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		<title>Haïti : ces non-voyants qui ont décidé de voir grand !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luckson SAINT-VIL]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Sep 2020 18:48:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Art]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
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					<description><![CDATA[Le quotidien des personnes atteintes de déficience visuelle n’est pas toujours facile. Faute d&#8217;encadrements, elles peinent à s&#8217;adapter à la vie sociale, voire intégrer le milieu artistique. En Haïti, elles sont nombreuses à vouloir se consacrer à leurs passions, mais souvent découragées. Malgré des écueils, certaines se jettent à l’eau. Atteint de mal voyance, Jonas Lamarque, dans la trentaine, a effectué ses études en communication sociale à l&#8217;Université de Port-au-Prince. Ce jeune garçon qui refuse de voir sa cécité comme un obstacle, a étudié également l&#8217;informatique, une discipline qu’il utilise comme outil technologique adapté pour les non-voyants. Dès son jeune...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>Le quotidien des personnes atteintes de déficience visuelle n’est pas toujours facile. Faute d&rsquo;encadrements, elles peinent à s&rsquo;adapter à la vie sociale, voire intégrer le milieu artistique. En Haïti, elles sont nombreuses à vouloir se consacrer à leurs passions, mais souvent découragées. Malgré des écueils, certaines se jettent à l’eau.</em></strong></p>
<p>Atteint de mal voyance, Jonas Lamarque, dans la trentaine, a effectué ses études en communication sociale à l&rsquo;Université de Port-au-Prince. Ce jeune garçon qui refuse de voir sa cécité comme un obstacle, a étudié également l&rsquo;informatique, une discipline qu’il utilise comme outil technologique adapté pour les non-voyants. Dès son jeune âge, M. Lamarque exprime une passion pour l’art. En 2008, il a fondé une association culturelle spécialement pour les non-voyants. Cependant, il lui était difficile de trouver un metteur en scène qui voudrait nouer collaboration avec l’équipe. <em>« Malgré les embûches que nous avons rencontrées, nous avons relevé ce défi. C’est en effet un message pour dire qu&rsquo;une personne en situation de handicap n&rsquo;est pas un signe de faiblesse »,</em> lâche Jonas.</p>
<p>Si le séisme du 12 janvier 2010 a mis un terme au projet « RÈL » de Jonas Lamarque, cela n&rsquo;a pas, pour autant, détourné le comédien de son enthousiasme pour le théâtre. Si pour certains, cette catégorie d&rsquo;art est négligeable, pour Jonas, le théâtre est un outil de réflexion et de formation.</p>
<p><em>« Je sais que je vis dans une société de discriminations et de préjugés. Je sais que je fais partie des personnes exclues, j&rsquo;utilise le théâtre pour m&rsquo;intégrer et démontrer à tout le monde que les personnes en situation de handicap peuvent aussi accomplir quelque chose de bon. Lorsque les gens sont en face d&rsquo;une performance de non-voyants, ils sont sous le choc à première vue, au fur et à mesure qu&rsquo;ils découvrent les personnages et commencent à se questionner. De là, le message devient plus facile à véhiculer »,</em> relate Jonas Lamarque.</p>
<p><strong><em>Angeline Douge : une non-voyante qui sait jouer au keyboard</em></strong></p>
<p>Elle a décidé d’apprendre à jouer au Keyboard. Habitant à Clercine, elle prenait ses cours de Keyboard à Cité-Soleil. <em>« Pour moi, jouer d&rsquo;un instrument est une belle aventure. Je n&rsquo;ai jamais aimé les instruments à vent, ni les instruments à corde. Le Keyboard m’attire », </em>déclare la jeune chanteuse. Pourtant, la première fois qu&rsquo;elle a sollicité l&rsquo;aide de quelqu&rsquo;un pour lui inculquer le solfège du Keyboard, il a refusé.</p>
