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	<title>Lettre &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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	<description>Plus loin que l&#039;actualité</description>
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	<title>Lettre &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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		<title>Jacques Roche, que tu es beau, mon frère.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc Evens Lebrun]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jul 2020 00:34:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
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		<category><![CDATA[Jacques Roche]]></category>
		<category><![CDATA[Journaliste]]></category>
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					<description><![CDATA[Rodney Saint-Éloi, écrivain et éditeur né à Cavaillon en Haïti.  Crédit Photo : Pascal Dumont &#160; De Rodney Saint-Éloi Avec l’assassinat de Jacques Roche en juillet 2005, j’ai été tout aussi assassiné. Je n’ai plus de corps. Je n’ai plus de terre. Je n’ai plus de sang. Je vivais à Montréal mes premières années d’exil. Le pays était alors pour moi, face au cauchemar politique des uns et des autres, le visage de cet ami capital que j’aimais tant. Nous nous écrivions de longues lettres, car Jacques venait de découvrir la révolution numérique, il avait une adresse mail, et il...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Rodney Saint-Éloi, écrivain et éditeur né à Cavaillon en Haïti.  Crédit Photo : <a href="https://web.facebook.com/dumontphoto">Pascal Dumont</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>De <a href="https://web.facebook.com/rodney.sainteloi">Rodney Saint-Éloi</a></p>
<p>Avec l’assassinat de Jacques Roche en juillet 2005, j’ai été tout aussi assassiné.</p>
<p>Je n’ai plus de corps.</p>
<p>Je n’ai plus de terre.</p>
<p>Je n’ai plus de sang.</p>
<p>Je vivais à Montréal mes premières années d’exil.</p>
<p>Le pays était alors pour moi, face au cauchemar politique des uns et des autres, le visage de cet ami capital que j’aimais tant.</p>
<p>Nous nous écrivions de longues lettres, car Jacques venait de découvrir la révolution numérique, il avait une adresse mail, et il ne croyait pas ses yeux, c’était si facile de s’écrire et de se répondre. Il était un enfant qui avait découvert la possibilité du gâteau et de ses jouets favoris. Il publiait nos correspondances dans le journal « <em>Le matin » </em>dont il dirigeait la rubrique culturelle.</p>
<p>Ma grande amie Anaïse Chavenet, qui travaillait au journal, m’écrivait pour m’annoncer que Jacques Roche était kidnappé.</p>
<p>Je n’avais pas le temps de comprendre ce que voulait dire kidnappé quand il s’agit de l’ami Jacques.</p>
<p>Anaïse Chavenet m’avait parlé au téléphone le jour d’après pour me dire que les bandits avaient demandé une rançon.</p>
<p>Je n’avais encore rien compris.</p>
<p>Et moi, j’étais carrément abasourdi, avec ces mots, et leur charge de violences. Je ne savais quoi faire?</p>
<p>C’est le poète Willems Édouard, à son tour, sera assassiné à Port-au-Prince dix ans plus tard, qui m’a écrit un mot, tôt le matin, pour m’annoncer que le corps sans vie de Jacques Roche a été retrouvé sur le trottoir. Naturellement, je me suis mis à pleurer la mort de mon ami et de mon frère.</p>
<p>Nous sommes tous deux nés à Cavaillon.</p>
<p>Nous sommes tous deux des poètes fous, croyant faire de la poésie notre ancrage et notre refuge contre la barbarie</p>
<p>Nous avons ensemble essayé de comprendre ce que vivre veut dire, ce qu’écrire veut dire dans un pays de cannibales.</p>
<p>Nous avons été jeunes et rebelles, ensemble, à nous promener dans ces rues gonflées de ressentiments et d’orgueils fades.</p>
<p>Nous avons cru que les mots avaient des ailes et pouvaient tout changer.</p>
<p>Jacques et moi, nous rêvions de révolution.</p>
<p>Jacques et moi, nous rêvions de liberté</p>
