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	<title>Pharah-Djine Colin &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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	<description>Plus loin que l&#039;actualité</description>
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	<title>Pharah-Djine Colin &#8211; IMEDIA AYITI</title>
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	<item>
		<title>L’alarmante pratique de l&#8217;avortement en Haïti</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Pharah-Djine Colin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Jul 2021 13:09:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Avortement]]></category>
		<category><![CDATA[Cytotec]]></category>
		<category><![CDATA[Femme]]></category>
		<category><![CDATA[IVG]]></category>
		<category><![CDATA[Mortalité maternelle]]></category>
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					<description><![CDATA[En Haïti, des femmes continuent de se faire avorter dans l&#8217;illégalité et dans la clandestinité. Alors que l&#8217;avortement est la troisième cause de mortalité maternelle enregistrée jusque-là. Les motifs de l&#8217;Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) sont divers, les méthodes utilisées varient du milieu rural au milieu urbain. Les impacts de cette pratique sur la femme qui se fait avortée, souvent négligés, sont à prendre en compte. Selon les résultats de l&#8217;étude EMMUS-3 effectuée en Haïti, la fréquence de l’avortement augmente avec l’âge de la femme et le nombre d’enfants vivants : « 16 % des femmes de 40-49 ans ont avoué avoir avorté, au moins, une fois au cours...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span id="p779">En Haïti, des femmes continuent de se faire avorter dans l&rsquo;illégalité et dans la clandestinité.</span><span id="p712"> Alors que l&rsquo;avortement est la troisième cause de mortalité maternelle enregistrée jusque-là.</span><span id="p713"> Les motifs de l&rsquo;Interruption Volontaire de Grossesse <span id="p710">(IVG)</span> sont divers, les méthodes utilisées varient du milieu rural au milieu urbain.</span></strong><span id="p714"><strong> Les impacts de cette pratique sur la femme qui se fait avortée, souvent <span id="756" class="s-rg-t">négligés</span>, sont à prendre en compte.</strong><br />
</span><br />
<span id="p715">Selon les résultats de l&rsquo;étude <span id="757" class="s-rg-t">EMMUS-3</span> effectuée en Haïti, la fréquence de l’avortement augmente avec l’âge de la femme et le nombre d’enfants vivants :</span><span id="p716"> « 16 % des femmes de 40-49 ans ont avoué avoir avorté, au moins, une fois au cours de leur vie contre 4 % de 25-29 ans.</span><span id="p717"> De plus, parmi les femmes de 40-49 ans, 10 % ont effectué un seul avortement tandis que 6 % ont déclaré avoir avorté deux fois ou plus ».<br />
</span><br />
<span id="p718"><span id="758" class="s-rg-t">Chantale*</span>, cette dame âgée aujourd&rsquo;hui de 50 ans, qui a dû faire face à un avortement, expose son histoire.</span><span id="p719"> « J’ai avorté trois fois, ma situation financière m&rsquo;y a poussé.</span><span id="p720"> Je n&rsquo;avais que deux enfants en bas âge lorsque j&rsquo;ai fait mon premier avortement.</span><span id="p721"> L&rsquo;argent que gagnait mon mari ne pouvait subvenir aux besoins de la maison.</span><span id="p722"> Après mon troisième avortement, mon médecin m&rsquo;a fait comprendre que si je continuais dans cette voie, cela pourrait nuire à ma santé.</span><span id="p783"> Lorsque je suis tombée enceinte quelques années plus tard, je voulais garder l&rsquo;enfant, mais j&rsquo;ai fait une <span id="784" class="s-bl-t">fausse-couche »,</span> confie-t-elle avec regret.<br />