<p>Il lui a fait comprendre qu&rsquo;un non-voyant ne pourrait devenir un instrumentiste. Elle ne s’est pas laissé décourager, elle continue à se perfectionner. Aujourd’hui, elle compte évoluer dans le secteur musical, partager son énergie avec le public et illuminer les autres par son talent.</p>
<p><strong><em>Un non-voyant passionné de Slam</em></strong></p>
<p>Âgé de 24 ans, étudiant en communication sociale à l&rsquo;Université de Port-au-Prince, Jerry Hilaire s&rsquo;adonne au slam depuis déjà sept ans. Ce n&rsquo;est que cette année qu&rsquo;il lancera officiellement sa carrière. Face aux discriminations dont il faisait l&rsquo;objet, il a choisi d&rsquo;exprimer ses ressentiments. Pour la réalisation de ce projet, le jeune slameur ne dispose que de ses propres moyens financiers.<em> « Je me sers du slam comme un canal pour cracher mes frustrations », </em>Confie Jerry Hilaire soulignant que Personne ne devrait se laisser empêcher par un quelconque handicap. <em>« Il suffit de croire. Croire en ses potentiels, croire en soi »,</em> poursuit-t-il.</p>
<p>Chaque fois qu&rsquo;il investissait une scène pour la première fois, l&rsquo;impression que les gens murmuraient à cause de sa situation de handicap l&rsquo;envahissait. L&rsquo;angoisse d&rsquo;être mal perçu par le public ne l&rsquo;a pas déroutée de son intention : projeter au grand jour son amertume.</p>
<p><strong><em>L&rsquo;art, au-delà du regard</em></strong></p>
<p>Cindy Pierre-Louis a étudié la communication avant de pratiquer la musique, la poésie et le théâtre. Son amour pour l&rsquo;art ne date pas d&rsquo;hier. Dès son enfance elle marchait sous les pas du théâtre. À l&rsquo;école elle synchronisait des sketchs, ainsi qu’à l&rsquo;église. Non-voyante, Cindy Pierre-Louis aimait se faire raconter des histoires, afin de visualiser les images dans son esprit<em>. « J&rsquo;aimais raconter aux plus petits des histoires comme on me les racontait. Je n&rsquo;ai jamais pensé qu&rsquo;un jour je deviendrais une conteuse »,</em> avoue Cindy. En 2017, elle a croisé la route de l&rsquo;association « Théâtre Toupatou ».</p>
<p>La comédienne compte à son actif plusieurs participations aux festivals nationaux et internationaux. En l&rsquo;occurrence : le Festival Quatre Chemins, Kont anba tonèl, la Quinzaine Internationale Handicap et Culture&#8230; Sa carrière allait prendre une autre tournure avec la <em>pièce « j&rsquo;ai vengé la race ». Un texte de grand calibre qu&rsquo;elle a pu jouer avec succès. Après cette réussite, je me suis promise de m&rsquo;engager dans le théâtre, j&rsquo;ai compris que j&rsquo;avais un don pour cette catégorie d&rsquo;art », </em>ajoute la conteuse.</p>
<p>En vue de dissiper les stéréotypes et de faciliter l&rsquo;inclusion des personnes en situation de handicap, Johny Zéphirin a créé la Quinzaine Internationale Handicap et Culture. D’entrée de jeu, les responsables ont recruté des artistes avec une déficience. Ces personnes ont suivi des séances de formation avec la production Théâtre Toupatou, pour ensuite les mettre à l’œuvre.<em> « Comme des professionnels, nous signons des contrats avec ces artistes et nous les accompagnons vers d&rsquo;autres projets pour qu&rsquo;ils puissent jouer sur des scènes nationales  et internationales »,</em> dit le directeur artistique de la Quinzaine Internationale Handicap et Culture.</p>
<p>Il existe très peu de matériels de travail adéquat pour ces personnes, surtout pour celles ayant un trouble visuel. L&rsquo;insertion des personnes en situation de handicap dans le milieu culturel haïtien est difficile. <em>« Cela remonte à huit ans depuis que j&rsquo;ai commencé à travailler avec des personnes en situation de handicap. Contrairement à ce qu&rsquo;on pourrait croire, le travail n&rsquo;est pas compliqué. Il faut avoir avant tout une bonne méthode d&rsquo;approche pour éviter de les stigmatiser. Il faut pouvoir développer son sens d&rsquo;observation »,</em> précise Johny Zéphirin.</p>
<p>Toutefois, l&rsquo;intégration des personnes en situation de handicap dans des circuits artistiques conduirait à leur épanouissement. Et aussi amener la société à ne plus les considérer comme des personnes limitées, incapables d’épater le monde.</p>
