hausse des prix des produits, les poches asséchées par le dernier épisode de « <em>pays lock » (septembre-octobre 2022), </em>l&rsquo;enseignant perd de motivation. «Il <em>s’appauvrit grandement »</em>, estime M. Etzer Emile. </p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Les personnes à faibles revenus, en particulier celles qui ont du mal à subvenir à leurs besoins essentiels que le loyer et l’alimentation, ont été touchées de manière disproportionnée dans plusieurs pays par la dépression et l’anxiété </em>», souligne le dernier rapport de l’<a href="https://www.undp.org/fr/morocco/publications/rapport-sur-le-developpement-humain-2021-22">IDH</a>.  La violence – armée, de rue ou conjugale – est, lit-on dans le document, <em>« un facteur de détresse psychopédagogique »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Redonner espoir aux enfants, «&nbsp;les refaire croire en l’avenir&nbsp;»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, c’est à l’enseignant de redonner espoir aux enfants, « de les remettre au travail et de les refaire croire en l’avenir ».  M. Roody Edmé souligne qu’un accompagnement psychopédagogique  est nécessaire en ces temps de crise.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Roody Edmé : « On ne peut pas faire l’école comme avant »" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/jjP0FUKdhyI?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La pédagogue Marie-Marthe « Franck Paul » Balin, poids lourd  de l’éducation,  octogénaire a l’esprit vif,  incarne la persévérance, la résilience malgré les vents contraires, malgré les moments sombres qui ont bouleversé  sa vie d’enseignante et d’institutrice de carrière. La voix douce, dans un sourire qui illumine son visage, assise calme derrière son bureau, elle nous confie pourquoi elle n’a jamais quitté Haiti. « Parce que j’aime ce pays. Apres avoir passé toute ma vie à lutter dans l’enseignement, j’ai l’impression d’avoir battu l’eau avec un bâton. C’est terrible ce qui nous arrive dans l’éducation. <em>Mais ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent </em>». Elle veut désormais changer la pédagogie de l’école et essayer d’ancrer plus profondément les enfants dans les problèmes du pays. <em>Le temps de l’écoute est fini pour nos enfants.  Le parcoeurisme, les bourrages da crânes,   les répétitions sans fin, les exposés magistraux, des salles saturées : tout cela doit cesser. L&rsquo;enfant doit maîtriser les contenus qu&rsquo;il apprend, développer l&rsquo;esprit critique dès le jeune âge</em>, a expliqué la pédagogue qui a sucée à la moelle de l’Institut  Pédagogique National (IPN), haut lieu de réflexion pédagogique dans les années 50-60. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Allouer 13,3% du budget du pays à l’éducation met l’Etat dans l’incapacité de répondre à la demande massive de l’offre scolaire.&nbsp; En Haiti, l’offre éducative est principalement non-publique avec plus de 80% des écoles appartenant au secteur non-public, a indiqué le <a href="https://www.unicef.org/haiti/education">Fonds des&nbsp; Nations-Unies pour l’enfance</a>. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les écoles en difficulté financière</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les 80%, ce sont les écoles congréganistes qui ont débarqué en Haiti au 19<sup>e</sup> siècle avec de l’expertise, une longue expérience pédagogique et avec la bible pour boussole. Les 80% ce sont aussi les écoles laïques construites par des générations d’Haïtiens conséquents, diplômés et formés qui, au lieu de quitter Haiti, ont plutôt choisi d’investir dans&nbsp;l’excellence et la compétence. &nbsp;A ces 80%, l’Etat ne reproche presque rien pour la qualité du savoir qu’elles transmettent, pour la discipline dont elles font montre et pour l’exigence académique qui accompagne leur succès dans le système éducatif depuis des siècles. Il ne les inspecte presque plus, de l’aveu de bon nombre de responsables. &nbsp;Ces 80%, ce sont aussi celles qui comblent le vide même si elles n’ont pas &nbsp;le niveau espéré. En somme, à ces 80%, on a collé toutes les étiquettes&nbsp;: élitistes, bourgeoises, acculturées, claniques, privilégiées, affairistes, borlettes. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, les&nbsp; 20 %, ce sont l’Etat qui, lui, a perdu tout contrôle, qui brille par son absence de supervision et d’inspection tant dans le privé que dans le public, &nbsp;qui n’utilise pas ses maigres ressources à bon escient &nbsp;pour renverser la vapeur, qui ne résout pas le problème de déficit d’écoles publiques,&nbsp; <em>qui fait payer des taxes au privé</em>, dénoncent de nombreux responsables d’écoles qu’Imedia a rencontrés. M. Charles Tardieu appelle ça double peine. «&nbsp;L’école, ce n’est pas un supermarché ou une boutique où l’on vend du mais moulu, du poids ou de l’huile. Elle ne devrait pas être taxée. L’Etat ne joue pas son rôle et il pénalise ceux qui le font à sa place. C’est grave.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes &nbsp;les écoles sont en difficulté financière. &nbsp;L’inflation progresse&nbsp;: un taux de 38,7% (varié en fonction des départements&nbsp;: 40% dans le sud&nbsp;; 39% dans la région métropolitaine de Port-au-Prince), une perte de richesse de 1,5%, une augmentation du budget des familles haïtiennes pour l’alimentation (plus de 50%),&nbsp; selon les analyses de l’économiste Kesner Pharel, indiquant que le pays n’est pas en <em>recension mais en dépréciation</em> <em>économique</em>.