</span><br />
<span id="p782"><strong>Les risques augmentent à compter du 4e mois.</strong><br />
</span><br />
<span id="p725">La majorité des femmes ont avorté entre 2 et 4 mois de grossesse <span id="761" class="s-ve-t">soit</span> 73 %.</span><span id="p726"> C&rsquo;est le cas de <span id="763" class="s-rg-t">Josette*</span> âgée de 25 ans qui a eu recours à un avortement cinq années auparavant.</span><span id="p786"><span id="788" class="s-bl-t"> « Au</span> début de ma grossesse, je ne voulais pas avorter.</span><span id="p728"> Mon petit ami de l&rsquo;époque avait déjà des enfants, il ne voulait pas d&rsquo;un autre, en tout cas pas tout de suite.</span><span id="p729"> Au 4e mois, j&rsquo;ai essayé de mettre un terme à ma grossesse, de l&rsquo;injection à des comprimés, rien n&rsquo;y fît.</span><span id="p730"> J&rsquo;étais obligée de passer par le curetage », témoigne <span id="765" class="s-rg-t">Josette*</span>.<br />
</span><br />
<span id="p732">L&rsquo;IVG devient dangereuse lorsque la grossesse est à un stade avancé.</span><span id="p733"> Docteur <span id="768" class="s-rg-t">Jovens</span> Antoine, <span id="769" class="s-rg-t">géneraliste</span>, décrit les complications résultant d&rsquo;un avortement.</span><span id="p734"> « C&rsquo;est un grand risque de se faire avorter après 4 mois de grossesse, car tous les organes du bébé sont déjà formés.</span><span id="p735"> L&rsquo;IVG peut engendrer la stérilité parce que l&rsquo;utérus est perforé.</span><span id="p736"> Un avortement peut causer une hémorragie lorsque l&rsquo;interruption n&rsquo;est pas complète.</span><span id="p790"> Cela peut déboucher sur une infection où la personne doit procéder à une hystérectomie <span id="p789">(un acte chirurgical qui consiste à enlever l&rsquo;utérus)</span> ou à même une septicémie où l&rsquo;infection devient générale, ce qui peut provoquer la mort de la femme qui s&rsquo;est fait <span id="791">avortée »,</span> déclare-t-il.</span><span id="p738"></span></p>
<p><span id="p743">Selon l&rsquo;étude de l&rsquo;<span id="771" class="s-rg-t">Emmus-5</span>, les données montrent que les femmes ont recours principalement à deux méthodes :</span><span id="p744"> le misoprostol <span id="p742">(39 %)</span> et la dilatation et curetage/aspiration <span id="p741">(36 %)</span>.</span><span id="p745"> Dans un cas sur quatre, les femmes ont utilisé des plantes/décoctions <span id="p740">(26 %)</span> et un quart des femmes ont utilisé des injections ou comprimés <span id="p739">(25 %)</span>.</span></p>
<blockquote><p><span id="p747">« Le misoprostol ou <span id="772" class="s-rg-t">Cytotec</span> est un médicament sous forme de comprimés qui est apte à bloquer l&rsquo;action de la grossesse.</span><span id="p748"> Il dilate le col de l&rsquo;utérus, provoque des contractions et expulse le foetus.</span><span id="p749"> Toutefois, le <span id="773" class="s-rg-t">cytotec</span> est un médicament prescrit généralement contre l&rsquo;ulcère, son effet secondaire entraîne l&rsquo;interruption de grossesse », </span></p></blockquote>
<p><span id="p749">ajoute Docteur Antoine.<br />
</span><br />
<span id="p750">« Je suis tombée enceinte à l&rsquo;âge de 19 ans, je ne voulais pas d&rsquo;un enfant.</span><span id="p751"> Sous le conseil de mon petit ami, j&rsquo;ai ingéré 3 comprimés de <span id="775" class="s-rg-t">cytotec</span> avec de la bière.</span><span id="p793"> Pendant plusieurs semaines, j&rsquo;ai ressenti des malaises au niveau de l&rsquo;estomac, de mon ventre et des nausées à répétitions.</span><span id="p753"> Heureusement, la grossesse a été interrompue », raconte <span id="777" class="s-rg-t">Nadège*</span>.<br />
</span><br />