<p>Jacques et moi, nous rêvions d’amour.</p>
<p>Je devais écrire à Jacques Roche, <a href="http://memoiredencrier.com/jacques-roche-je-tecris-cette-lettre-rodney-saint-eloi/">une lettre, une lettre d’amour pour refuser sa mort.</a></p>
<p>Je voulais savoir pourquoi a-t-on tué Jacques Roche?</p>
<p>J’ai écrit un tout petit livre. Pas un livre. Plutôt une lettre. Pour saluer sa mémoire. Pour me dire à moi-même tous les matins que Jacques, mon ami, mon frère, est bien vivant. Depuis 15 ans, tous les matins, je lis et relis ce poème, pour envisager la possibilité d’une île.</p>
<p>Je partage avec vous ce court extrait de <em>Jacques Roche, je t’écris cette lettre</em>.</p>
<h1 style="text-align: center"><em>Apprendras-tu l&rsquo;exil<br />
À tes pieds exilés<br />
Là-haut<br />
Tes pieds poudrés<br />
Toucheront le sol<br />
Seulement pour nous rappeler que<br />
Toute terre est fruit d’espérance</em></h1>
<p><em>Chacun d&rsquo;entre nous devrait écrire une lettre à un ami. Écrire ces mots qui rappellent notre présence. Lui dire que la ville est debout, que les bouleaux résistent aux saisons, que les goélands cachent loin des îles leurs cris de liberté. Chacun d&rsquo;entre nous devrait écrire à quelqu&rsquo;un pour lui dire que, même assassinés, les amis sont chers. Leur rire nous rend vivants. Honneur à Jacques Roche pour qui j&rsquo;écris ma plus longue lettre: que c&rsquo;est triste de mourir, sans ses yeux. Ton visage demeure dans mon souvenir comme un soleil.</em></p>
<p>Extrait de <em>Jacques Roche, je t’écris cette lettre</em>, Montréal, <a href="http://memoiredencrier.com/">Mémoire d’encrier,</a> 2013.</p>
<p>Ouvrage en en vente <a href="http://memoiredencrier.com/jacques-roche-je-tecris-cette-lettre-rodney-saint-eloi/">Ici</a></p>
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		<title>Jacques Roche, je t’écris cette lettre</title>
		<link>https://imediaayiti.com/2020/07/11/jacques-roche-je-tecris-cette-lettre/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc Evens Lebrun]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Jul 2020 02:33:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>
		<category><![CDATA[Assassinat]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Roche]]></category>
		<category><![CDATA[Lettre]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Rodney Saint-Éloi]]></category>
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					<description><![CDATA[Ici le prologue ainsi que la quatrième de couverture du recueil de poésie de Rodney Saint-Éloi titré « Jacques Roche je t’écris cette lettre ». Un livre de poésie paru le 28 février 2013 sous la direction des éditions  »Mémoire d’encrier » dans lequel les deux amis  »Jacques Roche et Rodney Saint-Éloi » dialoguent dans une longue lettre de deuil en forme de poème. Prologue Jacques Roche, mon ami, est assassiné à Port-au-Prince le 14 juillet 2005. Il m’a adressé sa dernière lettre, quelques jours avant que les bourreaux n’aient étouffé sa voix. Il m’a écrit : « Je viens vers toi...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Ici le prologue ainsi que la quatrième de couverture du recueil de poésie de Rodney Saint-Éloi titré « Jacques Roche je t’écris cette lettre ». Un livre de poésie paru le 28 février 2013 sous la direction des éditions  »Mémoire d’encrier » dans lequel les deux amis  »Jacques Roche et Rodney Saint-Éloi » dialoguent dans une longue lettre de deuil en forme de poème. </strong></p>
<p><strong>Prologue</strong></p>
<p>Jacques Roche, mon ami, est assassiné à Port-au-Prince le 14 juillet 2005. Il m’a adressé sa dernière lettre, quelques jours avant que les bourreaux n’aient étouffé sa voix. Il m’a écrit : « Je viens vers toi et t’offre mon songe ».</p>
<p>J’existe depuis dans le souvenir de la parole donnée.</p>