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;«&nbsp;Les écoles travaillent avec un effectif considérablement réduit. Depuis l’assassinat de M. Jovenel Moise en 2018, les choses se sont aggravées.&nbsp; ¾ du personnel sont en mode disponibilité. Le départ des enfants vers l’étranger est massif, les parents ont encore peur&nbsp;», s’inquiète Marie Marguerite Clérié, Présidente de l’Association Professionnelle d’Écoles d’Haiti. &nbsp;<em>Les enfants, provenant surtout des milieux à risques et en proie à la violence des gangs, sont traumatisés. Les professeurs, eux aussi préoccupés par les soucis de la vie et trop occupés à voir un programme, oublient qu’ils ont en face d’eux de petits êtres qui ont besoin, certes de l’académique mais en priorité de la thérapie</em>, explique la spécialiste en éducation Montessori. <em>Ce n’est pas normal qu’à chaque crise, le premier groupe à en pâtir est l’école.</em> <em>C’est la mort dans l’âme. Mais on doit se battre. On voit des gens choisir ce métier par défaut et non par amour, c’est un drame. Mais on doit redresser la barre. L’école, c’est ce qui fonde une société, une nation</em>&nbsp;». C’est, selon elle, la mauvaise gouvernance, l’irresponsabilité des politiciens sans amour de la patrie qui ont conduit le pays à cette <em>catastrophe éducative</em>.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>47% des écoles n’ont pas encore ouvert. En 2022, trois écoles sur cinq évaluées par l’UNICEF et le MENFP ont été attaquées et&nbsp; pillées, ce qui fait qu’un demi-million d’enfants âgées de 5 à 19 ans risquent de perdre leurs possibilités d’apprentissage, souligne le Fonds des Nations-Unies pour l’Enfance. &nbsp;1, 700 écoles sont fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince&nbsp;: 772 à Croix-des-Bouquets, 446 à Tabarre, 274 à Cité Soleil, 200 à Martissant, Fontamara, Centre-Ville, Bas-Delmas, selon les chiffres du MENFP, disponibles sur le site de l’<a href="https://www.unicef.org/haiti/communiqu%C3%A9s-de-presse/ha%C3%AFti-la-violence-des-gangs-pousse-un-demi-million-denfants-hors-de-l%C3%A9cole">Unicef</a>.</strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La sécurité, une priorité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les établissements scolaires se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une crise aigüe, «&nbsp;<em>qui n’a pas eu </em>[jusqu’ici, ndlr]<em> les réponses attendues, correspondant à sa nature même&nbsp;», </em>selon M. Pierre Buteau. «&nbsp;La rue est devenue l’espace de revendications populaires, souvent désordonnées, elle est investie en permanence et cela joue un rôle&nbsp;» dans ces fermetures répétées.&nbsp; &nbsp;&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Intervention de Khadim Sylla, Chef du secteur Education à l&#039;Unesco" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/u_xbzYolMts?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La sécurité reste la première condition pour la reprise activités scolaires, a indiqué pour sa part Jacqueline Baussan Loubau, psychologue et professeure à la Faculté des Sciences Humaines (UEH). &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;«&nbsp;La petite enfance est l’âge idéal pour les enfants d’apprendre la vie avec les autres hors du cocon familial. C’est&nbsp;l’âge idéal pour la simulation du langage, des capacités cognitives et motrices&nbsp;», explique la formatrice en psychotrauma dans une entrevue écrite accordée au journal. &nbsp;C’est la période-clé du développement sur laquelle se construisent toutes les autres. La sécurité reste la première condition pour la reprise des activités scolaires. L’exposition à la violence, poursuit-elle, et aux situations traumatisantes affecte durablement le cerveau du jeune enfant avec des conséquences souvent irréversibles sur son développement émotionnel et sur sa santé mentale future. Aucune société ne s’est développée sans accorder la première place à l’éducation. L’école doit être la priorité.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rosny Ladouceur </strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p class="wp-block-paragraph">Sites et Documents consultés</p>



<ol class="wp-block-list" type="1"><li><strong>«&nbsp;<a href="https://journals.openedition.org/rref/861">Système éducatif et inégalités sociales en Haiti&nbsp;</a></strong>»,Louis-Auguste Joint</li><li><strong>«&nbsp;<a href="https://books.openedition.org/editionsmsh/9760?lang=fr">Genèse de l’Etat haïtien&nbsp;</a></strong>», sous la direction de Michel Hector et Laennec Hurbon.</li><li>Gerald Bloncourt, «<strong>&nbsp;<a href="http://ile-en-ile.org/gerald-bloncourt-les-cinq-glorieuses-de-janvier-1946/">Les Cinq Glorieuses de janvier 1946</a>&nbsp;</strong>», ÎleenÎle<strong>.</strong></li><li><strong><a href="https://www.collectif-haiti.fr/26-avril-1963-26-avril-1986-souvenons-nous/">Collectif Haiti de France</a>.</strong></li><li>Le Moniteur- Spécial # 13 (Budget général de la République d’Haiti –Exercice 2021-2022)</li><li><strong><a href="https://www.undp.org/fr/morocco/publications/rapport-sur-le-developpement-humain-2021-22">Rapport sur le développement humain -2021-2022</a>, </strong>présenté par le Programme des Nations-Unies pour le Développement.</li><li>Cent ans d’histoire de l’occupation américaine (1915-2015), sous la direction de Michel Soukar. </li></ol>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un dossier de l’agence Imedia | Texte&nbsp;: Rosny Ladouceur | Photos et vidéos&nbsp;: Estaïlove Saint-Val et Elie Prospère. &nbsp;</strong></p>