<span id="p754">Cependant, l’interruption volontaire de la grossesse <span id="778" class="s-rg-t">traine</span> derrière elle parfois des séquelles psychologiques considérable chez la femme ayant eu recours à l’avortement.<br />
</span></p>
<p><span id="p800"><strong>L&rsquo;avortement laisse des </strong><span id="823" class="s-bl-t"><strong>marques</strong><br />
</span></span><br />
<span id="p801">Que ce soit sous la contrainte ou sous une décision consciente, mettre un terme à une grossesse, <span id="824" class="s-rg-t">a</span> des effets psychosociaux sur la mère.</span><span id="p802"> Le psychologue, <span id="825" class="s-rg-t">Peterson</span> <span id="826" class="s-rg-t">Antenor</span> explique les sentiments qui sont susceptibles d&rsquo;envahir une femme qui s’est faite avortée sont multiples.<br />
</span><span id="p803"></span><br />
<span id="p806">« Une femme qui s’est faite <span id="834" class="s-rg-t">avortée</span> est non seulement en proie <span id="835" class="s-rg-t">à</span> des tensions ou <span id="836" class="s-rg-t">mêmes</span> troubles psychologiques <span id="p805">(trouble anxieux, dépression, stress, <span id="832" class="s-rg-t">idées</span> suicidaires)</span>, mais aussi <span id="837" class="s-rg-t">à</span> des facteurs qui peuvent influencer son rapport <span id="838" class="s-rg-t">à</span> soi et aussi avec les autres <span id="p804">(sentiment de honte, d’humiliation, peur d’<span id="828" class="s-rg-t">être</span> <span id="829" class="s-rg-t">jugé</span> et d’<span id="830" class="s-rg-t">être</span> rejeter par son entourage)</span>.</span><span id="p807"> Ces femmes peuvent ressentir un sentiment de culpabilité <span id="840" class="s-rg-t">à</span> cause des pressions de leur entourage et aussi à cause de leur moral ou leur représentation de l’avortement.</span><span id="p808"> La culpabilité peut <span id="843" class="s-rg-t">être</span> ressentie <span id="844" class="s-rg-t">à</span> cause du fait que la femme ou le couple se dit qu’il aurait du avoir une relation sexuelle <span id="846" class="s-rg-t">protégée</span> », explique le psychologue.<br />
</span><br />
<span id="p809">Cependant, le disciple de Kurt <span id="847" class="s-rg-t">Lewin</span> <span id="848" class="s-rg-t">precise</span> que chaque femme fait face à cette situation différemment.</span><span id="p861"> Cela dépend de ses valeurs, sa socialisation et les conditions dans lesquelles elle s&rsquo;est faite avortée.</span><span id="p811"></span></p>
<p><span id="p815">« Ce sont l’ensemble de ses éléments <span id="p812">(<span id="850" class="s-or-t">valeur</span> ;</span><span id="p813"> socialisation ;</span><span id="p814"> milieu de socialisation)</span> qui vont influencer le mécanisme par lequel une femme ou un couple évitera diverses complications d’ordres psychosociaux, mais aussi physiques.</span><span id="p816"> La femme qui s’est faite <span id="852" class="s-rg-t">avortée</span> doit compter sur le soutien de son entourage qui ne doit pas porter de jugements sur son acte.</span><span id="p817"> Son entourage ou ses proches doivent l’accompagner dans les moments angoissants afin qu’elle puisse passer le cap.</span><span id="p818"> Si cette aide n’est pas <span id="853" class="s-rg-t">trouvée</span> dans son entourage, la femme doit se <span id="854" class="s-rg-t">référer</span> <span id="855" class="s-rg-t">à</span> des professionnels en <span id="856" class="s-rg-t">santé</span> mentale pour l’aider <span id="857" class="s-rg-t">à</span> redonner un sens et pouvoir vivre normalement après l’acte », recommande le psychologue <span id="859" class="s-rg-t">Peterson</span> <span id="860" class="s-rg-t">Antenor</span>.<br />
</span><br />