<p><strong><em>Pharah Djine Colin</em></strong></p>
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		<title>Inclusion des sourds-muets en Haïti : entre efforts et mépris</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Luckson SAINT-VIL]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Sep 2020 02:07:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Reportage]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[Handicap]]></category>
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					<description><![CDATA[En Haïti, les personnes souffrant d’un handicap sont généralement marginalisées, discriminées et livrées à elles-mêmes. De cette catégorie, les déficients auditifs payent un lourd tribut. Les blocages qui se dressent devant eux sont d&#8217;autant plus criants et pénibles qu&#8217;ils concernent entre autres l&#8217;Éducation et l&#8217;inclusion sociale. Des gestes de la main, parfois avec d’autres parties des membres supérieurs, un visage expressif… il s’agit de deux sourds-muets engagés à fond dans une conversation ponctuée souvent d’éclats de rire. Nous sommes à Pétion-ville, grande agglomération de Port-au-Prince, devant une salle du Royaume des Témoins de Jéhovah. Chez les « Témoins », l’apprentissage...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>En Haïti, les personnes souffrant d’un handicap sont généralement marginalisées, discriminées et livrées à elles-mêmes. De cette catégorie, les déficients auditifs payent un lourd tribut. Les blocages qui se dressent devant eux sont d&rsquo;autant plus criants et pénibles qu&rsquo;ils concernent entre autres l&rsquo;Éducation et l&rsquo;inclusion sociale.</em></strong></p>
<p>Des gestes de la main, parfois avec d’autres parties des membres supérieurs, un visage expressif… il s’agit de deux sourds-muets engagés à fond dans une conversation ponctuée souvent d’éclats de rire. Nous sommes à Pétion-ville, grande agglomération de Port-au-Prince, devant une salle du Royaume des Témoins de Jéhovah. Chez les « Témoins », l’apprentissage de la langue des signes est très encouragé. C’est gratuit. Un fidèle explique que c’est le premier pas vers une inclusion effective de cette catégorie au sein de leur communauté. « Sans ce programme il nous serait impossible de toucher ces gens dans le cadre de notre programme de prédication », dit-il.</p>
<p>En effet, pour parler d’intégration réelle des sourds-muets, du respect de leur droit et l’égalité des chances, ces derniers doivent pouvoir communiquer entre eux et avec d’autres membres de la société. Ainsi, l’apprentissage de la langue des signes devient incontournable. Cependant, c&rsquo;est un processus qui peine encore à s’introduire dans le milieu éducatif haïtien. Ce, des dispositions légales de l’article 39 de la loi du 13 mars 2012 portant sur l’intégration des personnes handicapées. L’Institut Haïtien de Langue des Signes, pour renforcer ce processus, a décidé d&rsquo;offrir son service à la communauté depuis février 2017.</p>
<p>Des données sur la surdité et la mutité sont rares en Haïti. Dans un article paru dans le Global <em>Press Journal</em>, des experts locaux ont évalué le nombre de personnes atteintes de déficience auditive à environ 72 000 en 2003. La plupart d’entre eux n’utilisaient aucune forme de langue des signes. Pourtant, cette langue gestuelle et visuelle est la plus utilisée par les sourds-muets et est apprise par des entendants souhaitant communiquer avec la communauté sourde. C&rsquo;est dans cette optique que Fenel Bellegarde a cofondé, depuis tantôt 3 ans, l’Institut Haïtien de Langue des Signes (IHLS). Il soutient qu&rsquo;avant il n’existait aucun centre d&rsquo;apprentissage formel de ce type. Une initiative qui s&rsquo;explique par un besoin des entendants d’apprendre la langue des signes afin de pouvoir communiquer avec les personnes atteintes de surdité.</p>