]]></content:encoded>
					
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            	</item>
		<item>
		<title>Anne Sophie Vixamar, faire de la création un abri contre les vents contraires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Rosny Ladouceur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Sep 2022 03:11:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Anne Sophie Vixamar]]></category>
		<category><![CDATA[ENARTS]]></category>
		<category><![CDATA[Nègès Mawon]]></category>
		<category><![CDATA[Rebel’Art]]></category>
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					<description><![CDATA[Dotée d’une verve créatrice abondante, puisant dans le réel les matériaux bruts de son art, Anne Sophie Vixamar, de son nom d’artiste «&#160;Rebel’Art&#160;», fait usage de ses pinceaux comme boucliers pour dompter les fresques de la vie. Imedia l’a rencontrée. Elle est dans une quête perpétuelle d’elle-même. Elle a un regard sur la foisonnante création contemporaine mondiale, elle s’informe, se forme et se questionne. Anne Sophie Vixamar, se positionne comme une artiste profondément ancrée dans son temps, s’inspirant du réel comme matériau brut pour créer, sondant tous les champs du possible pour se réinventer, se surpasser, tout en explorant une...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dotée d’une verve créatrice abondante, puisant dans le réel les matériaux bruts de son art, Anne Sophie Vixamar, de son nom d’artiste «&nbsp;<em>Rebel’Art&nbsp;»</em>, <em>fait usage de ses pinceaux comme boucliers pour dompter les fresques de la vie</em></strong>. <strong>Imedia l’a rencontrée</strong>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle est dans une quête perpétuelle d’elle-même. Elle a un regard sur la foisonnante création contemporaine mondiale, elle s’informe, se forme et se questionne. Anne Sophie Vixamar, se positionne comme une artiste profondément ancrée dans son temps, s’inspirant du réel comme matériau brut pour créer, sondant tous les champs du possible pour se réinventer, se surpasser, tout en explorant une palette de thèmes dans ses fresques dont les sujets peints témoignent de sa passion sans borgnes pour les arts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle est née le 5 février 2001 à Port-au-Prince où elle a fait ses études primaires à l’école du Sacré-Cœur (annexe de Lilavois) et ses études secondaires à l&rsquo;institution Manitane de Luc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle s&rsquo;est tout de suite orientée vers l&rsquo;Ecole Nationale des Arts (ENARTS) pour entamer les études de ses rêves&nbsp;: les arts plastiques. Elle s&rsquo;engage aussi dans la promotion des arts et de la culture dans quelques organisations dont Krèm-Lank qui, depuis 2015, organise annuellement le festival <a href="https://web.facebook.com/FeSlamHaiti?_rdc=1&amp;_rdr">Slam Haïti</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="769" height="1024" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/10/Anne-Sophie-1-769x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-7115 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/10/Anne-Sophie-1-769x1024.jpeg 769w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/10/Anne-Sophie-1-225x300.jpeg 225w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/10/Anne-Sophie-1-768x1022.jpeg 768w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/10/Anne-Sophie-1-1154x1536.jpeg 1154w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/10/Anne-Sophie-1-1539x2048.jpeg 1539w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/10/Anne-Sophie-1-scaled.jpeg 1923w" sizes="auto" /><figcaption>Photo d&rsquo;illustration de Anne Sophie Vixamar &#8211; CP  : IMEDIA</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Très soucieuse du renforcement de ses compétences, elle enchaîne les formations diverses et variées : en gestion d&rsquo;entreprise culturelle dans le cadre de l’Accélérateur de festival mise en œuvre par la fondation <a href="https://caseli.org/home/">Caseli</a> et les associations <a href="http://caracoli-haiti.com/">Caracoli</a> et <a href="http://www.tamise.org/">Tamise</a>, ensuite en &nbsp;technique de peinture de bâtiment dans le cadre du projet « <a href="https://www.yesshepaints.art/fr">Yes she paints&nbsp;</a>», initié par Urban Art Consulting et <a href="https://finixion.business.site/">Finixion</a>.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>De son nom d’artiste «&nbsp;Rebel’Art&nbsp;», Anne Sophie Vixamar a toujours aimé le monde artistique. Pour elle, l’art n’est pas que des pratiques, mais un atout pour réinviter le monde à sa façon, elle croit tant bien que ce monde lui permettrait de survoler les carrefours les plus amers. Après ses études classiques, elle a donc trouvé nécessaire de s’y lancer. «&nbsp;L’art pour moi est un moyen de canaliser mes émotions&nbsp;», a-t-elle déclaré.</strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Rebel&rsquo;Art</em>&nbsp;» veut faire de la création son abri contre les vents contraires. Son travail s&rsquo;abreuve de couleurs et elle fait usage de ses pinceaux comme boucliers pour dompter les fresques de la vie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La peinture est pour elle un exutoire, une façon de se libérer de l&#8217;emprisonnement qui est, paradoxalement, une thématique qui lui tient à cœur. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour elle, créer est à la fois un acte de rupture des liens et également une bataille de titans pour faire ressortir le plus beau du plus sombre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On l’a repérée au festival féministe Nègès Mawon, participant activement à une série d’ateliers dans le cadre de l’édition 2022 portant sur le thème&nbsp;: Mon corps au sens propre et défiguré&nbsp;». Ses premières préoccupations sont d&rsquo;ordre esthétique et humain. Elle pense que l&rsquo;équité ne doit aucunement être un combat, c&rsquo;est un droit entier et ontologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Les droits humains et les libertés individuelles, en particulier, se doivent d&rsquo;être une conquête perpétuelle, indique-t-elle. &nbsp;La violence d&rsquo;où qu&rsquo;elle vienne doit être dénoncée en dehors des violences psychologiques et physiques. Dans mes créations, les notions telles l&#8217;emprisonnement et le droit de s&rsquo;assumer m&rsquo;interpellent, citons la tolérance entre autres&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par-ailleurs, elle estime aujourd&rsquo;hui, de son lieu de créatrice, qu&rsquo;il y’a urgence en terme de besoins, sa vision des choses va au-delà des questions de genre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Rebel’Art est un témoin du temps et de son époque, comme toute autre créatrice. Elle ne croit appartenir &nbsp;à aucun courant, reconnaissant tout de même l’apport de nombreux artistes haïtiens à son travail. Dans le panthéon de l’art haïtien, nombreux sont ceux qui ont suscité en elle un vif éveil&nbsp;: Luce Turnier, Marie-Rose Desruisseau, Jean Claude Garoute dit Tiga.</strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Luce Turnier pour son courage. Malgré son long parcours difficile, elle a su garder une fidélité exemplaire à la peinture, un style qui lui soit sobrement propre. Dans ses œuvres, elle prône la liberté. Elle nous appelle à forger le regard d’un geste révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marie-Rose, pour son appartenance à l’histoire et à la culture de son pays. Jusqu’à date, la seule à avoir entrepris la tâche de relater l&rsquo;histoire d&rsquo;Haïti à travers la peinture et la première femme peintre à avoir également, et en dehors du courant primitif, intégré le vodou dans son œuvre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean Claude Garoute connu surtout pour avoir initié avec Maud Robart le mouvement pictural saint-soleil en 1973. Ce dernier ayant pour objectif de donner un nouveau souffle à la peinture haïtienne en la brassant avec la culture vaudou.&nbsp;On peut constater chez Tiga l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une quête de l’authentique à travers tous ses moyens d&rsquo;expression : écriture, peinture, musique, ferronnerie, exercice de langage. Il priorise l&rsquo;humanisme dont il tire ses valeurs abstraites, le déterminisme qui le fait remonter aux conceptions naturalistes de l&rsquo;antiquité.<br><br><strong>Rosny Ladouceur</strong></p>
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		<title>Josepha Dumas, l’oiseau aux ailes libres</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Rosny Ladouceur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Jul 2022 19:05:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Portrait]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[Josepha Dumas]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
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					<description><![CDATA[Claire Marie Estelle Josepha Dumas, née de parents haïtiens et installée depuis au moins une décennie à Montréal, se définit comme une artiste interdisciplinaire, naviguant entre différents champs dont le dessin, la création intuitive, le cinéma expérimental pour se tailler un nom dans le milieu artistique québécois. « Maddame blue », un oiseau aux ailes libres. Portrait d’une artiste aux multiples talents, qui a plusieurs cordes à son arc.   «&#160;Un peuple d’artistes habite Haiti&#160;», écrivait André Malraux, homme politique et intellectuel français, pour dire la richesse, la diversité, l’éclectisme, la vivacité de nos créateurs.trices contemporains.es. Même nos fils et filles du...]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Claire Marie Estelle Josepha Dumas, née de parents haïtiens et installée depuis au moins une décennie à Montréal, se définit comme une artiste interdisciplinaire, naviguant entre différents champs dont le dessin, la création intuitive, le cinéma expérimental pour se tailler un nom dans le milieu artistique québécois. « <em>Maddame blue »</em>, un oiseau aux ailes libres. Portrait</strong> <strong>d’une artiste aux multiples talents, qui a plusieurs cordes à son arc.  </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Un peuple d’artistes habite Haiti&nbsp;», écrivait André Malraux, homme politique et intellectuel français, pour dire la richesse, la diversité, l’éclectisme, la vivacité de nos créateurs.trices contemporains.es. Même nos fils et filles du dehors, ceux appelés à faire briller l’art haïtien hors des frontières de ce Tiers-d’île <em>pauvre</em>&nbsp; qu’on capte dans les medias étrangers à travers le prisme du chaos, participent de l’émergence de nouveaux modes d’expression, en dépit du poids de la réalité migratoire qui pèse sur leurs épaules. Il y a ceux et celles qui ont, dans la douleur et la patience, creusé leur sillon jusqu’à accoucher des œuvres pour la reconnaissance tant nationale qu’internationale, mais il y a aussi ceux et celles qui, murés dans leur silence, arrivent à tracer leur propre chemin en passant par le travail acharné qui l’exige. C’est le cas de Claire Marie Estelle &nbsp;Josepha Dumas.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Improvisation et vie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Teint doré, le crane enfoui sous une natte de cheveux blonds crépus, le nez chaussé de lunettes, le regard figé&nbsp;: Claire Marie Estelle <em>Josepha Dumas</em>, ainsi posée sur son profil Instagram, passe le plus clair de son temps à construire une aura dans le paysage artistique québécois, à sculpter son identité à grands coups de pinceaux, à étendre ses ailes sur divers domaines de l’art&nbsp;: peinture, dessin, chant. Se versant dans la création intuitive, se situant à mi-chemin entre la danse et la jonglerie, s’imprégnant du cinéma expérimental, elle nuance ou gourmande ses influences. &nbsp;<em><a href="https://www.instagram.com/impro.vie/?utm_medium=copy_link">ImproVie</a></em>, abréviation des mots improvisation et vie, est d’ailleurs l’un de ses sobriquets. La philosophie qui stagne sous ce pseudonyme suggèrerait que <em>l’art est un moment dans le temps, un reflet du temps</em>. <em>ImproVie</em> est le résultat final temporaire d’une combinaison de techniques de création artistique qui sont utilisées pour réinventer le nouveau au lieu de tenter de reproduire le passé avec le besoin constant d’atteindre l’illusion de la perfection qui est malheureusement encore profondément enracinée dans nos sociétés. &nbsp;<em>«&nbsp;C&rsquo;est une plateforme où les différents médiums de l&rsquo;art se rencontrent et dialoguent, où l&rsquo;on ne cesse de questionner et d&rsquo;agir. Un endroit où il n&rsquo;y a volontairement aucune frontière pour explorer, faire des erreurs, apprendre et grandir</em>.&nbsp;» Notre objectif est de faire la lumière sur le processus, indique-t-elle, autant que sur le résultat, de faire avancer notre «&nbsp;<em>vie émotionnelle </em>»&nbsp;telle&nbsp; qu’elle est aujourd’hui par rapport à hier et demain.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entre dehors et dedans</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Née le 27 novembre 1994 à Pétion-Ville, dans les années 80 de parents originaires d’Haïti, la trentenaire à la verve créatrice inouïe nous ouvre un riche catalogue de toiles jouant sur les nuances, couleurs, tons, signes, lignes, formes&nbsp;: des paysages à la frontière de la figuration et de l’abstraction. Dans ces décors chatoyants et furtifs où les quelques personnages esquissés semblent se fondre jusqu’à inquiéter, point de facilité ni de glamour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’œuvre pluridimensionnelle de Claire Marie Estelle Josepha Dumas, questionnant ce perpétuel va-et-vient entre dehors et dedans (<em>née en Haiti mais vit pourtant entre Montréal et Paris</em>), dessine les traits d’une artiste interdisciplinaire, polymorphe, démesurée, évocatrice, entêtée, dotée d’une imagination bouillante et indomptée ; s’inscrivant dans l’émotion brute, dans le brassage des idées contraires, dans l’impulsion du geste créateur. Ici on parle de <em><a href="https://www.instagram.com/maddame.blue/?utm_medium=copy_link">Maddame Blue</a></em>, auteure de l’œuvre  « Un été en Ayiti » (2016), un retour aux sources haïtiennes, une collecte de dessins où elle écume ses souvenirs d’enfance.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="815" height="564" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-II.jpg" alt="" class="wp-image-6788 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-II.jpg 815w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-II-300x208.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-II-768x531.jpg 768w" sizes="auto" /><figcaption>« Un été en Ayiti », une des féériques toiles de la peintre Canado-Haitienne. | Photo prise sur son compte Instagram<br></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Son travail incite à la méditation, à la nostalgie, voire même à l’introspection. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>« <em>À travers les mots, les couleurs, le paysage, j&rsquo;essaie de faire le deuil, de m&rsquo;accrocher, de me souvenir et de mettre en lumière certains souvenirs de mon enfance par rapport à ma réalité actuelle alors que je lutte encore naïvement avec ma propre identité et dissèque le sens d’une maison</em> ». </strong></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cette série de dessins de vie de différentes vues, moments et rêves en Haiti intervient après six années d’absence au pays natal.  « <em>Mes parents vivent toujours en Haiti, et donc au moins tous les deux ou quatre ans, j’essaie de rentrer chez moi pour leur rendre visite. </em>Le but <em> était de collecter des dessins dans lesquels  elle observait sa ville natale à travers un objectif différent après avoir constamment voyagé et grandir en dehors d’Haiti</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"> « <em>Ayiti, hier et demain</em> », « Imaginary paysages » (<em>Paysages imaginaires</em>), féeriques tableaux où l’artiste peint sa ville d’origine, dessine des paysages oniriques représentant des mondes parallèles entre Haiti et Montréal, sont aussi de cette mouvance créatrice, de cette logique de l’enracinement, de cette envie d’aller à la rencontre de l’inconnu, d’exposer le réel avec ses parts d’ombre et de lumière, de beauté et de laideur, de profondeur et de fragilité. Celles-ci évoquent ainsi l’art urbain, accessible à tout le monde, à l’instar de l’architecture, d’installations publiques et de graffitis. Son esprit, loin de se figer dans une technique définitive, semble lesté par la mélancolie.  <em>Chaque œuvre que je crée découle directement d&rsquo;une action impulsive, directement de mon imagination.</em> </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em><strong>« Au fur et à mesure que je fais une ligne, je commence à réfléchir à ce que je veux dire et où je veux aller, et c&rsquo;est ce qui influence ma ligne suivante. J&rsquo;aime explorer, jouer avec la perspective et repousser les limites entre ce qui est là et ce qui ne l&rsquo;est pas. »</strong></em></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«&nbsp;Where are you from&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Baignée de lumières, elle frappe, assise, la peau rêche&nbsp; d’un tambour sur fonds&nbsp; d’une sonorité trafiquée. «&nbsp;<em><a href="https://www.youtube.com/watch?v=4xCG8P0Sfgo">Where are you from&nbsp;? Where is home now&nbsp;</a></em>?&nbsp;». Un dialogue intérieur initié sur le socle identitaire haïtien&nbsp;: le «&nbsp;pays mystérieux&nbsp;» qui attend l’artiste au sortir de l’enfance et de l’absence. Le tambour est cet instrument sacré, revêtant une dimension symbolique, qui force davantage son admiration pour une culture musicale populaire née des entrailles du vodou, religion considérée pendant longtemps honnie. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une autre vidéo intitulée «&nbsp;<a href="https://www.youtube.com/watch?v=7Lfbzn1uABs">I’m sorry&nbsp;</a>»,&nbsp; on la voit en mode freestyle cracher sobrement sur les manches&nbsp; d’une guitare les paroles de ce son.&nbsp; Il ne s&rsquo;agit pas de perfection, mais d&rsquo;imperfections, annonce-t-elle&nbsp;: l’impossibilité de concilier le monde de l’enfance et celui de l’âge adulte. Terre meurtrie mais source intarissable d’inspiration, Haïti lui offre un nombre saisissant de motifs, inlassablement rameutés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a la voix lancinante, le ton terne, l’ambiance très intimiste que son timbre laisse planer, on dirait une <em>blueswoman </em>qui nous raconte ce qu’elle a de plus éphémère, de plus sentimental et de plus fragile.  « Je suis désolée (à vous et à moi-même) de ne pas savoir hier ce que je sais aujourd&rsquo;hui. Je suis désolée de ne pas savoir aujourd&rsquo;hui ce que je saurai demain… Je suis désolée de ne pas savoir demain ce que je saurai les jours qui sont encore à venir&#8230; Je suis désolée. Pour toutes les choses que je ne pouvais pas savoir, que je ne savais pas&#8230; »</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="&quot;And Tomorrow, I&#039;ll be Sorry Again...&quot; (Original Song, 2020)" width="720" height="405" src="https://www.youtube.com/embed/7Lfbzn1uABs?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen title=""And Tomorrow, I'll be Sorry Again..." (Original Song, 2020)"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Casser toutes les cases</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La toile est un de ces supports de création mais au fil du temps, le papier, où elle invente à la fois du beau et de l’insaisissable,&nbsp; est devenu pour elle un médium primordial.&nbsp; <em>Faire différentes séries de dessins au fur et à mesure lui a apprise sur la façon dont la réalité se confond avec les rêves et comment les deux, à travers le temps et l’espace, deviennent un</em>. <em>Sa passion pour le dessin est plus grande que la peinture</em>, aux frontières de l’abstrait et du réel, du figuratif et du paysagisme. Cette cristallisation n’est pas seulement formelle, mais aussi thématique, orientant son art vers une sorte de standardisation et de stylisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pensive, Claire Marie Estelle Josepha Dumas remet en question, expérimente, prend du&nbsp;large, défonce les barrières, <em>repousse les limites hiérarchiques,</em> vole haut de ses ailes libres («&nbsp;Danggeling »),pièce plus méditative que performative, soulevant des questions d’espace, de fluidité, de rythme, de contrôle, de concentration, de mouvement, de temps.&nbsp; Ses œuvres sont le fruit d’un impressionnant déploiement d’effets. Sa peinture se trouve en accord avec un courant transnational qui s’attache à prendre en compte diaspora et terre natale, tradition ancestrale et influences étrangères.