<span id="p820">En 2021 encore, l&rsquo;Interruption Volontaire de Grossesse <span id="p819">(IVG)</span> est illégale en Haïti.</span><span id="p821"> Cependant le nouveau code pénal en son article 328 propose d’abroger l&rsquo;article 262 du code pénal de 1825 qui incriminait l&rsquo;avortement.</span></p>
<p><span id="p864">Dans ce code pénal qui entrera en vigueur en juin 2022, cette pratique sera dépénalisée.</span><span id="p865"> Et l’article 328 dicte :</span><span id="p866"> « <span id="872" class="s-rg-t">l</span>&lsquo;Interruption de la grossesse pratiquée sans le consentement libre et éclairé de la gestante, ou au-delà du délai de douze semaines, ou en méconnaissance des exigences de la science médicale est passible d&rsquo;un emprisonnement de cinq ans à sept ans et d&rsquo;une amende de 50 000 gourdes à 100 000 gourdes.</span><span id="p867"> Quiconque, en dehors des exigences de la science médicale, par aliments, breuvages, médicaments ou autres, aura provoqué l&rsquo;avortement d&rsquo;une femme enceinte sans son consentement est passible des mêmes peines.</span><span id="p868"> La peine est la même si l&rsquo;avortement est provoqué par la violence physique.</span><span id="p869"> Les médecins, chirurgiens, les autres officiers de santé et les pharmaciens qui auront indiqué ou administré ces moyens seront condamnés à la même peine si l&rsquo;avortement s&rsquo;en est suivi.</span><span id="p870"> Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;infraction lorsque la grossesse résulte d&rsquo;un viol ou d&rsquo;un inceste ou lorsque la santé physique ou mentale de la femme est en danger ».</span></p>
<p><span id="p871"><span id="873" class="s-rg-t">Pharah-Djine</span> Colin</span></p>
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		<item>
		<title>Martissant : les dessous d’une urbanisation anarchique</title>
		<link>https://imediaayiti.com/2021/03/02/martissant-les-dessous-dune-urbanisation-anarchique/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Pharah-Djine Colin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Mar 2021 16:54:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Anarchie]]></category>
		<category><![CDATA[Col Vert]]></category>
		<category><![CDATA[Martissant]]></category>
		<category><![CDATA[Urbanisation]]></category>
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					<description><![CDATA[En période pluvieuse, les inondations du quartier de Martissant sont monnaie-courante. Un phénomène qui s’accentue en pleine saison cyclonique. Les inondations provoquées sont souvent lourdes de conséquences. Morts, disparus et blessés s’en suivent. Une autre conséquence sur le quotidien des citoyens est l’embouteillage monstre occasionné. Car, Martissant forme avec deux autres quartiers, une intersection incontournable pour la traversée vers 4 départements. Préoccupées par ce problème, certaines institutions pointent du doigt « un laisser-faire » ayant abouti à une véritable urbanisation anarchique. Le trajet quotidien de Jasmine, étudiante en médecine à la Faculté de Médecine de l’Université d’Etat d’Haïti, dure en...]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>En période pluvieuse, les inondations du quartier de Martissant sont monnaie-courante. Un phénomène qui s’accentue en pleine saison cyclonique. Les inondations provoquées sont souvent lourdes de conséquences. Morts, disparus et blessés s’en suivent. Une autre conséquence sur le quotidien des citoyens est l’embouteillage monstre occasionné. Car, Martissant forme avec deux autres quartiers, une intersection incontournable pour la traversée vers 4 départements. Préoccupées par ce problème, certaines institutions pointent du doigt « un laisser-faire » ayant abouti à une véritable urbanisation anarchique.</em></strong></p>