<p><strong>L’apport de l’Institut Haïtien de Langue des Signes</strong></p>
<p>Cette formation intéresse pas mal de jeunes haïtiens. « La demande est considérable. Mais les moyens financiers, dont 1000 gourdes pour les frais d’inscription et 5000 gourdes pour la session, qui dure 3 mois, font souvent défaut aux intéressés », Regrette Fenel Bellegarde.  Les motivations des apprenants sont variées. Certains viennent à cause d’un proche mal entendant, d’autres par simple curiosité et d’autres encore pour une carrière professionnelle. « On y rencontre beaucoup plus de jeunes professionnels », avance le co-fondateur de l’IHLS.</p>
<p>Tout comme les autres langues existantes, la langue des signes n’est pas universelle. Chaque pays possède la sienne. En Haïti, on utilise la Langue des Signes Américaine (ASL) comme référence pédagogique. Elle a été introduite dans le pays en 1945 par la missionnaire américaine, Margareth John. Elle est enseignée à trois niveaux et est sanctionnée par un certificat après avoir bouclé les trois étapes à l’IHLS. En effet, des mots propres du créole haïtien sont difficiles à être traduits. Les sourds inventent leurs signes, étant donné qu’ils ne sont pas dispensés à l’école, selon Scheneide LorvensVilbrun, professeur de niveau 1 à l’IHLS depuis janvier 2020. « À cet égard, la Fédération Nationale des langues des signes d’Haïti travaille d’arrache-pied en vue d&rsquo;instaurer une Langue des Signes Haïtienne d&rsquo;ici à 2022 », assure-t-il.</p>
<p>Dans une salle de classe (de 15 à 20 étudiants), il raconte comment ça se passe : « Dès, la rentrée, on leur parle de l’origine de la langue. À ce niveau, on les apprend des gestes de salutations et de présentation. » Pour mieux transmettre ce savoir, il est souvent supervisé par des sourds, enchaine-t-il. Apprendre cette langue, s’exprimer uniquement par des mouvements corporels et des expressions faciales représente un défi majeur pour certains. « Mémoriser les signes et le respect de leur configuration constituent les principales difficultés rencontrées au début », estime le jeune professeur qui soutient que l’apprentissage de cette langue requiert beaucoup de dispositions. « Il faut être en contact permanent avec les sourds pour pouvoir mieux développer les aptitudes nécessaires », poursuit-il.</p>
<p><strong>Langue des signes et opportunités</strong></p>
<p>En dehors de la curiosité, de vraies opportunités existent pour ceux qui apprennent cette langue. « Devenir interprète de langue des signes après avoir bouclé les trois niveaux à l’IHLS est très rentable. Des organisations internationales, des organisations non gouvernementales, des établissements scolaires recrutent souvent des interprètes de langue des signes », certifie Schneide Lorvens Vilbrun, interprète à l’école St John Margaret. Il confie que sa motivation d’apprendre cette langue a pris forme à la suite de sa participation à une mise en scène de sourds-muets lors d’une remise de certificat aux étudiants à l’IHLS en 2017.</p>
<p>Des progrès concrets sont réalisés durant ces dernières années dans ce domaine. Tels que l’entrée en vigueur de la loi du 13 mars 2012 sur l’intégration des personnes handicapées et la traduction en langue de signes de certains programmes par des stations de télévision.  Selon Fenel Bellegarde, beaucoup reste à faire tant au niveau étatique qu’au niveau sociétal. Il croit fermement que l’apprentissage de cette langue favoriserait l’intégration, l’inclusion, la socialisation des sourds-muets.</p>
<p>Tout ceci doit émaner d&rsquo;un plan global, d&rsquo;une vision éclairée et d&rsquo;une volonté de servir. Il est temps que les gouvernants apprennent à planifier en pensant aux personnes ayant des besoins spéciaux. Ils doivent être au centre de tout projet. Afin que désormais, le véritable handicap soit uniquement une déficience physique, mais non un manque de vision des politiques.</p>
<p><strong>Schneidine Louis</strong></p>
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