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs outils dans sa démarche comme l’animation, la musique, les courts métrages, le dessin s’enchevêtrent dans son travail qui signale, certes les fêlures de son âme angoissée, la spontanéité de son art mais aussi sa grande maitrise technique&nbsp;; un travail recherché, qui nous porte à déchiffrer les non-dits ou la polysémie des sujets peints et explorés à travers sons, images et langages. Formée à l’Université Concordia à Montréal, elle transcende toute étiquette, bannit tout cloisonnement, milite corps et âme pour la liberté totale menacée par les diktats du marché de l’art urbain ou contemporain, traite de la colonisation, de la réalité migratoire, de la nature dans sa palette cognitive.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ode à un écrivain</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une série de trois dessins représentant jusqu’ici des odes visuelles dédiées à trois personnes qu’elle a connues et rencontrées enrichit son catalogue : la danseuse Maya Milet, l’artiste Rita Adib pour qui elle a tenté de représenter naïvement un mélange de travaux que Rita Adib a réalisés dans le passé et pour finir, son père, homme de lettres et ancien ministre de la Culture, Pierre-Raymond Dumas.  Portraitiste subtile et prolifique, elle illustre avec brio les couvertures des monographies de son père et poids lourd de la critique littéraire (auteur de la chronique « <em>Cette transition qui n’en finit pas</em> »). Ces monographies se portent sur les écrivains Yanick Lahens, Lyonel Trouillot, Margareth Papillon, Syto Cavé, Anthony Phelps et Kettly Mars.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="980" height="722" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-III.jpg" alt="" class="wp-image-6789 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-III.jpg 980w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-III-300x221.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-III-768x566.jpg 768w" sizes="auto" /><figcaption><br>Dessin dédié à son père Pierre-Raymond Dumas</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Comme beaucoup d’autres, elle refuse tout enfermement, casse toutes les cases («<em>I refuse to be a bird in a cage, slowly melting in the middle of a cage».&nbsp; </em><em>Je refuse d’être un oiseau en cage, fondant lentement dans une cage), </em>affirme-t-elle, sans fard. La peinture qui ne se préoccupe que de sujets ressassés, d’harmonie chromatique ou graphique, ne lui fait pas défaut. Avec sa pose songeuse et perspicace, elle revendique une sorte de modernité que l’on scrute à travers les filtres esthétiques explorés dans ses créations. C’est que, peintre <em>du dehors</em> ou jeune prodige du dessin, elle ne semble s’identifier à aucun mode d’expression, à aucune école, à aucun courant. Et c’est là toute sa force.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Enfiler son costume de photographe</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Claire Marie Estelle Josepha Dumas, armée de son <em>Nikon D5300</em>, enfile ici son costume de photographe urbain, pose son regard lumineux sur le quotidien d’Haiti à travers une série de photographies expérimentales en couleur qu’elle accumule depuis 2018, une série en cours et qui se concentre principalement sur le corps, le mouvement, l’action et la réalité à travers une lentille narrative et alerte.  « Ayiti en couleurs », « Fenêtres, curiosités et souffle » : ce sont-là quelques-uns de ses clichés où elle nous donne à voir tous ces bidonvilles nichés au flanc des mornes fauves et baignés de soleil, les dégâts écologiques et notre environnement urbain incontrôlé, notre art de la débrouillardise, notre résilience extrême, les paysages odoriférants, nos faunes et flores.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="828" height="551" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-IV.jpg" alt="" class="wp-image-6790 lazyload" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-IV.jpg 828w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-IV-300x200.jpg 300w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2022/07/Photo-IV-768x511.jpg 768w" sizes="auto" /><figcaption><br>Une des photos de la série « Ayiti en couleurs ». | Photo prise sur le site web de l&rsquo;artiste.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Inscrite dans la culture et l’histoire canadiennes, elle peine à délimiter la ligne entre photographie et peinture. Mais ce dont on est sûr c’est que toute la beauté de ce coin d’île se concentre dans un éventail d’œuvres qui la hissent en témoin de son temps, en observatrice de notre débâcle et du laxisme généralisé, de nos erreurs cumulées au fil des saisons sauvages, tout en évitant de se verser dans une forme quelconque de manichéisme, &nbsp;cherchant plutôt à peindre dru et cru le quotidien poignant et chaotique des Haïtiens en quête d’un mieux-vivre ou de survie. D’une rigueur haletante, elle expérimente pour l’heure la photographie et le montage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toujours à la recherche de l’indicible, d’espace, du beau voilé de mystère et d’énigme, de crudité et d’espoirs. Ne mérite-t-elle pas de sortir de cette ombre qui plane injustement sur son talent&nbsp;? Va-t-on, dans les couloirs du panthéon haïtien, immortaliser Claire Marie Estelle Josepha Dumas, cette étoile franco-haïtienne, pour son audace, sa fugacité, sa liberté de ton, sa singularité, pour enfin la beauté fascinante et déchirante de ses œuvres&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rosny Ladouceur</strong></p>