<p>Le trajet quotidien de Jasmine, étudiante en médecine à la Faculté de Médecine de l’Université d’Etat d’Haïti, dure en moyenne 1 h en transport public. Quand il y a embouteillages, elle se voit obligée d’emprunter la route à pied, de Martissant 21 jusqu&rsquo;à la rue de Oswald Durand. Ce qui lui a coûté 2 h de son temps de cours et ses habits propres.</p>
<p>Ce jour-là, sa ponctualité habituelle a été compromise. Elle a même failli rater de peu un examen d&rsquo;anatomie en octobre 2019, quoiqu&rsquo;elle se soit levée tôt. Consternée, elle raconte sa mésaventure : « À cause de l&#8217;embouteillage, il m&rsquo;était impossible de trouver un bus pour m&#8217;emmener à Portail. Je n&rsquo;ai pas eu d&rsquo;autre choix que de marcher, jouer à la marelle dans la boue et de traverser les flaques d’eaux boueuses, car je ne pouvais me permettre de rater un examen à la faculté à cause de la négligence des autorités. « Coute que coute, je devais être présente, car l&rsquo;examen ne se serait pas reporté à cause de moi », souligne la jeune fille pleine de rêve.</p>
<p>Chaussée de basket, elle a parcouru plusieurs kilomètres avec découragement. Accompagnée d&rsquo;une amie, elle était la risée de tous les passants. Cheveux en bataille, habits pleins de boue, des pieds trempés, les deux jeunes étudiantes essayaient tant bien que mal d&rsquo;arriver à leur destination. « Lorsqu&rsquo;on a franchi la barrière de la faculté de Médecine et de Pharmacie (FMP), les autres étudiants se raillaient de nous ». La phrase qui m&rsquo;a la plus affectée, c&rsquo;est quand un étudiant à déclarer que nous venons sûrement de Carrefour vu notre sale tête. « Après toutes les péripéties que nous venions de traverser, j&rsquo;avais pour toute réponse qu&rsquo;un rire forcé », s&rsquo;offusque Jasmine*.</p>
<p>L’histoire de Junior* est tout à fait différente. Cependant, elle est teintée d’autant de mauvais souvenir que celle de Jasmine. Après une inondation au cours du mois de mai 2020, il est resté coincé dans un embouteillage monstre causant la mort du fœtus de sa sœur. Junior devait l’accompagner un hôpital de la place, Asile Français, pour un accouchement forcé. « Normalement, le trajet de Martissant à ce centre hospitalier est de 15 minutes. Or lors de ce bouchon nous avons passé plus d’une heure sur la route de Martissant sans bouger d&rsquo;un poil.</p>
<p>Il était 13 h 45 quand la voiture qui les conduisait en ville était bloquée à Martissant 16 alors qu&rsquo;ils sortaient de Martissant 23. Regarder sa sœur souffrir fut un supplice pour Junior*, visage anxieux et apeuré. Il craint que des contractions viennent compliquer la donne, car elle devait accoucher en urgence. Ils ne voulaient pas rester coincer dans l&#8217;embouteillage pendant encore une heure, désespérés, ils ont payé le service d&rsquo;un chauffeur de moto. Dans un premier temps, le motard ne désirait pas braver les eaux ruisselantes de peur d&rsquo;abîmer son véhicule.</p>
<p>Le trajet à moto leur a coûté les yeux de la tête. Sans plus de difficultés, ils sont arrivés à l&rsquo;hôpital Asile français après une dizaine de minutes, mais trop tard. « Ma sœur a eu des complications, les médecins ont tout fait pour sauver l&rsquo;enfant, malheureusement elle a fait une fausse-couche », lâche Junior avec une once de tristesse dans la voix.</p>
<p><strong>L’embouteillage, une conséquence non-négligeable</strong></p>
<p>Alignés au bord de la route, les commerçants se démêlent pour vendre leurs marchandises, qui sont le plus souvent des vivres alimentaires. « Lorsque la circulation est fluide, je peux effectuer 20 trajets aller-retours durant une journée. Cependant, quand la circulation est dense, je passe plus de trois heures derrière le volant. Ce qui ralentit mes activités pour la journée » se plaint un chauffeur de camionnette frisant la cinquantaine.</p>