<p>Qui me dira comment nommer la mort quand le tombeau est celui d’un ami. On apprend l’oubli et le deuil. On pleure en silence alors que remonte le fleuve de l’amitié, embrassant le visage lunaire de l’absent. Le pays perdu défile telle la silhouette diaphane de l’ange de nos rêves d’enfant. La certitude c’est que les nuages ne seront plus les mêmes. Ni le ciel bleu. Ni les mers. Ni les montagnes.</p>
<p>Jacques, j’ai parfois le sentiment étrange que tu n’as jamais existé. Pourquoi as-tu mis tant de bonté et de chansons dans ce mot qui s’appelle vivre ? Frémissent les moindres gestes où s’éveille ta fièvre de jeune homme insoumis. Suffit-il que tu ouvres les bras pour que se répande la lumière.</p>
<p>Jacques, je t’écris de Montréal, avec au cœur, les bris de l’île, l’encre séché du poème, les cris de colère. J’accueille au bout du petit matin d’hiver tes mots. Bats en moi ton souffle, ta révolte et ton combat pour que les rêves ne soient pas piétinés.</p>
<p>Où es tu Jacques dans le songe que nous avons ensemble songé.</p>
<p>Qu’ont-ils fait de ton rire ?</p>
<p>Que peut le poème pour garder en nous la lumière ?</p>
<p>Je t’écris cette lettre et repense à tes phrases verticales. Tu demeures dans ma nuit une étoile incendiée. Les assassins n’ont pas le pouvoir de nommer nos songes. Mille drapeaux flottent dans nos cœurs comme des tisons d’espoir. Le feu est dans chacun de tes mots, Jacques. Que tes pieds, tes mains, tes yeux et tous tes membres soient entiers à ton corps !</p>
<p>Cher Jacques, mon frère, ne meurs pas, car si tu meurs, le vent meurt avec ton hombre, ou meurs si ton songe est le sang qui grandit l’horizon.</p>
<figure id="attachment_4378" aria-describedby="caption-attachment-4378" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/07/Ouvrages-RSE.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-4378 lazyload" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/07/Ouvrages-RSE.jpg" alt="" width="310" height="505" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/07/Ouvrages-RSE.jpg 310w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2020/07/Ouvrages-RSE-184x300.jpg 184w" sizes="auto" /></a><figcaption id="caption-attachment-4378" class="wp-caption-text">Recueil de poème de Rodney Saint-Éloi</figcaption></figure>
<p>Chacun d’entre nous devrait écrire une lettre à un ami. Écrire ces mots qui rappellent notre présence. Lui dire que la ville est debout, que les bouleaux résistent aux saisons, que les goélands cachent loin des îles leurs cris de liberté. Chacun d’entre nous devrait écrire à quelqu’un pour lui dire que, même assassinés, les amis sont chers. Leur rire nous rend vivants. Honneur à Jacques Roche pour qui j’écris ma plus longue lettre: que c’est triste de mourir, sans ses yeux. Ton visage demeure dans mon souvenir comme un soleil.</p>
<p>Ce livre-hommage est un rappel à la mémoire. Kidnappé le 10 juillet 2005 à Port-au-Prince, le corps de Jacques Roche a été retrouvé le 14 juillet 2005. C’est cet acte barbare qui nourrit le poème.</p>
<h1 style="text-align: center">Apprendras-tu l’exil</h1>
<h1 style="text-align: center">À tes pieds exilés</h1>
<h1 style="text-align: center">Là-haut</h1>
<h1 style="text-align: center">Tes pieds poudrés</h1>
<h1 style="text-align: center">Toucheront le sol</h1>
<h1 style="text-align: center">Seulement pour nous rappeler que</h1>
<h1 style="text-align: center">Toute terre est fruit d’espérance</h1>
<p>&nbsp;</p>
<p>Né en Haïti, Rodney Saint-Éloi vit à Montréal depuis 2001. Écrivain, éditeur, passeur de mots et de mémoires, Prix Charles-Biddle 2012, il est l’auteur d’essais, de récits, d’anthologies et de recueils de poèmes.</p>
<p>28 février 2013 (Québec)</p>
<p>Rodney Saint-Éloi</p>
<p><a href="http://memoiredencrier.com/rodney-saint-eloi/">Lire les notes biographiques de Rodney Saint-Éloi</a></p>
<p><strong>En vente <a href="https://transaction.memoiredencrier.com/fr">ici.</a></strong></p>
<p>Disponible en <a href="http://memoiredencrier.com/jacques-roche-je-tecris-cette-lettre-rodney-saint-eloi/">version papier et numérique</a></p>
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