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		<title>Rodrigue Milien, un boléro peint de mélancolie</title>
		<link>https://imediaayiti.com/2021/10/11/rodrigue-milien-un-bolero-peint-de-melancolie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Rosny Ladouceur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Oct 2021 17:09:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Chanteur]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[Rodrigue Milien]]></category>
		<category><![CDATA[Troubadour]]></category>
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					<description><![CDATA[Rodrigue Milien, chantre du troubadour, emblème du boléro, monument de la chanson créole des années 70-80, n’avait que sa voix frêle  et une guitare pour raconter les douleurs et les drames de la vie qui mangeaient ses tripes. Il n’y a pas une seule note de Rodrigue Milien qui ne soit teintée d’accords de mélancolie mais aussi de tendresse. « Mwen pap janm bliye w’ cheri » est une promesse d’amour, une trace de reconnaissance et de gratitude envers son âme-sœur. « Nécessité », boléro latin (« Te necesito ») repris en duo avec Jules « Toto » Similien, scelle son succès à jamais. Il s’est fait connaitre, depuis,...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Rodrigue Milien, chantre du troubadour, emblème du boléro, monument de la chanson créole des années 70-80, n’avait que sa voix frêle  et une guitare pour raconter les douleurs et les drames de la vie qui mangeaient ses tripes.</strong></p>
<p>Il n’y a pas une seule note de Rodrigue Milien qui ne soit teintée d’accords de mélancolie mais aussi de tendresse. « <em>Mwen pap janm bliye w’ cheri</em> » est une promesse d’amour, une trace de reconnaissance et de gratitude envers son âme-sœur. « Nécessité », boléro latin (« Te necesito ») repris en duo avec Jules « Toto » Similien, scelle son succès à jamais. Il s’est fait connaitre, depuis, à travers d’autres morceaux célèbres dont « Fanm pa dra », « Rejeté »,  le pot-pourri légendaire « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=ln-avxAtHJw">Santiman pou ou </a>», une saudade créole reprise par toute une génération de musiciens, jeunes ou vieux. Qui ne se souvient de ce refrain populaire, consommé en masse :</p>
<blockquote><p>« Efase</p>
<p>Ti defo ki nan kè mwen</p>
<p>Bay manti, se metye m fè chak jou</p>
<p>Koutwazi, se larichès lakay mwen</p>
<p>Mon amour, mwen renmen ou toujou »</p></blockquote>
<p>Michel Martelly lui vouait une admiration totale, lui qui savait reprendre quelques de ses titres dans ses bals qui faisaient salle comble.  Lors d’une cérémonie déroulée en juin 2013 au Palais National, Rodrigue Milien a reçu, entre autres personnalités décorées dont deux à titre posthume (Mimi Barthelemy et Occide Jeanty), une salve d’hommages de Martelly, pour sa contribution au rayonnement de la musique haïtienne. Il était sur chaise roulante. « Une cérémonie qui s&rsquo;est déroulée sur fond de tristesse et de joie ». Tristesse de voir Rodrigue Milien sur son fauteuil roulant. L’homme qui chantait avec une vitalité populaire pleine d&rsquo;ironie et de tendresse croulait sous le poids d’une hypertension et d’un diabète écrasants.  Ce n’est plus le Rogrigue que l’on connaissait il y a une dizaine d’années,  rapportait Valery Daudier pour <a href="https://lenouvelliste.com/article/117456/martelly-decore-quatre-personnalites">Le Nouvelliste</a>.</p>
<p><strong>Satire déchirante</strong></p>
<p>Son état critique de santé présageait déjà qu’un jour, c’est sa guitare mélancolique et son œuvre musicale baignée de mélancolie, entre calypsos, meringues et rythmes populaires (Ibo) qui parleront pour sa vie dont la fin, pour le moins pathétique,  s’est révélée ténébreuse en raison de sa situation économique ruinée.</p>
<blockquote><p><strong>« Avec sa voix faite pour la satire déchirante, incisive, il fait mouche et amuse l&rsquo;auditeur irrésistiblement », note le critique musical Roland Leonard. </strong></p></blockquote>
<p>Sa réussite musicale, le succès grappillé  au fil des<em> hits </em>fut une réponse aux humiliations et aux mépris qu’il acquiesçait, lycéen. Il a gravi les échelons dans la musique en travaillant inlassablement pour la reconnaissance, devenant un monument grâce à une guitare et la voix fragile d’un <em>bluesman</em> dolent.</p>
<p>Rodrigue Milien, membre du groupe <em>Combite créole</em> avec « Toto », chantre du troubadour, populaire chanteur, né à Port-au-Prince en octobre 1946, nous a quittés samedi 25 septembre avait appris la rédaction. Auteur de morceaux bien connus comme « Byen jwen byen kontre », « Mizè Ti Nèg », le septuagénaire souffrait de diabète et d’hypertension artérielle, il marchait sur chaise roulante depuis au moins 10 ans et a été victime de plusieurs AVC.</p>
<p>Il a laissé derrière lui un répertoire musical important, de nombreux albums, des morceaux de boléro saupoudré de blues. Il a joué dans le film « Ala mizè pou Rodrigue » (1978) dont il assumé la bande originale.</p>
<p><strong>Rosny Ladouceur</strong></p>
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