<p>Il est fort malheureux de constater que le problème de l&#8217;embouteillage entrave les bénéfices des chauffeurs de la 3e circonscription de Port-au-Prince. Le président du syndicat du Secteur des Transporteurs Terrestres d&rsquo;Haïti (STTH), Changeux Méhu, croit que l&#8217;embouteillage s&rsquo;est aggravé à cause de la mauvaise gestion, par les autorités, des eaux pluviales.</p>
<figure id="attachment_5311" aria-describedby="caption-attachment-5311" style="width: 623px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-5311 size-full lazyload" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/03/IMG-20210302-WA0086-1-4.jpg" alt="" width="623" height="413" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/03/IMG-20210302-WA0086-1-4.jpg 623w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/03/IMG-20210302-WA0086-1-4-300x199.jpg 300w" sizes="auto" /><figcaption id="caption-attachment-5311" class="wp-caption-text">Photo de véhicules dans un embouteillage monstrueux à Martissant. /Crédit Photo : Thimoté Jackson</figcaption></figure>
<p><strong>L’inondation récurrente, l’ennemie commune des petites bourses</strong></p>
<p>Sur le boulevard de Harry Truman, non loin de la première avenue Bolosse, se trouve le marché de Martissant. Les commerçants qui occupent les trottoirs et une bonne partie de la rue se démêlent pour écouler leurs marchandises. Chaque week-end, Marianne* s&rsquo;approvisionne en banane au marché de l&rsquo;Arcahaie. En semaine, elle offrait ses produits au marché de Martissant. « Cela fait déjà 5 ans depuis que je m&rsquo;adonne à ce commerce qui m&rsquo;aide à m&rsquo;occuper de mes deux enfants que j&rsquo;ai élevés seule. Les bénéfices ne sont pas élevés, mais je me bats pour joindre les deux bouts », déclare Marianne*, fière.</p>
<p>Cependant en août 2020, lors du passage du cyclone Laura, Marianne a encaissé une énorme perte sur ses marchandises. Des eaux en furie ont emporté l&rsquo;une de ses cuvettes remplies de bannes, qui a atterri dans un égout à ciel ouvert qui se trouvait juste en face. « Je savais qu&rsquo;il y avait une tempête dans les parages, je ne pouvais me permettre de rester à la maison, qu&rsquo;est-ce que je donnerais à manger à mes enfants. Je me suis déplacée pendant quelques minutes, j&rsquo;ai quand même demandé à une voisine de surveiller mes marchandises. Et la pluie commençait à tomber, les commerçants se hâtaient de ramasser les leurs. En revenant sur les lieux, j&rsquo;ai assisté impuissante la cuvette de marchandise atterrir dans un égout », explique la commerçante l’air résigné.</p>
<p><strong>Gouvernance et planification urbaine, un défi majeur </strong></p>
<p>À la moindre averse, plusieurs zones le quartier de Martissant est sous les eaux. Selon une enquête qui a été menée dans le cadre d&rsquo;un projet de la Minustah en 2012 à Martissant, à chaque averse, des centaines de maisonnettes sont inondées. Parce que des canaux servant de dépotoirs à ordures ne peuvent favoriser le passage de l&rsquo;eau. Les canaux secondaires sont aussi négligés à cause de leur inaccessibilité aux poids lourds des services de ramassage d’ordures. Pourtant, le drainage et le curage des canaux sont à considérer dans le plan d&rsquo;urbanisation d&rsquo;une ville, plus précisément dans la gestion des eaux pluviales.</p>
<figure id="attachment_5312" aria-describedby="caption-attachment-5312" style="width: 623px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="wp-image-5312 size-full lazyload" src="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/03/IMG-20210302-WA0087-1-4.jpg" alt="" width="623" height="413" data-srcset="https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/03/IMG-20210302-WA0087-1-4.jpg 623w, https://imediaayiti.com/wp-content/uploads/2021/03/IMG-20210302-WA0087-1-4-300x199.jpg 300w" sizes="auto" /><figcaption id="caption-attachment-5312" class="wp-caption-text">Des passants traversant la rue principale devant le commissariat de Martissant : / Crédit Photo : Thimoté Jackson</figcaption></figure>
<p><strong>Des organisations dénoncent et proposent.</strong></p>
<p>Col-Vert est une association œuvrant pour la protection, la promotion, la prévention et la réhabilitation de l&rsquo;Environnement. Le Président de l&rsquo;association Lionel Edouard, a fait savoir que : « La lutte à travers le monde pour la préservation de l&rsquo;environnement s&rsquo;inscrit dans une logique de campagne d&rsquo;information et d&rsquo;éducation publique ». « En outre, l&rsquo;urbanisation est un élément important dans la protection de l&rsquo;environnement, car l&rsquo;aménagement du territoire est l&rsquo;un des paramètres fondamentaux à prendre en compte pour éviter la dégradation de l&rsquo;espace », poursuit-il. C&rsquo;est pourquoi, ajoute M. Edouard, Col-Vert est préoccupé par les inondations à Martissant. « Elles sont une source de préoccupation pour tous les citoyens conscients de la fragilité environnementale d&rsquo;Haïti et en particulier ceux qui œuvrent pour la protection et la réhabilitation de l&rsquo;environnement. C&rsquo;est l&rsquo;illustration parfaite de la fragilité du pays qui est vulnérable aux multiples aléas météorologiques et quel que soit le lieu considéré », précise le Président de Col-Vert.</p>
<p>En tant qu&rsquo;Association protecteur de l&rsquo;environnement, Col-Vert propose des solutions. « Les solutions ponctuelles ont montré leurs limites. Il faut donc aller plus loin que les interventions d&rsquo;urgence en élaborant un projet de société qui prend en compte l&rsquo;environnement comme paramètre fondamental de l&rsquo;équilibre et de fonctionnement de la société », ajoute Lionel Edouard qui est aussi un journaliste de carrière.</p>
<p>Urbayiti travaille aussi dans la structuration légale du secteur urbain. Réfléchissant sur la résilience des populations urbaines à travers l&rsquo;amélioration de la gestion et de la qualité de vie des villes, l&rsquo;Etat Haïtien en collaboration avec l&rsquo;Union Européenne a mis sur pied le programme Urbayiti.</p>
<p>« Ce programme s&rsquo;étend sur une durée de 60 mois du 7 décembre 2017 jusqu&rsquo;au 6 décembre 2022 dans les villes de Port-au-Prince, les Cayes et Jérémie. 23 millions d’euros du financement de ce projet colosal sont dédiés à la réalisation de travaux d&rsquo;aménagement urbain, et aussi au profit de la gestion des eaux pluviales et de la création d&rsquo;espaces publics » explique, Jean Léon Beaubœuf, qui présentait la mission de UrbAyiti.</p>
<p>Pour un pays placé de manière permanente sur la trajectoire habituelle des cyclones, mieux construire, donc élaborer et appliquer un plan d’urbanisation digne de ce nom pour les villes, aidera Haïti à se démarquer des lourds bilans humains et matériels causés par les catastrophes naturelles. Mais cet objectif ambitieux, peine à prendre corps, alors qu’elle fait partie intégrante des Objectifs de Développement Durables (ODD) pour lesquels Haïti a pris des engagements devant des États du monde entier. Urbayiti, est-il un début de réponse structurante ?</p>
<p>Rédacteurs :<a href="https://instagram.com/djune97?igshid=19vpwaiuyv42q"> Phara-Djine Colin</a> et <a href="https://twitter.com/JustinGilles4?s=08">Justin Gilles</a>.</p>
<p><strong><em>*Dans le cadre de ce travail, des noms d&#8217;emprunts ont été donnés par mesure de sécurité à des personnes interviewées qui voulaient garder l’anonymat. </em></strong></p>
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